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Au procès de sympathisants de l'ultragauche, des parties d'airsoft au coeur des débats


Mercredi 18 octobre 2023 à 21h15

Paris, 18 oct 2023 (AFP) — "On n'a pas fait d'entraînement paramilitaire, on a fait des jeux": au procès de sept sympathisants d'ultragauche accusés d'avoir projeté des actions violentes contre les forces de l'ordre, les prévenus ont raconté leurs parties d'airsoft, retenues par l'accusation comme un élément prouvant leurs intentions malveillantes.

Depuis le 3 octobre, ces sept personnes - six hommes et une femme - comparaissent devant le tribunal correctionnel de Paris pour association de malfaiteurs terroriste. Ils sont soupçonnés de s'être préparés afin de s'en prendre à des policiers ou des militaires, même si aucun passage à l'acte imminent n'a été envisagé. Tous contestent les accusations.

Parmi les préparatifs figurent, selon les juges d'instruction, quelques parties d'airsoft, une activité dans laquelle les participants utilisent des répliques d'armes à feu chargées de billes en plastique, auxquelles se sont livrés certains des mis en cause alors qu'ils étaient sous discrète surveillance des enquêteurs.

Pour les magistrats, ces parties sont en réalité des "entraînements tactiques", menés par le principal prévenu du dossier, Florian D., qui a combattu auprès des Kurdes contre l'organisation État islamique en 2017, "visant à manipuler des armes, à les manier et à s'en servir dans un contexte de guerre urbaine, de manière notamment à apprendre la progression en milieu clos".

Lors des perquisitions, les enquêteurs ont par ailleurs retrouvé chez certains mis en cause un certain nombre d'armes, dont plusieurs carabines, un revolver ou encore un fusil à pompe, ainsi que des centaines de cartouches. La plupart étaient toutefois détenues légalement.

- "Dépassé" -

Pour les prévenus, les soupçons les visant sont absurdes.

"Quand j'entends +entraînement paramilitaire+, ça me pique les oreilles, on parle de deux ou trois parties d'airsoft", déclare mercredi à la barre Manuel H., qui raconte être un adepte de cette activité depuis "tout petit".

En février 2020, il y joue avec Florian D. et Loïc M., qui comparaît également dans cette affaire, dans une maison abandonnée en Haute-Garonne. "C'était du rire, on rigolait", se souvient le prévenu, qui a connu Florian D. au lycée et qui avait aussi tenté de rejoindre le Rojava (région du nord-est de la Syrie), sans succès.

Pour lui, ces parties lui rappelaient "des souvenirs" quand il était enfant, et étaient aussi un moyen de se "familiariser" avec les techniques de progression au cas où il retournerait dans la zone irako-syrienne.

Mais "jamais je n'ai eu l'intention de faire quelque chose sur le territoire français", assure-t-il. "Je ne suis pas un assassin, je ne suis pas un psychopathe, encore moins un terroriste".

"Je suis dépassé d'avoir fait de la garde à vue pour avoir passé une journée ou deux à faire de l'airsoft, oui ça me dépasse", avait confié la veille Loïc M. au tribunal.

Même sentiment chez trois autres prévenus qui se sont aussi livrés pendant un après-midi à des parties d'airsoft avec Florian D. en Dordogne, où ils s'étaient retrouvés pendant le confinement.

"C'est Florian qui avait des répliques d'airsoft dans son camion qui a proposé qu'on fasse une partie tous ensemble", a relaté mardi Camille B., assurant n'avoir, en dehors de cet après-midi, aucun attrait pour ce type d'activités.

"C'était à la fois l'occasion de faire quelque chose tous ensemble mais aussi en cassant des habitudes", a estimé la jeune femme, soulignant que le principal était "qu'on passe un bon moment ensemble, pas du tout la performance".

"On a joué, on a fait les débiles pendant deux heures", a confirmé Bastien A., un autre des participants.

"Florian nous a montré vite fait comment il faisait pour ouvrir une porte au Rojava, et nous on faisait plus ou moins n'importe quoi et puis on s'est lassés", avait raconté vendredi William D. à la barre.

"Ce moment-là a pu être présenté comme un combat d'entraînement paramilitaire", avait déclaré le prévenu, issu d'une famille de militaires. "Il faudrait que tout le monde s'enlève ça de la tête: si mon père avait été là, il aurait bien ri, et si mon grand-père avait été là, il nous aurait mis une taloche derrière la tête."

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.