Lundi 3 avril 2006 à 01h54
DIYARBAKIR (Turquie), 3 avr 2006 (AFP) — Le bilan des violences entre manifestants kurdes et forces de sécurité dans le sud-est de la Turquie, qui se sont étendues à Istanbul, a atteint 12 morts morts dimanche et le principal parti politique kurde a appelé à l'arrêt des émeutes, les plus violentes de la décennie dans cette région.
Un homme âgé de 22 ans a été tué par balle à Kiziltepe, une ville du sud-est à majorité kurde, a déclaré à l'AFP un responsable politique kurde local, Ferhan Turk. Trois autres personnes ont été blessées, a-t-il indiqué.
A Bagcilar, une banlieue d'Istanbul, la grande métropole de l'ouest de la Turquie, trois personnes ont par ailleurs été tuées dans l'incendie d'un bus dimanche soir à la suite d'une attaque au cocktail molotov, a annoncé la chaîne de télévision CNN-Turquie.
Les émeutes, qui en étaient dimanche à leur sixième journée consécutive, ont éclaté mardi à Diyarbakir, chef-lieu de la région kurde, après l'enterrement de rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) tués dans des accrochages avec l'armée.
A Kiziltepe, près de la frontière syrienne, où la neuvième victime a été enregistrée, des violences qui avaient fait un mort avaient déjà eu lieu samedi. Une foule en colère avait incendié une banque, saccagé des bâtiments officiels et des commerces. Les villes de Batman, Silopi, Yuksekova ont aussi été touchées par les émeutes.
Des heurts ont également eu lieu dimanche en plein centre d'Istanbul, a rapporté un photographe de l'AFP.
Quelque 200 manifestants kurdes ont attaqué avec des pierres, des bouteilles et des cocktails Molotov la police anti-émeutes, qui a répliqué avec ses matraques et des gaz lacrymogènes.
Plusieurs manifestants ont été attaqués et sévèrement battus par des habitants d'un quartier d'Istanbul peuplé en majorité de Roms, qui brandissaient des couteaux et des bâtons et criaient des slogans nationalistes.
Au moins sept manifestants ont été interpellés par la police, a annoncé l'agence de presse Anatolie.
Sur les neuf personnes tuées dans le sud-est, trois étaient des enfants. Des dizaines de personnes ont été blessées, surtout dans les rangs des forces de sécurité.
Il s'agit des affrontements les plus graves depuis une dizaine d'années dans cette région où les violences connaissent une escalade depuis juin 2004, date à laquelle le PKK, une organisation séparatiste illégale, a mis un terme au cessez-le-feu qu'il avait unilatéralement décrété et qu'il observait depuis cinq ans.
Depuis 1984, les affrontements entre forces gouvernementales et rebelles kurdes ont fait quelque 37.000 morts, ravagé l'économie du sud-est et entraîné le déplacement de millions de personnes.
Devant la dégradation de la situation, le Parti pour une société démocratique (DTP), principale formation politique kurde de Turquie, a exhorté les Kurdes à cesser les violences et a appelé le gouvernement d'Ankara à adopter des réformes substantielles en faveur de la minorité kurde.
"J'appelle tout notre peuple à se tenir à l'écart de la violence et à ne pas agir avec une mentalité agressive", car "la violence n'amène que d'autres violences", a déclaré Ahmet Turk, coprésident du DTP, dans un entretien avec la télévision CNN-Turk.
Selon lui, des réformes devraient comprendre l'amélioration des droits politiques et culturels des Kurdes, un développement économique et social et une amnistie générale pour les membres du PKK.
"Comment peut-on résoudre le problème uniquement par la matraque, par la répression et l'imposition du silence ? Nous voulons que cette mentalité change", a déclaré le co-président du DTP. "Les Kurdes estiment qu'ils sont toujours considérés comme des citoyens de seconde zone", a-t-il ajouté.
Ankara refuse de négocier avec le PKK, considéré comme une organisation terroriste par les Etats-Unis et l'Union européenne.
Dans un souci de rapprochement avec l'UE, dont la Turquie veut devenir membre, le gouvernement a fait quelques concessions à la minorité kurde, estimée à plus de 12 millions de personnes sur une population de 72 millions.
Ankara a autorisé la diffusion limitée de programmes en langue kurde par les télévisions et les radios. Mais la Constitution interdit toujours l'utilisation d'une autre langue que le turc dans les établissements publics.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.