
Lundi 10 juin 2013 à 16h48
PARIS, 10 juin 2013 (AFP) — Vingt victimes du bombardement au gaz d'Halabja, perpétré par l'armée irakienne en 1988 dans cette ville du Kurdistan irakien, ont porté plainte contre X lundi à Paris, dans l'espoir que des entreprises fournisseurs du régime de l'époque soient mises en cause.
La plainte a été déposée devant le tribunal de grande instance de Paris pour complicité de génocide et de crime contre l'humanité, ainsi que pour recel, a indiqué Me David Père, avocat des victimes, lors d'une conférence de presse.
Si l'action ne concerne pour l'heure que 20 victimes, l'avocat a indiqué représenter au total 721 survivants du bombardement, qui ont eux-mêmes perdu 4.762 proches à Halabja.
Me Père et l'avocat israélien Gavriel Mairone disent avoir recueilli plus de 100.000 documents, dont certains ne sont pas publics, détaillant les différentes étapes de la constitution par l'Irak d'un arsenal chimique entre 1983 et 1988.
Selon ces documents, 427 sociétés ont été prestataires de l'Etat irakien dans ce projet. Pour Me Mairone, au moins 20, dont deux françaises, "savaient parfaitement ce qu'elles faisaient".
Interrogé sur l'identité de ces entreprises, les avocats se sont refusés à la décliner.
En 1988, alors que la guerre contre l'Iran tirait à sa fin, les peshmergas, les combattants kurdes, se sont emparés de Halabja, dans les montagnes du Kurdistan.
L'armée irakienne a riposté en pilonnant la localité, forçant les combattants kurdes à se replier vers les collines alentours, laissant derrière eux femmes et enfants.
Le 16 mars, des avions de combat irakiens ont commencé à survoler la zone et, pendant cinq heures, ont lâché un mélange de gaz moutarde et des neurotoxiques Tabun, Sarin et VX.
Le bombardement a fait environ 5.000 morts et plusieurs milliers de blessés. Nombre de survivants continuent de souffrir de séquelles.
Quatre d'entre eux, présents lundi lors de la conférence de presse, ont raconté leur calvaire quotidien, deux souffrant notamment de graves insuffisances respiratoires.
"Cela fait 26 ans que j'essaye de vivre avec difficulté", a expliqué Kamil Abdulqadir Wais Mohammed, qui s'est présenté comme le porte-parole des victimes.
"Ce que nous voulons, c'est que ces sociétés reconnaissent ce qu'elles ont fait", a fait valoir Me Mairone. Si la culpabilité est reconnue, les victimes sont prêtes à un accord financier amiable, a-t-il ajouté.
Les sociétés étant de plusieurs nationalités, les victimes s'apprêtent à intenter des actions dans d'autres pays que la France, en Allemagne, en Suisse, aux Etats-Unis, en Espagne et aux Pays-Bas, a indiqué Me Mairone.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.