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De la filière des Buttes-Chaumont à Raqa, un couple de Français condamné pour avoir rejoint Daesh


Mardi 10 mars 2026 à 21h43

Paris (France), 10 mars 2026 (AFP) — Première des 22 "revenantes" qui doivent être jugées devant la cour spéciale cette année, Océane Granger, 31 ans, a été condamnée mardi à cinq ans d'emprisonnement pour avoir rejoint le groupe Etat islamique (EI) avec son compagnon proche de la filière jihadiste parisienne des Buttes-Chaumont.

Amirouche Belounis, Parisien né en 1989 et supposé mort, était jugé par défaut. Il a été condamné à 30 ans de réclusion pour association de malfaiteurs terroriste ainsi que pour sa participation à une vidéo de propagande du groupe EI diffusée en juin 2016.

Ils font partie des 1.490 départs de France, dont 417 femmes parties majeures, recensés depuis 2012 par les autorités.

Le couple avait quitté la France avec son bébé en juin 2015 par la gare du Nord, pour rallier la Syrie via l'Allemagne, la Lettonie ou encore la Géorgie. Pour cet itinéraire atypique qui se fera en partie aux côtés de Mylène Foucré, compagne du jihadiste français Fabien Clain, ils utilisent de faux papiers belges fabriqués par la même officine que celle qui fournira des membres des commandos du 13 novembre 2015.

Devant la cour, l'accusée, haute queue de cheval, jean noir et chemise ample et qui comparaissait libre sous bracelet électronique, reconnaît avoir adhéré au projet de l'EI, "le fait d'être immergée, ça finit par entrer en vous, ça prend racine".

- "Galaxie" -

Les deux jours de procès ont retracé le parcours de cette adolescente "sage" à l'environnement familial "tendu", selon des experts, particulièrement affectée par la séparation de son père cordonnier et de sa mère aide à domicile.

A sa majorité, la "bonne élève" étudiante en sciences se convertit à l'islam puis rencontre en ligne Amirouche Belounis. Il est fiché S, déjà formé aux armes au Maghreb.

Avant le départ, "il ne m'a jamais présenté à personne", assure-t-elle. Une agente de la DGSI dépeint à l'audience la "galaxie d'individus" à "la trajectoire terroriste majeure", dans laquelle l'accusé gravite: la filière précurseure des Buttes-Chaumont (quartier du nord-est parisien) qui comprenait notamment Chérif Kouachi et Peter Cherif.

Des éléments de preuve retrouvés par la coalition permettront d'établir que Belounis a été combattant. Il sert notamment dans la katiba d'élite Tarek Ibn Ziad, à Routba et Ramadi en Irak, précise la DGSI. Il parle souvent d'attentat suicide.

Elle décrit à la barre un quotidien centré autour des enfants, mais aussi cet "attroupement et engouement" d'une foule lapidant pour l'achever un homme jeté d'un toit par l'EI.

L'émotion la gagne lorsqu'elle aborde le bombardement dans lequel mourront, selon elle, son conjoint et ses deux enfants en octobre 2017 à Raqa, quelques jours avant la prise par les forces kurdes de cette ville du nord de la Syrie dont l'El avait fait la capitale de son "califat" transfrontalier.

- Crachats -

Océane Granger restera sur zone jusqu'à 2019 et la chute de Baghouz, l'ultime bastion de l'EI.

Dans les camps d'Al-Hol et Roj dans le nord-est syrien, tenus par les forces kurdes, elle retrouve "une partie des femmes" avec qui elle était et est "sortie de Baghouz, "un groupe dans le groupe" composé de femmes de "diverses nationalités", prônant une idéologie encore plus radicale qui "rendait Daesh mécréant".

Dans l'"animosité" de ces camps, "vous ne pouvez pas faire bande à part, vous devez être rattachée à un groupe", dit-elle.

Les deux orphelins qu'elle avait recueillis bénéficient du premier rapatriement. "Les filles du groupe" mettent alors la pression. "Elle se sont réunies pour remotiver les troupes, expliquer d'un point de vue religieux ce que ce rapatriement impliquerait", explique-t-elle.

Elle raconte finir par demander à revenir, opérant en "secret".

Le départ se fait sous les insultes et les crachats.

Rapatriée en octobre 2022, celle qui aujourd'hui travaille et a repris des études, est sortie de prison fin mars 2025 sous bracelet électronique. Le reliquat de la peine prononcée mardi, inférieur à deux ans, sera aménagé sous le même régime. La peine est assortie d'un suivi socio-judiciaire de cinq ans.

La cour a relevé au moment du prononcé du verdict "la gravité des faits" et la durée de sa présence sur zone, mais souligné "une reconnaissance des faits" et un "réel travail de remise en cause".

L'avocate générale avait requis neuf ans d'emprisonnement avec mandat de dépôt différé.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.