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Cinq jeunes, emmenés de France par leurs parents en Syrie sous l'EI, transférés en prison en Irak


Lundi 9 mars 2026 à 14h10

Paris (France), 9 mars 2026 (AFP) — Cinq jeunes, ayant été emmenés enfants de France en Syrie par leurs parents ayant rejoint l'Etat islamique (EI), ont été déplacés de Syrie vers une prison irakienne, des transferts "ignobles" qui les condamnent d'avance, fustigent leurs avocats à Paris.

Ces cinq jeunes adultes font partie des 5.700 détenus de 61 nationalités qui ont été transférés de Syrie en Irak dans les dernières semaines.

Ils sont détenus à la prison al-Karkh en Irak, un ancien centre de détention de l'armée américaine connu sous le nom de camp Cropper, a précisé l'une des sources proches du dossier.

Sur place se trouve un sixième jeune majeur, qui avait été transféré fin juillet 2025.

Ces transferts, en vue de probables procès en Irak, sont "ignobles", ont réagi auprès de l'AFP Marie Dosé et Matthieu Bagard, avocats de cinq d'entre eux, qui ne cessent de demander leur rapatriement en France. "Nous rappelons que ces jeunes majeurs n'ont rien choisi et qu'ils ont été emmenés de force par leurs parents en Syrie, alors qu'ils étaient enfants", insistent les conseils.

Leurs demandes de rapatriement avaient été rejetées en 2024 par le ministère des Affaires étrangères français, invoquant des "opérations de rapatriement extrêmement difficiles à mener".

Mais en décembre dernier, la justice française avait sommé l'Etat de revoir sa copie. Interrogé sur les transferts, le Quai d'Orsay a indiqué à l'AFP ne "pas faire de commentaire sur les situations individuelles".

Ces six jeunes, Français ou qui ont grandi en France, font l'objet, à Paris, d'investigations "ouvertes des chefs d'infraction de nature terroriste", a précisé à l'AFP une source judiciaire. Et pour trois d'entre eux, "la période de prévention couvre des faits commis mineurs".

Au moins deux de ces jeunes appartiennent à des familles de jihadistes français hauts placés de l'Etat islamique (EI), tandis que deux autres ont été vus, enfants et armés, dans des vidéos de propagande de Daech.

A la chute de l'EI, ils ont été placés dans des centres tenus par les forces kurdes, où ils sont devenus majeurs, a expliqué l'une des sources proches du dossier. Deux ont ensuite été détenus en prison en Syrie.

En juin 2025, Me Dosé a visité l'un de ses clients à la prison d'Alaya et pu constater que ce dernier était "blessé et profondément traumatisé par les maltraitances subies".

- "Il ne survivra pas" -

Un autre, grièvement blessé après un bombardement, est aujourd'hui "paralysé" et "épileptique au dernier degré", raconte l'avocate. "Sa mère et toute sa fratrie ont été rapatriés sans lui en 2024. La France l'a oublié et se rend aujourd'hui complice de son transfert en Irak", dont "il ne survivra pas", dénonce-t-elle.

Les avocats se sont aussi rendus en Irak, en janvier dernier.

Me Dosé a notamment pu y voir le premier de ces six jeunes transférés, celui déplacé en juillet. Elle a échangé avec lui lors d'un entretien non confidentiel, d'après un rapport qu'elle a rédigé et qui a été consulté par l'AFP.

Ce jeune a expliqué avoir été sommé par les forces kurdes "de préparer (ses) affaires en vue de (son) rapatriement immédiat vers la France" et qu'il en était "fou de joie". La réalité fut autre: il a été transféré le 21 juillet 2025 dans une prison irakienne, avec 46 autres Français. Il décrit des "conditions de détention encore plus difficiles qu'à Orkesh", un centre détenu par les forces kurdes en Syrie.

Ces prisonniers ont reçu, depuis leur transfert en juillet, "une visite consulaire et une visite de la Croix Rouge". Mais aussi deux visites de "cinq minutes" d'avocats irakiens, signe d'une judiciarisation de leurs cas en Irak.

Pour être compétente à juger les suspects français, la justice irakienne doit pouvoir prouver leur présence sur son territoire sous l'EI.

Ces transferts rappellent ceux de onze Français, condamnés à mort en Irak en 2019, puis à la prison à vie.

Ces 11 jihadistes présumés demandent actuellement à purger leur peine en France, où ils font l'objet d'investigations antiterroristes. Une juge d'instruction enquête aussi, depuis décembre 2023, sur leurs conditions d'emprisonnement en Irak, notamment pour tortures et détention arbitraire.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.