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Barzani, un leader kurde intransigeant sur les droits de sa communauté


Mardi 13 decembre 2005 à 08h07

BAGDAD, 13 déc 2005 (AFP) — Massoud Barzani, premier président du Kurdistan irakien, se veut le champion de la cause de sa communauté, n'hésitant pas à aller à contre-courant de la classe politique pour défendre ses revendications.

"Je ne ménagerai aucun effort pour renforcer l'unité nationale, la fraternité entre Kurdes et Arabes et l'unité au sein du Kurdistan", déclarait M. Barzani après avoir prêté serment en juin, après son élection à la tête du Kurdistan par le Parlement local.

Ce sexagénaire ne cache cependant pas qu'il s'allierait à toute personne qui préserverait les droits des Kurdes, durement réprimés par le régime de Saddam Hussein.

Pour la première fois dans l'histoire du pays, deux Kurdes sont à la tête du pays: lui comme chef du Kurdistan et son ancien rival, Jalal Talabani, comme président de l'Etat.

Mais alors que la mission de M. Talabani prend fin avec les législatives du 15 décembre, M. Barzani a été élu pour quatre ans. Il a décidé de ne pas se présenter à ce scrutin et laisse son ancien rival mener leur liste commune aux élections.

Petit, rond, réservé, le chef kurde n'ôte que rarement ses habits traditionnels, même lorsqu'il est reçu à la Maison blanche par le président George W. Bush. Et comme pour marquer encore plus sa loyauté, il choisit ses vêtements de la couleur de ceux des peshmergas, les combattants kurdes.

Cet ancien guerrier, qui a passé sa jeunesse dans les montagnes à combattre les régimes successifs de Bagdad, refuse d'ailleurs la dissolution de ces milices et n'accepte qu'une "redéfinition" de leur mission. Ces forces ont protégé selon lui le Kurdistan et doivent continuer à le faire.

La position de M. Barzani sur cette question n'est pas innocente, lui qui soutient une indépendance du Kurdistan, en cas de guerre civile en Irak. A ce moment-là, cette région aurait déjà un noyau d'armée.

Pour lui, le Kurdistan compte plus que l'unité de l'Irak. En mars, il refusait de hisser le drapeau national dans ses fiefs du Kurdistan car il représente "l'une des périodes les plus noires de l'histoire de l'Irak".

Quelques jours plus tôt, il écartait toute entrée des forces de sécurité nationales au Kurdistan, sans l'accord du Parlement de cette région, qui jouit d'une quasi autonomie depuis 1991.

Le 6 juin, il faisait scandale lors de la prestation de serment du gouvernement d'Ibrahim Jaafari, en protestant contre la suppression de la mention "fédéral" du texte, en parlant de l'Irak. "C'est une violation et une menace contre l'alliance" entre la liste kurde et la principale liste chiite, avertissait-il.

La prestation de serment est alors suspendue et organisée à nouveau quelques jours plus tard, après modification du texte selon les souhaits du chef kurde.

Son discours de politique étrangère est également controversé. Il a déclaré au journal arabe Al-Hayat que des liens entre les kurdes et Israël "ne seraient pas un crime".

Lorsque les forces politiques irakiennes, réunies au Caire en novembre, n'ont pas condamné la "résistance", M. Barzani, absent de la rencontre, s'est insurgé: "Nous n'appelons pas ce qui se passe en Irak de la résistance. C'est du terrorisme (...) Pour nous, ces forces étrangères sont libératrices et non pas occupantes".

Massoud Barzani est né à Mahabad, dans le Kurdistan iranien, mais sa famille est originaire de Barzan, dans le nord-est du Kurdistan irakien. Cette région a été dévastée en 1988 par le régime baassiste lors d'une vaste opération, au cours de laquelle plusieurs centaines de villages ont été bombardés puis rasés au bulldozer.

Il est le fils du chef historique des kurdes, Moustapha Barzani, et chef du Parti démocratique du Kurdistan (PDK) depuis la mort de son père en 1979.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.