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Elections au Kurdistan irakien sur fond de tensions avec Bagdad


Jeudi 19 septembre 2013 à 09h56

ERBIL (Irak), 19 sept 2013 (AFP) — La province autonome du Kurdistan irakien élit samedi son parlement local sur fond de frictions persistantes avec le pouvoir de Bagdad et d'inquiétudes pour leurs frères kurdes combattant en Syrie voisine.

Ce scrutin survient à un moment où les Kurdes de la région, qui habitent principalement en Irak, Syrie, Turquie et Iran, relancent le débat sur leur identité nationale, notamment à la lumière de la perte de contrôle par le régime de Bachar al-Assad des territoires kurdes en Syrie, théâtre d'une guerre civile.

Les élections, les premières dans les trois provinces kurdes depuis quatre ans, devraient conforter la position du Parti démocratique du Kurdistan (PDK) du président de la région Massoud Barzani, qui gouverne aux côtés de l'Union démocratique du Kurdistan du président irakien Jalal Talabani (UDK).

Le PDK devrait remporter une majorité de sièges, tandis que l'UDK pourrait perdre des voix au profit de la liste d'opposition Goran ("Changement" en kurde) à un moment où son chef tutélaire, Jalal Talabani, est absent de la scène politique ayant souffert l'an dernier d'une attaque cérébrale.

Ce scrutin se déroule surtout avec en toile de fond les velléités indépendantistes du Kurdistan irakien.

Une région riche en pétrole

Cette région riche en pétrole cherche à construire un oléoduc pour relier directement son territoire aux marchés étrangers. En attendant, la province autonome exporte du pétrole brut, envoyé par camions vers la Turquie voisine, et a signé des accords de coopération avec des firmes étrangères, telles Exxon Mobil et Total.

Elle profite également d'un essor économique bien supérieur au reste du pays, qu'encourage un bon climat sécuritaire, pour faire appel aux investisseurs étrangers.

Ceci provoque l'ire de Bagdad qui estime que les exportations de pétrole par camions constituent de la contrebande, et que des contrats passés avec des pétroliers étrangers sans l'accord du ministère fédéral sont illégaux.

Kurdistan et Etat fédéral sont également à couteaux tirés sur la question de la souveraineté de la région de Kirkouk, riche en pétrole, que les Kurdes voudraient incorporer à leur territoire.

Le Kurdistan garde par ailleurs un oeil sur le conflit en Syrie voisine, où des Kurdes sont engagés dans les combats qui font rage depuis plus de 30 mois.

Les affrontements dans le nord-est de la Syrie entre miliciens kurdes et jihadistes ont poussé des dizaines de milliers de Kurdes à fuir en Irak.

Et M. Barzani, s'inquiétant pour le sort des Kurdes en Syrie, a menacé le mois dernier d'une intervention dans le conflit pour les protéger. Mais son gouvernement a ensuite tempéré ses propos laissant entendre qu'elle ne pouvait être militaire.

Pour le journaliste et analyste Asos Hardi, "un gouvernement régional fort peut s'afficher en tant que protecteur de tous les Kurdes" de la région.

Les autorités du Kurdistan affirment que leurs concitoyens bénéficient de plus de libertés que dans le reste de l'Irak, mais elles font elles mêmes l'objet de critiques pour abus de pouvoir.

Des rassemblements de la liste Goran ont été attaqués pendant la campagne électorale et une personne a été tuée.

Près de trois millions de Kurdes irakiens sont appelés samedi à élire 111 membres d'une assemblée qui adopte ses propres lois.

Les forces de sécurité, ainsi que les personnels des hôpitaux, les malades et les prisonniers votaient par avance jeudi.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.