
Lundi 11 novembre 2013 à 09h58
BAGDAD, 11 nov 2013 (AFP) — Face aux combats récurrents le long de sa frontière poreuse avec la Syrie, l'Irak, déjà miné par les violences liées à Al-Qaïda, craint que les jihadistes ne s'emparent d'un large corridor frontalier propice au passage d'armes et de combattants, selon des experts.
Parallèlement aux combats entre forces du régime et rebelles en Syrie, des combattants kurdes syriens et des groupes jihadistes proches d'Al-Qaïda se disputent depuis des mois le contrôle de territoires du nord-est syrien, riche en pétrole et grenier à blé du pays, à la frontière de l'Irak.
Les Kurdes ont remporté une importante victoire en reprenant un poste-frontière aux jihadistes ces derniers jours, mais les autorités irakiennes restent inquiètes.
Ce poste-frontière d'Al-Yaarubia "est important et pour Al-Qaïda et pour les Kurdes", explique Ali al-Haidari, un expert spécialisé dans la sécurité et basé à Bagdad. "Pour Al-Qaïda, c'est un point de passage pour les explosifs, les combattants et les kamikazes".
Mais la prise d'Al-Yaarubia par les Kurdes ne signifie pas la fin des combats, et Bagdad craint que les jihadistes ne finissent par s'emparer d'un large corridor entre l'est de la Syrie et l'ouest de l'Irak, qui faciliterait leur mobilité entre les deux pays.
L'Irak et la Syrie partagent une frontière de 600 km, mais les combats se concentrant surtout à l'est de cette ligne.
Ces derniers mois, les forces de sécurité irakiennes ont renforcé leur présence le long de la frontière, pour empêcher que les jihadistes impliqués dans les combats ne trouvent refuge dans la province irakienne frontalière de Ninive.
Si le poste d'Al-Yaarubia "tombe entre les mains du Front Al-Nosra, notre région sera en grand danger", prévient Naif Sido, le maire de Snoni, une ville irakienne proche de la frontière.
Les forces de sécurité fédérales irakiennes ainsi que celles de la région autonome du Kurdistan irakien dans le nord, pourtant souvent en bisbille, se voient toutes les semaines pour examiner la situation, précise-t-il.
Le Front al-Nosra, comme l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), tous deux liés à al-Qaïda, combattent les Kurdes dans le nord de la Syrie, dans les provinces de Hassaké, d'Alep et de Raqa.
Leur but est de prendre le contrôle des postes frontières, d'autant que les islamistes voient l'Irak et la Syrie comme un seul champ de bataille.
"un Etat islamique en Irak et en Syrie"
"C'est quelque chose d'idéologique chez eux", affirme Aymen al-Tamimi, du groupe d'experts Middle East Forum.
La branche irakienne d'Al-Qaïda, qui continue de mener des attentats sanglants en Irak, "voit la Syrie et l'Irak comme un seul champ de bataille. Cela fait partie d'un projet plus vaste: créer un Etat islamique en Irak et en Syrie", explique-t-il.
C'est pourquoi Abou Bakr al-Baghdadi a transformé l'Etat islamique en Irak en l'EIIL, une alliance avec le Front al-Nosra.
Depuis longtemps, Bagdad fait part de ses craintes concernant le rôle grandissant d'Al-Qaïda dans le conflit en Syrie, dont il redoute la propagation sur ses terres.
D'autant que les violences en Irak ne cessent d'augmenter. En octobre, 964 personnes sont mortes dans des attaques, soit plus qu'au cours des trois premiers mois de l'année 2013.
Selon des experts et des diplomates, l'escalade en Irak est liée au conflit en Syrie, qui a enhardi les groupes sunnites liés à Al-Qaïda opposés au gouvernement irakien à majorité chiite.
Le réseau Al-Qaïda en Irak "est parvenu à reconstruire ses forces dans certaines régions" irakiennes, explique à l'AFP Safa Hussein, conseiller national adjoint à la sécurité. "Maintenant, ils ont les moyens de passer la frontière, et de puissants, très puissants alliés en Syrie".
Pour lui, les jihadistes "comprennent que le combat contre Assad sera un long combat. Leur but intermédiaire est d'avoir le contrôle de ces zones qu'ils considèrent comme stratégiques".
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.