
Mardi 20 janvier 2026 à 21h14
Souleimaniyeh (Irak), 20 jan 2026 (AFP) — Comme des dizaines d'autres Kurdes irakiens, Rounak Majid monte à bord d'un bus qui s'apprête à parcourir plusieurs centaines de km. Direction la Syrie, où elle veut soutenir sa communauté face à l'offensive du gouvernement d'Ahmad al-Chareh.
"Nous partons pour le Rojava (territoire semi-autonome kurde dans le nord-est de la Syrie, NDLR) afin de défendre chaque centimètre de la terre du Kurdistan", lance l'enseignante de 58 ans.
"Chacun de nous peut défendre sa patrie à sa façon, même si cela veut dire de prendre les armes", estime Mme Majid, rencontrée par l'AFP à Souleimaniyeh.
Dans cette ville de l'est de l'Irak, une vingtaine de bus ont pris la route mardi malgré le froid et la neige, après l'appel lancé par les forces kurdes à leurs "frères" de Syrie et des autres pays, "à s'unifier et rejoindre les rangs de la résistance".
Déterminé à étendre son autorité sur l'ensemble de la Syrie depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, le président Ahmad al-Chared a annoncé dimanche un accord obtenu avec les Kurdes sous pression militaire.
Il vise à intégrer leurs institutions civiles et militaires au sein de l'Etat et a porté un coup aux espoirs d'autonomie de la minorité, qui avait instauré une zone autonome dans le nord et le nord-est au cours de la guerre civile (2011-2024).
L'armée syrienne a pris le contrôle des provinces de Raqa et Deir Ezzor (nord et nord-est) et a massé des troupes aux abords des localités kurdes de la province de Hassaké, où sont désormais repliés les combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS).
- "Injustice" -
Abou Bakr Haldani, ancien membre du Parlement régional du Kurdistan, se rend lui aussi en Syrie pour fournir "un soutien moral", appelant à ce que "tous les efforts politiques, moraux, matériels et diplomatiques soient menés pour que l'injustice contre notre peuple disparaisse".
Non loin, alors qu'une femme enlace son mari pour lui dire au revoir, de jeunes hommes font le V de la victoire et scandent des slogans pro-kurdes.
"Il est de notre devoir, en tant que Kurdes, de ne compter que sur nous-mêmes et sur notre force, pas sur l'Amérique ou autre", estime quant à lui Adel Ahmad, avec pour seul bagage un sac à dos.
De nombreux Kurdes se sentent abandonnés par les Etats-Unis, qui les appuyaient dans leur combat contre l'organisation Etat islamique (EI), avant de soutenir les efforts de centralisation du président syrien.
"Nous n'aimons ni les guerres, ni les problèmes, mais ils nous ont toujours été imposés", regrette M. Ahmad, 68 ans, combattant kurde à la retraite.
Répartis entre la Syrie, l'Irak, l'Iran et la Turquie, les Kurdes affirment que leurs tentatives d'établir un Etat indépendant ont été systématiquement réprimées par les puissances régionales et internationales au cours de leur histoire.
A Souleimaniyeh, il y a aussi des Kurdes irakiens et iraniens qui montent dans les bus, comme Sayed Bagheri, 27 ans, originaire de Kermanshah en Iran.
"Les Kurdes ne forment qu'un seul peuple", dit-il, "et sont réunis autour d'une seule cause" qu'il faut à tout prix "soutenir".
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.