Page Précédente

Enquête sur des espions kurdes au service de Saddam Hussein


Dimanche 1 octobre 2006 à 18h01

ERBIL (Irak), 1 oct 2006 (AFP) — Le président de la région autonome kurde d'Irak, Massoud Barzani, a demandé la création d'une commission d'enquête au Kurdistan après la publication de listes de Kurdes qui auraient coopéré avec les redoutés services de renseignements irakiens sous le régime de Saddam Hussein.

Le cabinet du président Barzani a annoncé dimanche, à Erbil (nord), que cette commission devra enquêter sur les personnes dont les noms ont été publiés la semaine dernière dans deux hebdomadaires kurdes, Awina et Aoulati, et établir si elles "étaient impliquées avec les services de renseignements de l'ancien régime".

L'ancien président irakien Saddam Hussein est actuellement jugé à Bagdad, avec six co-accusés, pour génocide contre le peuple kurde.

Le chef de cabinet de la présidence, Fouad Hussein, a déclaré à l'AFP que des discussions avec les différentes institutions kurdes seront menées pour désigner les membres de la commission.

Il a indiqué que cette commission sera à la fois judiciaire et politique. Elle devra établir les faits et non pas sanctionner. Ses conclusions seront communiquées aux responsables politiques et à la justice qui décideront des mesures à prendre.

"Cette question est devenue une affaire sensible et majeure pour le peuple kurde. Pour cette raison, il a été décidé que les listes soient examinées par une commission", a ajouté Fouad Hussein.

Les deux hebdomadaires ont publié la semaine dernière quelque 150 noms de personnes soupçonnées d'avoir espionné leurs compatriotes kurdes après le soulèvement kurde qui a suivi la première guerre du Golfe, en 1991. Parmi les noms publiés, se trouvent ceux de personnes qui ont tenu de hautes fonctions dans le gouvernement ou les partis politiques kurdes.

Plus de la moitié des 111 membres du parlement régional kurde ont signé samedi une pétition demandant une évaluation immédiate de la véracité des documents publiés par les deux journaux et un débat sur leurs implications.

"Ceux qui ont travaillé avec les moukhabarat (services de renseignements de Saddam Hussein) doivent être jugés", a déclaré Ariz Abdallah, député de l'Union Patriotique du Kurdistan (UPK), un des deux principaux partis de la région autonome.

"Ces agents de l'odieux régime de Saddam Hussein doivent devenir des exemples pour d'autres de leur acabit dans l'avenir", a ajouté Khiman Zirar, du Parti Démocratique Kurde (PDK). Ces deux députés sont signataires de la pétition.

Selon les deux journaux, qui ont dû faire plusieurs tirages rapidement épuisés, les moukhabarat recrutaient des personnes proches du dirigeant de l'UPK Jalal Talabani, actuellement président de l'Irak, et du chef du PDK, Massoud Barzani.

Les informations publiées par les deux journaux surviennent à un moment particulièrement délicat pour les Kurdes.

D'une part, le gouvernement régional, longtemps divisé entre les partisans de l'UPK, et ceux du PDK, a finalement uni ses rangs, bien que la population exprime parfois son mécontentement face à la corruption administrative.

D'autre part, le procès pour génocide de Saddam Hussein et de six co-accusés à propos de la campagne militaire Anfal de 1987-1988, rouvre de vieilles plaies pour ce qui a été l'une des expériences les plus traumatisantes des Kurdes.

Les opérations militaires, qui ont été marquées par des centaines de personnes attaquées aux gaz, puis, en cas de survie, déplacées, leurs villages étant rasés, ont été menées non seulement par l'armée irakienne mais aussi par des miliciens kurdes partisans du gouvernement de Bagdad.

Des familles de victimes demandent que les kurdes qui ont participé à Anfal soient aussi traduits en justice.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.