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Des Irakiens pleurent des soldats tués dans des attaques


Jeudi 26 mars 2026 à 18h32

Habbaniyah (Irak), 26 mars 2026 (AFP) — Escaladant les décombres de ce qui était autrefois l'hôpital d'une base de l'armée irakienne, Ahmed et deux autres soldats du corps médical sont encore sous le choc après la mort de sept des leurs dans des frappes aériennes à Habbaniya.

"Une première frappe a fait des blessés, et quand les équipes sont venues les secourir, un avion les a prises pour cible", lâche Ahmed, au milieu de monticules de morceaux de béton.

"Nous sommes les seuls du corps médical à être indemnes. Tous les autres ont été tués ou blessés", ajoute le jeune homme sur la base de Habbaniya, à une centaine de kilomètres à l'ouest de Bagdad.

Alors qu'une guerre oppose depuis près d'un mois l'Iran aux Etats-Unis et à Israël, l'Irak doit faire face à la fois à des frappes visant les intérêts américains sur son sol et à des attaques contre des groupes pro?iraniens.

Sept soldats irakiens ont péri mercredi dans des frappes aériennes visant la base, selon le ministère de la Défense.

Les anciens paramilitaires du Hachd al-Chaabi, eux-même visés la veille sur leur position jouxtant la base, avaient dénoncé dans les deux cas des "frappes américaines".

Ni le gouvernement irakien, ni l'armée n'ont cependant accusé Washington et un porte-parole du Département d'Etat contacté par l'AFP a démenti toute frappe américaine visant les forces de sécurité irakiennes.

- "Surpris" -

Ces derniers jours, des frappes imputées aux Etats-Unis ou à Israël ont visé des groupes armés pro-Iraniens, qui tout en faisant partie du Hachd, coalition intégrée aux forces régulières, sont réputés agir hors de tout cadre étatique.

"Ici, c'est un site du ministère de la Défense, un hôpital militaire, avec des officiers, des médecins", a indiqué à l'AFP le général Tahseen al-Khafaji, qui organisait jeudi une visite sur la base pour plusieurs médias, dont l'AFP.

"Nous avons été surpris qu'il ait été pris pour cible par une frappe aérienne", a-t-il déploré.

Un officier d'une vingtaine d'années, Mohamed Moustafa, raconte avoir réussi à sauver un camarade "coincé entre un mur et le plafond (...) juste avant une deuxième frappe qui a tout détruit."

Le nord de l'Irak n'est pas épargné non plus: mercredi, la petite ville de Soran, nichée dans les montagnes du Kurdistan autonome, près de la frontière iranienne, portait le deuil de six membres des forces kurdes tués la veille dans des tirs de missiles iraniens.

Des funérailles ont été organisées en présence des dirigeants de la région autonome. Le patriarche de la dynastie Barzani, Massoud, a fait le déplacement.

Keffieh traditionnel sur le crâne, des dizaines d'hommes, vêtus du saroual kurde font la queue pour entrer dans la salle de conférences de la ville.

- "Sacrifice" -

Devant les portraits des six "martyrs", l'assistance prononce une prière à la mémoire des morts. Une autre pièce est remplie de femmes vêtues de noir.

Fatima Mouzaffar, 24 ans, pleure la mort de son frère de 21 ans, Kaywan, enrôlé depuis trois ans dans les rangs des peshmergas, les forces armées du Kurdistan autonome.

"Quand on est allé à l'hôpital, on avait espoir qu'il soit seulement blessé", lâche la jeune femme, secouée par des sanglots.

Dans sa maison, elle montre les photos de mariage de son frère, posant au côté de sa jeune épouse. Le jour de sa mort, il revenait de permission. "Avant de partir, il avait dit au revoir à ma mère et à mes deux soeurs, qui étaient venues pour les vacances."

Le patriarche, Mouzaffar, lui-même peshmerga à la retraite, avait eu son fils au téléphone immédiatement après un premier tir de missile.

"Quelques secondes" après leur conversation, un deuxième missile a frappé. "J'ai essayé de le rappeler, le téléphone était déconnecté."

Après avoir pris les armes contre le régime de Saddam Hussein, lui-même a été grièvement blessé en 2014 lors des combats contre les jihadistes du groupe Etat islamique (EI).

"Les Kurdes sont habitués aux souffrances. Notre famille a une longue histoire de sacrifices pour cette terre."

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.