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Au Kurdistan irakien, on rêve "indépendance" sans trop y croire


Mardi 24 septembre 2013 à 09h57

ERBIL (Irak), 24 sept 2013 (AFP) — Au Kurdistan irakien, il y a un sujet sur lequel presque tout le monde est d'accord, mais dont on évite de parler: l'indépendance.

Le vieux rêve d'une "nation" kurde habite tous les esprits, mais pour le nouveau Parlement, élu dimanche, le principal problème à gérer sera surtout celui des relations toujours difficiles avec le gouvernement fédéral à Bagdad.

Et les avis divergent quant à savoir si la région a simplement besoin d'une pleine autonomie économique ou d'une vraie indépendance politique.

"Le rêve kurde d'indépendance est toujours là, nous avons un droit fondamental à ça, mais nous souhaitons le succès démocratique de l'Irak", affirme Barham Saleh, un ancien Premier ministre régional qui a également été vice-Premier ministre fédéral à Bagdad.

"La question de l'identité est très importante, c'est une question hautement émotionnelle", dit-il.

"Je suis fier de mon héritage et de mon identité kurde. J'aimerais beaucoup voir un Etat irakien démocratique, vraiment démocratique, respectueux des libertés individuelles qui nous rendrait tous fiers d'être Irakiens", ajoute-t-il.

"Mais cet Irak reste encore à faire", dit-il.

Mais dans les rues de la capitale kurde, les opinions sont plus tranchées.

"Je veux qu'on coupe les liens avec le centre. Je veux qu'on soit libres, seuls, et pas liés à quelque chose ailleurs", affirme ainsi Mohsen Ali, 57 ans, un ancien combattant kurde.

"Nous, les Kurdes de Syrie, de Turquie, d'Iran, d'Irak, nous voulons (...) être libres, être une nation libre", ajoute-t-il.

Les Kurdes forment une minorité importante ces quatre pays, mais historiquement ils se sont heurtés à l'hostilité des gouvernements centraux.

En Irak, les rebelles kurdes se sont battus pendant des années contre le régime de Saddam Hussein dont les forces ont utilisé des armes chimiques contre la population civile à Halabja en 1988.

Mais à partir de 1991, grâce à une zone d'exclusion aérienne imposée sur le Nord de l'Irak par les puissances occidentales, les Kurdes irakiens ont pu mettre en place leur propre administration.

Désormais, la région est autonome. Elle adopte ses propres lois, dispose de ses propres forces armées, contrôle l'entrée à son territoire et fait des affaires avec des compagnies étrangères.

Les jeunes Kurdes parlent de moins en moins arabe, et la population dispose de chaînes de télévision satellitaires en langue kurde.

Et, tandis qu'une bonne partie du restant de l'Irak est confrontée à la violence, le Kurdistan bénéficie d'une bonne situation sécuritaire.

"Nous étions des citoyens de seconde classe", dit Mohammed Saleh, un architecte qui a étudié à l'université de Bagdad sous Saddam Hussein, mais qui lui aussi prône l'indépendance.

"Les gens ici ne veulent pas être Irakiens," dit-il.

"Nous avons un gouvernement fédéral, mais il n'y a pas de lien entre eux et nous", ajoute-t-il.

Cependant, nombre d'entre eux admettent que l'indépendance n'est probablement pas pour demain.

Une telle déclaration sonnerait le glas des bonnes relations, notamment commerciales, que la région entretient avec les pays voisins.

"Tout le monde dans son coeur a le sentiment que l'indépendance du Kurdistan est un droit", assure Asos Hardi, un journaliste et analyste basé à Souleimaniyeh, la seconde ville de la région.

Mais "il serait très difficile d'imaginer que nous puissions avoir un Kurdistan indépendant dans les 10 ans", reconnaît-il.

"J'espère que nous pourrons mettre en place ici un système démocratique qui soutienne (...) le processus de paix en Turquie entre les Kurdes et l'Etat turc, ainsi que les Kurdes de Syrie et d'Iran", dit-il.

Les Kurdes d'Irak maintiennent des liens fraternels avec ceux des autres régions, mais l'échec du panarabisme au 20ème siècle pourrait servir de leçon à ceux qui voudraient mettre sur pied un grand Kurdistan, selon Abubaqr Ali, un membre influent de l'Union islamique du Kurdistan.

Parlant de la Ligue Arabe, qui compte aujourd'hui 22 membres, il ajoute que "même s'il y a indépendance, il y aura quatre pays" kurdes.

"Et alors nous aurons notre propre Ligue", ajoute-t-il en plaisantant.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.