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En Iran, des écolières manifestent et défient la répression


Mercredi 5 octobre 2022 à 17h59

Paris, 5 oct 2022 (AFP) — Des écolières iraniennes ont osé retirer leur foulard et organiser depuis quelques jours des rassemblements sporadiques pour protester contre la mort de Mahsa Amini, défiant la répression meurtrière des manifestations qui ont lieu depuis près de trois semaines en Iran.

Cette Kurde iranienne de 22 ans est décédée le 16 septembre, trois jours après son arrestation par la police des moeurs pour infraction au code vestimentaire strict de la République islamique qui oblige notamment les femmes à porter le voile.

La colère a éclaté lors de son inhumation et s'est propagée dans le pays. Les manifestations sont devenues les plus importantes en Iran depuis celles de 2019 contre la hausse du prix de l'essence.

Au moins 92 personnes ont été tuées depuis le 16 septembre, selon l'ONG Iran Human Rights, basée à Oslo, tandis que les autorités avancent un bilan d'environ 60 morts parmi lesquels 12 membres des forces de sécurité. Plus d'un millier de personnes ont été arrêtées et plus de 620 relâchées dans la seule province de Téhéran, selon les autorités.

Des étudiants se sont rassemblés le weekend dernier avant d'être confrontés à la police antiémeute qui les a coincés dans un parking souterrain de l'université de technologie Sharif de Téhéran avant de les interpeller.

Depuis, des écolières ont pris le relais dans tout le pays en adoptant diverses tactiques, notamment en retirant leur voile et en criant des slogans hostiles au régime conservateur.

Dans une vidéo vérifiée par l'AFP, des jeunes filles, la tête non voilée, scandent "Mort au dictateur" (référence au guide suprême Ali Khamenei) lundi dans une école de Karaj, à l'ouest de la capitale Téhéran. Un autre groupe de filles scande "Femme, vie, liberté" en défilant dans une rue.

"Ce sont des scènes vraiment extraordinaires. Si ces manifestations doivent aboutir à quelque chose, ce sera grâce aux écolières", a déclaré Esfandyar Batmanghelidj, du site d'information et d'analyse Bourse&Bazaar.

D'autres vidéos publiées en ligne montrent des écolières quittant les salles de classe pour défiler dans divers endroits de la ville lors de manifestations éclair, afin d'éviter d'être repérées. L'AFP n'a pas été en mesure de vérifier ces images de manière indépendante.

- Adolescente tuée -

Depuis le début de la contestation, le régime iranien a intensifié sa répression en arrêtant des partisans notoires du mouvement et en imposant de sévères restrictions à l'accès aux réseaux sociaux.

Mardi, le chanteur de pop iranien Shervin Hajipour, arrêté après que sa chanson en faveur des manifestations est devenue virale, a été remis en liberté sous caution.

Dans le même temps, les autorités judiciaires iraniennes ont réfuté mercredi tout lien entre la mort d'une adolescente et les manifestations déclenchées par le décès de Mahsa Amini.

Des réseaux sociaux avaient rapporté dans la journée que l'adolescente Nika Shahkarami avait été tuée par les forces de sécurité lors des manifestations mais la justice a rejeté cette version.

Par ailleurs, selon l'ONG Iran Human Rights (IHR), au moins 63 personnes ont été tuées la semaine passée à Zahedan, dans le sud-est de l'Iran, pays à majorité chiite, par la répression de manifestations déclenchées par des accusations selon lesquelles un chef de la police locale avait violé une adolescente de 15 ans appartenant à la minorité sunnite baloutche.

La violente répression des manifestations en Iran a provoqué une vague de condamnations à travers le monde. Des rassemblements de soutien aux femmes iraniennes ont été organisés depuis dans des dizaines de pays.

Après l'annonce de sanctions par les Etats-Unis et le Canada, l'Union européenne a annoncé mardi son intention de sanctionner à son tour l'Iran par des "mesures restrictives" pour protester contre "la façon dont les forces de sécurité iraniennes ont réagi aux manifestations".

Le ministre des Affaires étrangères iranien, Hossein Amir-Abdollahian, a averti l'UE qu'elle pouvait s'attendre à une "action réciproque".

L'Iran a accusé à plusieurs reprises des forces extérieures d'attiser les protestations et fait savoir la semaine dernière que neuf ressortissants étrangers, notamment de France, d'Allemagne, d'Italie, de Pologne et des Pays-Bas, avaient été arrêtés.

Mercredi, Téhéran a annoncé avoir convoqué l'ambassadeur du Royaume-Uni, Simon Shercliff, pour protester contre les "ingérences" de son pays à propos des troubles qui ont suivi la mort de Mahsa Amini.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.