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Frappes en Irak: Bagdad va convoquer le chargé d'affaires américain et l'ambassadeur iranien


Mardi 24 mars 2026 à 21h48

Bagdad, 24 mars 2026 (AFP) — Bagdad va convoquer le chargé d'affaires américain et l'ambassadeur iranien après deux frappes meurtrières imputées à ces pays mardi en territoire irakien, les autorités accordant un "droit de riposte et d'autodéfense" au Hachd al-Chaabi, coalition d'ex-paramilitaires qui englobe des groupes pro-iraniens.

Mardi, l'Irak s'est réveillé après sa nuit la plus meurtrière depuis le début de la guerre au Moyen-Orient le 28 février: 15 combattants du Hachd al-Chaabi ont été tués par une frappe imputée aux Etats-Unis dans l'ouest du pays.

Et, dans le nord, la région du Kurdistan autonome a accusé l'Iran de tirs de missiles balistiques qui ont tué six soldats de ses forces armées, les Peshmerga.

Ni Washington, ni Téhéran n'ont réagi dans l'immédiat aux accusations.

Le ministère des Affaires étrangères irakien va convoquer le chargé d'affaires américain et l'ambassadeur iranien pour leur remettre une "note de protestation officielle" concernant ces deux attaques.

Les services du Premier ministre rappellent dans un communiqué qu'il faut "empêcher l'Irak d'être aspiré dans des guerres" et poursuivre une "politique équilibrée" pour entretenir "les meilleures relations" sur la scène régionale et internationale.

Car Bagdad exerce un délicat exercice d'équilibriste pour préserver un partenariat stratégique avec Washington et son alliance avec Téhéran.

Mardi, toutefois, Bagdad a durci le ton à l'encontre de l'allié américain: les autorités ont accordé un "droit de riposte et d'autodéfense" pour "contrer par tous les moyens" les attaques menées par "des avions de combat ou des drones" qui ciblent "les positions et les unités étatiques du Hachd al-Chaabi et des autres forces armées."

- Factions armées pro-iraniennes -

Cette mesure concerne les unités des forces régulières qui obéissent aux ordres de l'Etat.

Dans les faits, le Hachd a un statut ambigu: si cette coalition est intégrée aux forces régulières, certains des groupes qui la composent sont alliés à Téhéran et agissent aussi en leur nom propre, hors du cadre étatique.

Avec la guerre au Moyen-Orient, ces factions armées pro-iraniennes revendiquent quotidiennement des dizaines de tirs de roquettes et de drone contre des militaires et des intérêts américains, en Irak et au Moyen-Orient.

Ces attaques sont condamnées par le gouvernement irakien.

Mais, en représailles, ces groupes sont visés par des frappes imputées aux Etats-Unis ou à Israël. Le Pentagone a reconnu recourir à des hélicoptères de combat pour frapper des groupes armés pro-iraniens en Irak.

Ces bombardements ont aussi visé des locaux étatiques du Hachd, ce que Bagdad a dénoncé.

C'est ainsi que mardi, avant l'aube, dans la province d'Al-Anbar (ouest de l'Irak), 15 combattants du Hachd --dont un commandant des opérations-- ont été tués dans une "frappe aérienne américaine" ciblant leur QG régional, selon un communiqué.

Le Hachd avait été formé en 2014 pour participer à la lutte contre le groupe Etat islamique (EI). Après la mise en déroute des jihadistes trois ans plus tard en Irak, il a progressivement gagné en influence, ses factions armées développant un rôle politique avec des députés au Parlement et des intérêts économiques.

- Propagation dans le nord -

Mardi, les hostilités se sont aussi propagées au nord de l'Irak.

"Une frappe israélo-américaine" y a visé des locaux du Hachd à Mossoul, d'après un communiqué de l'alliance.

Ce site sert de résidence secondaire au chef de la coalition, Faleh al-Fayyad, quand il est en visite dans la ville, selon un responsable de sécurité.

Ailleurs dans le nord de l'Irak, au Kurdistan, six soldats des forces armées de la région autonome ont été tués et 30 autres blessés par "six missiles balistiques iraniens", d'après un communiqué du ministère des Peshmerga.

Menées à l'aube, ce sont "deux attaques distinctes" qui ont visé la cinquième et septième divisions d'infanterie, près de Soran, région frontalière de l'Iran, d'après le communiqué.

Le Kurdistan entretient des liens étroits avec Washington. Par le passé, l'Iran a tiré des missiles balistiques contre la région autonome, mais ces dernières années les relations s'étaient réchauffées.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.