Lundi 17 decembre 2007 à 13h41
QANDIL (Irak), 17 déc 2007 (AFP) — Encore pleins de colère, des Kurdes ont raconté lundi avoir dû fuir, pieds nus dans la neige ou en chemise de nuit, leurs maisons et villages du massif de Qandil, dans le nord-est de l'Irak, après avoir été réveillés par les frappes turques censées viser des rebelles.
Un fermier de 75 ans, Hassan Ibrahim, a quitté, en ravalant sa peine et sa colère, le village de Qalatuga, situé dans une région boisée et escarpée près de la frontière turque qui sert de refuge aux combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), en lutte contre le pouvoir central d'Ankara.
"Nous dormions tous lorsque les avions turcs ont bombardé notre village" dimanche avant l'aube, dit Hassan Ibrahim.
"Nous avons dû sortir de la maison car nous étions tous en train de suffoquer en raison de la poussière", poursuit-il.
Les bombardiers turcs survolent selon lui depuis un mois la région.
"Avant, c'était Saddam (Hussein) qui détruisait nos maisons, maintenant ce sont les Turcs", dit cet homme qui est retourné chez lui pour faire ses bagages.
"Nous devons partir sans savoir ce que nous avons fait de mal", déplore-t-il.
Comme lui, Asaka Abdoullah, une femme de 40 ans, a dû fuir sa maison après avoir "été réveillée par le bruit d'une explosion". "Je me suis aussitôt précipitée dehors avant de m'enfuir pieds nus", dit-elle.
Mahmoud Sheikh Mohammed ne comprend pas, lui, que l'aviation turque ait pu viser son école, "complètement rasée" par les frappes. La construction de cette école, lancée en 2004, était presque achevée et devait être inaugurée prochainement.
"J'ai été choqué quand j'ai vu l'école", dit-il en ne cachant pas sa colère.
Le gouvernement irakien a condamné les raids qui, selon l'agence de presse pro-PKK Firat, ont fait sept morts, cinq combattants et deux civils.
Le PKK, considéré comme une organisation terroriste par Ankara, Washington et l'Union européenne, a utilisé dans un passé encore récent ses bases en Irak -- où sont cantonnés quelque 3.500 combattants -- pour lancer des attaques en Turquie.
Le 1er décembre, la Turquie avait mené une première opération limitée visant un groupe de combattants kurdes en territoire irakien, après avoir menacé à plusieurs reprises d'intervenir directement en Irak.
Le 21 octobre, des rebelles venant du Kurdistan irakien avaient tué 12 soldats turcs lors d'une attaque près de la frontière, et le Parlement turc avait autorisé le gouvernement à mener une intervention militaire en Irak.
Cette perspective avait mobilisé la communauté internationale, notamment les Etats-Unis qui y voyaient un risque de déstabilisation de la seule région d'Irak relativement épargnée par la violence.
Le gouvernement de Bagdad et les autorités régionales kurdes d'Irak s'étaient alors engagés à prendre des mesures pour limiter les mouvements et la liberté d'action des éléments du PKK installés en Irak.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.