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Elections au Kurdistan: le parti de Talabani pourrait pâtir de son absence


Vendredi 20 septembre 2013 à 10h21

SOULEIMANIYEH (Irak), 20 sept 2013 (AFP) — L'Union démocratique du Kurdistan (UDK), un des deux partis kurdes au pouvoir dans cette province autonome irakienne, risque de pâtir samedi aux élections régionales de l'absence de son chef tutélaire, Jalal Talabani, hospitalisé à l'étranger.

M. Talabani, 79 ans, qui est également président de l'Irak, a été hospitalisé en Allemagne, il y a près de neuf mois, à la suite d'une attaque cérébrale.

L'UDK, dont le fief principal est à Souleimaniyeh, une des deux principales villes du Kurdistan irakien, fait campagne sous l'égide de son chef "Oncle Jalal", dont le portrait s'affiche en grand sur les affiches électorales.

Mais le parti fait cette fois face à une rude concurrence de la part du Goran, un parti d'opposition issu d'une scission de l'UDK, ainsi que de petits partis islamistes et communiste.

Le résultat de l'élection va "être un gros choc" pour l'UDK, estime Asos Hardi, un journaliste et analyste basé à Souleimaniyeh.

"Ca va être un tournant, je pense pour l'UDK (...) et pas un bon", ajoute-t-il.

Les incertitudes concernant l'état de santé du président Talabani pèsent sur l'avenir du parti, et découragent à la fois la base et les électeurs indécis.

"Le problème avec l'UDK c'est qu'ils n'ont personne" capable de remplacer Talabani, estime Asos Hardi.

"Talabani est le noyau du parti, et tous s'entendaient pour l'écouter et faire ce qu'il décidait. Mais après Talabani, il n'y a personne capable de faire cela", dit-il.

Et depuis les dernières élections de 2009, la liste Goran et l'Union islamiste kurde ont marqué des points et Goran pourrait, pour la première fois, remporter plus de sièges que l'UDK au parlement régional.

Goran, qui veut dire "changement" en kurde, avait déjà surpris les observateurs en 2009 en remportant plus de sièges que prévu et en s'affirmant comme un véritable parti d'opposition.

Même Barham Saleh, a vétéran de l'UDK, qui a été premier ministre de la région, reconnaît que son parti a probablement sous-estimé l'adversaire.

"L'absence de Talabani fait que rester ensemble est un vrai défi", dit-il.

"L'UDK a souffert, indéniablement (...) Il faut que les choses changent et que nous bougions avec le temps. Si on pense qu'on peut juste agir comme d'habitude, je pense qu'on se trompe lourdement", ajoute-t-il.

Les efforts de l'UDK pour s'affirmer sans son dirigeant illustrent les difficultés de nombreux partis en Irak qui, souvent, sont bâtis autour d'une seule personnalité, plutôt que sur une plateforme politique.

"Avec cette élection l'UDK fait face à son premier test depuis l'attaque cérébrale de Talabani, et je pense que ça va être révélateur de leur situation de détresse", selon un diplomate occidental.

"Ce qui est sûr c'est qu'il s'agit ici de politique de personnalité, et dès qu'une personnalité n'est plus là, ils n'ont plus personne", ajoute-t-il.

"C'est une caractéristique nationale", dit-il.

"C'est encore un problème lié à l'attitude politique irakienne -les partis ne sont pas institutionnels", selon Ihsan al-Chammari, professeur de sciences politiques à l'université de Bagdad.

"Et les électeurs ne prêtent pas attention à la plateforme politique, mais aux personnalités," ajoute-t-il.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.