
Mercredi 11 juin 2014 à 18h45
Erbil (Irak), 11 juin 2014 (AFP) — A 50 km de Mossoul, la grande ville du nord de l'Irak conquise mardi par des jihadistes sunnites, des milliers de déplacés attendent sous un soleil de plomb de passer au Kurdistan autonome, vitupérant contre le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki.
Un demi-million d'habitants ont été poussés à l'exode après la prise spectaculaire mardi par les combattants de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) de la deuxième ville d'Irak, face à un pouvoir central impuissant et une armée en déroute.
C'est devant un barrage kurde à une quarantaine de kilomètres d'Erbil que se morfondent depuis le matin des files interminables d'hommes, femmes et enfants, pour obtenir un permis de séjour dans la capitale de la région autonome du Kurdistan irakien.
De nombreux hommes et femmes portent leurs enfants, ou de petits sacs dans lesquels ils ont jeté des vêtements ou des couvertures qu'ils ont pu emporter à la hâte. Certains ont mis quelques effets sur des poussettes qu'ils tirent péniblement sous une chaleur écrasante.
Fatigués, ces déplacés ne décolèrent pas et lâchent parfois des insultes à l'encontre de M. Maliki, un chiite, accusé d'incompétence et d'hostilité envers la population sunnite, majoritaire à Mossoul mais minoritaire dans le pays.
- 'Peur des massacres' -
"Venez nous filmer, pour que le monde entier voie dans quel état nous a réduit Maliki!", s'écrie un groupe de femmes à l'adresse des journalistes présents.
Arrivée avec sa famille, Zahra Chérif, 39 ans, explique avoir "quitté la ville par peur des massacres si l'armée lance un assaut sur la ville" pour la reprendre à l'EIIL, un groupe inspiré mais pas affilié à Al-Qaïda.
"On a peur des conséquences de cette invasion car si l'armée entre, elle pourrait se venger des habitants", dit-elle, un sentiment partagé par de nombreux déplacés.
Depuis la chute de Saddam Hussein, un sunnite, à la suite de l'invasion américaine en 2003, cette communauté s'estime marginalisée et maltraitée par les autorités dominées par les chiites.
L'EIIL a ainsi pu bénéficier d'un appui au sein de la population et des tribus locales dans les régions sunnites, comme dans la ville de Fallouja, sous contrôle de ce puissant groupe ultra-radical depuis le début de l'année.
Mossoul, majoritairement arabe sunnite avec des minorités chrétienne et kurde notamment, a été un bastion de la rébellion contre les forces américaines. C'est dans cette ville que Saddam Hussein a recruté les cadres de son armée et des services de renseignements.
Les déplacés de Mossoul ont peur de subir le même sort que Fallouja, bombardée en permanence par l'armée qui tente de la reprendre.
Dans l'immédiat, la population a fui surtout les pénuries à Mossoul, secouée par les combats depuis une dizaine de jours.
- 'Pas d'hôpitaux, pas de services' -
"Il n'y a plus d'hôpitaux, plus de services médicaux", se lamente Zahra. A côté, des volontaires distribuent eau et nourriture aux familles.
Au barrage, et en vue d'empêcher d'éventuels insurgés de se faufiler parmi les déplacés, les services de sécurité kurdes lourdement armés promènent leur chiens policiers parmi la foule tandis que des agents de la circulation tentent de gérer le flot de voitures.
Les déplacés ne semblent pas très enclins à critiquer l'EIIL, qui est aidé d'autres groupes jihadistes sunnites.
Abou Ahmad, 60 ans, affirme avoir vu "les combattants de l'EIIL dans les rues de Mossoul". "Nous les avons vu ce matin et ils ne nous ont rien fait".
"Des habitants ont formé des +comités de défense populaires+ pour protéger les banques et les bâtiments gouvernementaux", a-t-il ajouté, assurant que (...) les actes de vandalisme et les incendies ont touché uniquement les positions militaires".
Selon lui, avant l'arrivée de l'EIIL, "la population se sentait visée (par les autorités) aux points de contrôle, avec des mesures draconiennes de sécurité et des arrestations".
Quant à Ismaïl Ahmad, 50 ans, arrivé ce matin, il assure: "Nous reviendrons après le rétablissement de l'eau et de l'électricité".
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.