
Jeudi 26 mars 2026 à 05h01
Bagdad, 26 mars 2026 (AFP) — L'Irak, habitué à un exercice d'équilibriste pour préserver ses alliances avec Washington et Téhéran, n'arrive plus, en pleine guerre au Moyen-Orient, à s'épargner une escalade meurtrière.
Après des frappes imputées à Washington, Bagdad a durci le ton et accordé un "droit de riposte et de défense" aux anciens paramilitaires du Hachd al-Chaabi, une alliance intégrée aux forces étatiques mais qui englobe des factions armées pro-iraniennes.
Ces mêmes factions revendiquent ouvertement des attaques de drones et de roquettes contre "l'ennemi" américain, ciblant plusieurs fois l'ambassade américaine à Bagdad depuis le début de la guerre au Moyen-Orient le 28 février. Là encore, les autorités veulent faire preuve de fermeté, promettant de poursuivre les auteurs.
- Un équilibre diplomatique vacillant?
Même en temps de guerre, l'Irak affiche un certain équilibre entre son partenaire américain et l'allié iranien: mardi, les autorités ont annoncé la convocation du chargé d'affaires américain, après une frappe meurtrière visant le Hachd al-Chaabi, et l'ambassadeur iranien, pour des tirs de missiles balistiques ayant tué six soldats du Kurdistan autonome.
Le gouvernement irakien est confronté à "une situation précaire: il ne peut pas entrer en conflit avec les Etats-Unis mais il ne peut pas empêcher les groupes de la +résistance+, soutenus par l'Iran, de lancer des attaques dans le pays" et au-delà, résume Tamer Badawi, du centre de réflexion Royal United Services Institute (RUSI).
S'ensuit alors "un classique exercice d'équilibriste": le gouvernement "dit aux ex-paramilitaires de riposter pour leur autodéfense, tout en sachant probablement qu'ils n'ont pas les moyens de le faire", ajoute-t-il.
Chercheur du groupe de réflexion Chatham House, Hayder Al-Shakeri reconnaît que l'équilibre est "plus fragile de jour en jour. C'est un véritable défi" pour le Premier ministre Mohamed Chia al-Soudani.
Car tandis que les groupes armés pro-iraniens ne montrent aucun signe de retenue, les frappes américaines sont en pleine "expansion à travers le territoire irakien", avertit-il.
- Pourquoi les Etats-Unis frappent-ils?
Ces derniers jours, les bombardements visant en Irak les groupes pro-iraniens sont montés en puissance.
Le Hachd al-Chaabi a dénoncé des "frappes aériennes américaines" contre une base militaire dans l'ouest de l'Irak, dans la région de Habbaniya, où ses effectifs côtoient l'armée.
Mardi, une frappe a tué 15 combattants du Hachd, selon le groupe. Et mercredi, sept militaires ont péri quand une clinique de l'armée a été visée.
Pour des observateurs, l'objectif des frappes menées par Washington ou Israël est d'entraver les attaques des factions qui ciblent des sites américains à Bagdad, le Kurdistan autonome, mais aussi des sites d'hydrocarbures ou la présence de troupes étrangères, dans des pays du Golfe comme le Koweït ou en Jordanie.
Les bombardements contre les factions se concentrent sur la province d'Al-Anbar (ouest), limitrophe de la Jordanie et de l'Arabie saoudite, au nord dans la plaine de Ninive, dans la région de Kirkouk, aux portes du Kurdistan. Mais aussi à Jurf al-Sakhr, secteur bouclé et ultra-sécurisé tenu par les factions, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Bagdad.
La stratégie? "Décapitation et fragmentation des réseaux" explique M. Shakeri. "Les Etats-Unis ont une liste de cibles, il semblerait qu'ils frappent les directions et les noeuds de commandement."
-Les factions, résistance ou chaos?
Sur la soixantaine de factions formant le Hachd, une poignée a la réputation d'agir en électrons libres.
Certains groupes, classés organisation "terroriste" par Washington, font partie de la "Résistance islamique en Irak", nébuleuse pro-Iran engagée dans les attaques contre la présence militaire américaine au Moyen-Orient.
Si les Brigades du Hezbollah ont annoncé une suspension temporaire des attaques contre l'ambassade américaine, elles ont réclamé le départ des militaires américains déployés avec une coalition internationale antijihadistes.
Les frappes contre les factions "pourraient les affaiblir, mais sans une stratégie politique, cela ne produira qu'une fragmentation et du chaos", avertit M. Chakeri.
Même si ces groupes ne peuvent pas "rivaliser avec la puissance aérienne américaine", selon lui, elles conservent une capacité de nuisance avec les drones et les roquettes.
Et pour M. Badawi, "le gouvernement irakien ne dispose pas, à ce stade, des moyens coercitifs nécessaires pour les désarmer, sans risquer de déclencher quelque chose qui s'apparenterait à une guerre civile."
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.