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Dans les zones kurdes de Syrie, le sentiment d'un "abandon" américain


Lundi 19 janvier 2026 à 17h15

Qamichli (Syrie), 19 jan 2026 (AFP) — Dans les zones kurdes du nord de la Syrie, des habitants expriment lundi leur amertume après l'accord avec Damas mettant fin à leur autonomie et ont le sentiment que les Etats-Unis, qui les ont soutenus pendant des années, les ont lâchés.

"L'Amérique nous a laissés tomber, elle a dit qu'elle était avec nous contre l'Etat islamique (EI) et qu'elle voulait libérer la Syrie, la rendre démocratique, mais leurs intentions étaient tout autres", lance Ahmed Mourad, 25 ans, à Qamichli.

Depuis quelques jours, des milliers de déplacés affluent vers cette ville, la principale à majorité kurde du nord-est, et y sont hébergés dans des centres d'accueil installés à la hâte, selon des correspondants de l'AFP sur place.

Ils ont fui la progression rapide des forces gouvernementales plus au sud, dans d'autres zones tenues par des Kurdes et peuplées notamment d'Arabes (Deir Ezzor, Raqa), dont les combattants kurdes se sont retirés dans le cadre de l'accord.

Le président syrien, Ahmad al-Chareh, déterminé à étendre son autorité sur l'ensemble du pays, a annoncé dimanche cet accord imposé par la force, qui prévoit un cessez-le-feu et l'intégration des administrations civiles et militaires kurdes au sein de l'Etat.

Il "a imposé sa vision de l'Etat et de la Constitution", regrette Aras Mohammed, 34 ans, employé de l'administration autonome kurde à Qamichli, exprimant de "grandes craintes" pour l'avenir.

- "Agents immobiliers" -

L'accord est un coup dur pour les Kurdes qui ambitionnaient de préserver leur administration autonome, instaurée de facto depuis plus d'une décennie, et son puissant bras armé, les Forces démocratiques syriennes (FDS).

Soutenues par les Etats-Unis, à la tête d'une coalition multinationale antijihadiste, les FDS ont combattu et défait le groupe Etat islamique (EI) en Syrie et les Kurdes pensaient l'appui américain indéfectible.

Depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, la position américaine est plus complexe, Washington soutenant les efforts du gouvernement pour contrôler l'ensemble du territoire, tout en voulant préserver les liens avec les FDS.

Mais si les Kurdes bénéficient d'un grand soutien au Congrès américain, le président Donald Trump a laissé entendre qu'il pourrait prendre ses distances avec les forces kurdes.

L'émissaire américain en Syrie, Tom Barrack, a d'ailleurs soutenu l'accord annoncé dimanche par le président Chareh en sa présence à Damas, le qualifiant de "tournant décisif".

"Nous demandons à la coalition et aux Etats-Unis de ne pas laisser tomber les Kurdes (...) car nous avons combattu l'EI", s'inquiète Mohammad al-Issa, un pharmacien de 25 ans.

Hevi Ahmad, militante kurde de 40 ans, n'a pour sa part jamais considéré le soutien américain comme "réel".

"Ils traitent avec les peuples comme des agents immobiliers", dit-elle. "L'accord est une source de déception" après des années d'espoir sur "un avenir meilleur pour les Kurdes en Syrie".

- Crainte de représailles -

M. Chareh a publié vendredi un décret reconnaissant les droits nationaux des Kurdes dont la langue sera désormais officielle, mais les autorités kurdes estiment que ces droits devraient être inscrits dans la Constitution.

Les Kurdes syriens sont estimés à quelque deux millions, sur une population d'une vingtaine de millions.

Au cours de la guerre civile (2011-2024), ils avaient progressivement pris le contrôle de vastes territoires du nord et du nord-est de la Syrie, incluant champs pétroliers et gaziers.

Conformément à l'accord, les forces kurdes ont dû se retirer des zones à majorité arabe dimanche.

La militante Hevi Ahmad dit craindre "des représailles de la part de factions affiliées au gouvernement, malgré leurs assurances sur la protection des Kurdes et de leurs droits, à l'image de ce qui s'est produit à Soueida et sur la côte".

Le pouvoir islamiste s'est engagé à protéger les minorités mais des centaines d'alaouites ont été massacrés sur la côte en mars et des combats avec les druzes ont éclaté à Soueida (sud) en juillet.

Pour Mme Ahmad, l'accord anéantit les espoirs des Kurdes, "dispersés entre quatre pays, d'être unifiés".

Répartis entre la Turquie, la Syrie, l'Irak et l'Iran, les Kurdes affirment que leurs tentatives d'établir un Etat indépendant ont été systématiquement réprimées par les puissances régionales et internationales au cours de leur histoire.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.