
Mardi 20 janvier 2026 à 20h36
Hassaké (Syrie), 20 jan 2026 (AFP) — Le pouvoir syrien a annoncé mardi soir un nouveau cessez-le-feu avec les forces kurdes, repliées sous la pression militaire dans leur bastion du nord de la Syrie et lâchées par leur allié américain.
L'émissaire américain pour la Syrie, Tom Barrack, a estimé que "la mission initiale" des combattants kurdes, la lutte antijihadiste, était terminée et que le nouveau pouvoir syrien était désormais capable de contrôler les centres de détention de l'Etat islamique (EI) établis par les Kurdes.
Délogés d'Alep plus tôt en janvier après des combats meurtriers, puis des provinces de Raqa et Deir Ezzor lundi, les Forces démocratiques syriennes (FDS), bras armé de l'administration autonome kurde, se sont désormais repliées au coeur de leur zone, à Hassaké.
Tout autour, ont pris position des troupes du président islamiste Ahmad al-Chareh qui a accordé quatre jours aux Kurdes pour proposer un plan sur "l'intégration pacifique" de cette province à majorité kurde au sein de l'Etat.
Les deux camps se sont engagés à respecter le cessez-le-feu pendant ce délai.
Le pouvoir syrien, déterminé à étendre son autorité sur l'ensemble du pays, avait annoncé dimanche un accord avec les Kurdes, obtenu sous la pression militaire.
Il vise à intégrer leurs institutions civiles et militaires au sein de l'Etat, portant un coup aux espoirs d'autonomie de la minorité kurde, qui a instauré une zone autonome dans le nord et le nord-est au cours de la guerre civile (2011-2024).
Mais les pourparlers entre M. Chareh et le chef des forces kurdes Mazloum Abdi, pour le finaliser, ont échoué, selon un responsable kurde, Abdel Karim Omar, interrogé par l'AFP.
- Camps de jihadistes -
Les affrontements de ces derniers jours ont suscité des inquiétudes autour des camps de prisonniers de l'EI présents dans la zone.
Des milliers d'ex-combattants mais aussi des dizaines de milliers de femmes et d'enfants, selon les différentes estimations, sont répartis dans une vingtaine de prisons et de camps.
Les FDS ont annoncé mardi avoir été "contraintes de se retirer" du plus grand camp de détention, al-Hol, pour défendre leurs régions menacées par l'armée, et appelé "la coalition internationale antijihadiste à assumer ses responsabilités dans la sécurisation" de ces centres.
Al-Hol abrite quelque 24.000 personnes, dont 15.000 Syriens et environ 6.300 femmes et enfants étrangers de 42 nationalités, parmi lesquels des Occidentaux.
En écho aux propos de Washington, le ministère syrien de la Défense a assuré être "entièrement prêt" à assurer la sécurité des prisons de jihadistes dans la région.
Et Donald Trump s'est vanté d'avoir contribué à empêcher l'évasion de jihadistes européens. "En collaboration avec le gouvernement syrien et le nouveau dirigeant syrien, ils ont capturé tous les prisonniers et les ont renvoyés en prison", a déclaré le président américain dans une interview accordée au New York Post.
- "Défendre nos villes" -
Sur le terrain, les FDS avaient appelé lundi soir les "jeunes Kurdes, hommes et femmes", en Syrie et à l'étranger, à "rejoindre les rangs de la résistance".
Des centaines de civils armés sont descendus dans les rues dans la zone autonome, ont constaté des journalistes de l'AFP.
"Nous sommes aux côtés de nos fils pour défendre nos villes", a lancé Hassina Hammo, une femme de 55 ans, kalachnikov à la main et tête recouverte d'un châle traditionnel kurde, dans la ville de Hassaké.
En Turquie, Irak et Iran, les trois autres pays de la région où vit une importante population kurde, des manifestants se sont aussi mobilisés pour leurs "frères" de Syrie.
"Nous voulons que ce bain de sang cesse (...) Ca suffit, plus aucun sang kurde ne doit être versé!", a déclaré à l'AFP Salih Duman, un retraité de 72 ans, au poste-frontière de Nusaybin, face à la localité syrienne de Qamichli.
Au Kurdistan d'Irak, des dizaines de Kurdes se sont dirigés mardi en car vers la frontière pour tenter de gagner Hassaké. "Je vais soutenir mes camarades", a affirmé Noureddine Omar, 26 ans.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.