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En Irak, les déplacés manquent cruellement de médicaments


Mercredi 17 septembre 2014 à 09h38

Erbil (Irak), 17 sept 2014 (AFP) — Milad était infirmier avant que les jihadistes de l'Etat islamique (EI) ne prennent sa ville de Qaraqosh début août. Contraint à la fuite, il aide désormais des déplacés au Kurdistan irakien à obtenir soins et médicaments qui manquent cruellement.

Depuis qu'il est arrivé à Erbil le 8 août, Milad passe de campement en campement pour interroger les déplacés sur leur situation médicale. A chaque fois, on lui présente des enfants, des vieillards, et on le supplie d'apporter de quoi les soigner.

Des pays étrangers, comme la France ou l'Autriche, ont livré des médicaments. Mais pourtant, ils manquent, déplorent déplacés et responsables.

Dans les vastes camps sortis de terre au Kurdistan depuis l'arrivée massive de déplacés, les ONG peuvent évaluer les besoins et établir les listes de médicaments nécessaires.

Mais dans les campements plus petits, établis dans les jardins, les écoles ou autour des églises et qui comptent quand même souvent de 200 à 300 personnes, une telle organisation fait défaut.

Alors, sur des feuilles blanches, Milad note tout: là un enfant a des problèmes cardiaques, quelques mètres plus loin un autre souffre de troubles cérébraux.

La tournée finie, il transmet sa longue liste au Dr Laith Hababa, qui viendra le lendemain, avec en poche quelques médicaments.

Outre les tournées, le Dr Hababa, lui aussi de Qaraqosh, reçoit gratuitement les déplacés l'après-midi dans une clinique qui lui a donné l'autorisation de le faire quand ses services sont fermés.

- Grande promiscuité -

Le mot est vite passé. Des jeunes, comme Milad, se sont engagés à ses côtés, et les médecins qui travaillent bénévolement avec lui reçoivent désormais de 400 à 600 personnes par jour, affirme-t-il.

Mais "le plus grand défi, c'est de fournir des médicaments aux déplacés", déplore le médecin. "On doit râler pour en obtenir".

Lorsque les combattants de l'EI ont lancé leur offensive fulgurante le 9 juin, des dizaines de milliers d'habitants ont fui en quelques heures, n'emportant quasiment rien avec eux.

"Quand on a fui (Qaraqosh), on a tout laissé, les examens, les radios... On a juste pris un médicament", explique la grand-mère de Sada, une petite fille souffrant d'un problème au cerveau. La fillette de trois ans, qui ne peut pas marcher, est allongée dans la chaleur sur un matelas posé à même le sol.

Sous sa tente, plantée avec une dizaine d'autres dans la cour d'une école, vivent environ 10 personnes.

Plus loin, dans une autre école reconvertie en hébergement d'urgence, Sana, 46 ans, est atteinte d'éléphantiasis. Elle a pu, elle, partir avec ses ordonnances qu'elle tend à tout visiteur pour prouver qu'elle a besoin de soins.

Dans les camps, la situation est précaire. "Et on se dirige vers l'hiver", souligne Valley Edwar, qui gère la clinique de l'Eglise St Joseph, à Ankawa. "Tout le monde va avoir des problèmes de santé".

D'autant que si une personne attrape une maladie, ses proches risquent d'être contaminés, les déplacés vivant dans une grande promiscuité, précise-t-il.

Pour l'heure, seules les maladies de peau et les irritations sont courantes, explique le Dr Edwar.

"Heureusement, pour l'instant il n'y a pas d'épidémie", abonde le Dr Saman Hussein Barzangy, directeur général des services de santé pour le gouvernorat d'Erbil.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.