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Irak: la ville de Sinjar contrôlée par l'EI isolée par les forces kurdes


Vendredi 13 novembre 2015 à 07h57

Monts Sinjar (Iraq), 13 nov 2015 (AFP) — La ville irakienne de Sinjar contrôlée par le groupe Etat islamique (EI) était vendredi isolée par les forces kurdes qui s'apprêtaient à entrer dans cette localité située sur un axe clé pour les jihadistes dans le nord du pays.

Couper cette route qui permet à l'EI de faire circuler matériel et hommes entre l'Irak et la Syrie serait un coup majeur porté à l'EI qui sévit dans ces deux pays.

La reprise de Sinjar représenterait également une importante victoire symbolique: les jihadistes s'y sont livrés en août 2014 à de multiples exactions contre sa population yazidie, des kurdophones.

Aidés par des combattants yazidis et soutenues par des bombardements aériens de la coalition internationale menée par les Etats-Unis, des milliers de combattants kurdes (peshmergas) ont lancé jeudi une vaste offensive pour reprendre la ville située près de la frontière syrienne.

Le leader militaire yazidi Qassem Shesho a indiqué à l'AFP que toutes les principales routes menant à la ville avaient été coupées, et que les artificiers travaillaient à désamorcer les engins explosifs placés par les jihadistes autour de Sinjar, une tactique bien connue de l'EI pour empêcher les ennemis d'avancer.

Sinjar est "essentiellement isolée par des combattants ou des tirs", a indiqué pour sa part le colonel Steve Warren, porte-parole de la coalition internationale en référence aux frappes aériennes.

"Nos forces courageuses entreront dans la ville où des artificiers s'occuperont des engins piégés", a déclaré le Conseil de sécurité de la région autonome du Kurdistan irakien (KRSC), dans le nord du pays.

- Militaires américains sur place -

"L'objectif final -- entrer et sécuriser (Sinjar) -- sera bientôt mis en oeuvre", a ajouté le KRSC.

Jusqu'à 7.500 combattants kurdes participent à l'opération destinée à reprendre Sinjar et "établir une zone tampon pour protéger (la ville) et ses habitants", avait-il indiqué la veille.

Des conseillers militaires américains sont "sur la montagne de Sinjar pour aider" les peshmergas "à sélectionner les cibles pour les frappes aériennes", a indiqué le porte-parole du Pentagone, Peter Cook.

Un officier des renseignements militaires américains, le capitaine Chance McCraw, a estimé à Bagdad que les peshmergas allaient faire face à 300 à 400 jihadistes et de nombreux engins piégés posés à travers la ville.

Plusieurs véhicules bourrés d'explosifs ont été pris pour cible par des raids de la coalition, tandis que les peshmergas en ont détruit un autre à l'aide d'un missile antichar Milan, selon le KRSC.

Sinjar se trouve sur une route stratégique reliant Mossoul (nord), le fief de l'EI en Irak, aux territoires contrôlés par ce groupe en Syrie.

- 'Paralyser l'ennemi' -

"En prenant Sinjar, nous serons en mesure de couper cette ligne de communication, ce qui, nous croyons, affectera la capacité (de l'EI) à se ré-approvisionner", a déclaré le colonel américain Steve Warren, porte-parole de la coalition, parlant d'"une première étape cruciale dans l'éventuelle libération de Mossoul".

L'EI s'est emparé depuis 2014 de larges pans de territoires au nord et à l'ouest de Bagdad, mettant alors en déroute les forces irakiennes.

Cette offensive intervient alors que l'EI est aussi sous pression en Syrie, où la Russie a lancé des raids aériens en soutien au président Bachar al-Assad.

L'opération "paralyse l'ennemi", qui "doit prendre maintenant des décisions très difficiles" sur les fronts qu'il doit renforcer, a estimé Steve Warren.

Lors de son offensive en août 2014 sur Sinjar, l'EI avait exécuté de nombreux yazidis. Des centaines de femmes yazidies avaient été vendues aux jihadistes ou réduites à l'état d'esclave sexuelle, selon Amnesty International. L'ONU avait dénoncé "une tentative de génocide".

Des dizaines de milliers de Yazidis s'étaient réfugiés sur les Monts Sinjar, où ils ont passé des semaines sans eau ni nourriture, par une chaleur accablante.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.