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Des Kurdes syriens partagés sur une intervention internationale


Lundi 30 janvier 2012 à 15h03

ERBIL (Irak), 30 jan 2012 (AFP) — Des représentants de la communauté kurde de Syrie se montrent partagés sur l'opportunité d'une intervention militaire internationale pour provoquer la chute du régime de Bachar al-Assad comme ce fut le cas en Libye contre Mouammar Kadhafi.

Quelque 210 Kurdes syriens venus de 25 pays ont participé samedi et dimanche à une conférence sur la situation dans leur pays, à Erbil, au Kurdistan irakien (nord), une région bénéficiant d'un statut d'autonomie élargie selon la Constitution irakienne.

Le communiqué final de cette conférence dénonce "les violences des forces de sécurité syriennes contre les manifestants et insiste sur l'importance d'une collaboration entre les Kurdes à l'intérieur de la Syrie et ceux de l'extérieur".

Très radical, Jawad al-Mulla, dirigeant du Congrès national kurde, qui s'est prononcé au cours de la réunion pour "un gouvernement (autonome) kurde en Syrie", est totalement en faveur d'une opération militaire étrangère.

"L'intervention internationale est la seule solution car nous avons déjà l'expérience du régime de Saddam Hussein qui ne serait jamais tombé sans une intervention extérieure", a-t-il expliqué à l'AFP en allusion à l'invasion conduite par les Etats-Unis en Irak en 2003 et qui avait abouti à la chute du dictateur.

"Le (parti) Baas syrien est de la même nature que le Baas irakien et rien ne pourra l'éliminer en dehors d'une telle intervention. C'est la seule solution", affirme-t-il. Les deux pays voisins ont été dirigés par deux branches antagonistes du parti Baas.

Pour Saadeddine al-Mulla, un dirigeant du parti al-Likiti (Démocratie en langue kurde), "il y a déjà des interventions extérieures notamment de l'Iran et de la Turquie et le Conseil de sécurité de l'ONU doit donc prendre des décisions en se basant sur le chapitre VII de sa Charte".

Ce chapitre prévoit différentes mesures dont l'intervention militaire en cas de menace contre la paix ou d'acte d'agression.

Aller vers l'ONU est également ce que souhaite Hamad Darwich, secrétaire du Parti progressiste kurde de Syrie, considéré comme l'une des plus anciennes formations kurdes de Syrie.

"Si la Ligue arabe n'arrive pas à imposer ses solutions, le dossier doit être transmis au Conseil de sécurité qui ne peut pas rester spectateur face à ce qui se passe dans le pays", juge-t-il.

En revanche, le Parti démocratique du Kurdistan en Syrie (PDK) se montre plus circonspect. "C'est trop tôt pour une intervention internationale et je crois qu'il faut chercher une solution nationale avec une pression internationale dans les domaines politique, économique, médiatique et diplomatique", a souligné son dirigeant, Abdel Hakim Bachar.

"Je crois que le premier pas, c'est de trouver une issue nationale et en cas d'échec? il faudra trouver une alternative arabe ou internationale", a-t-il ajouté.

Les Kurdes de Syrie représentent environ 9% de la population du pays et sont installés essentiellement dans le Nord-est et à Damas, où ils forment une importante minorité.

Affirmant faire l'objet d'une politique discriminatoire depuis plusieurs décennies, ils réclament la reconnaissance de leur langue et de leur culture et veulent être traités comme des citoyens à part entière. Ils disent aussi revendiquer des droits politiques et administratifs.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.