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Après la mort d'un soldat, la France veut éviter d'être entraînée dans le conflit au Moyen-Orient


Vendredi 13 mars 2026 à 12h02

Paris (France), 13 mars 2026 (AFP) — La posture purement "défensive" d'Emmanuel Macron face à la guerre au Moyen-Orient se retrouve fragilisée par la mort d'un premier soldat français dans une "attaque" de drone au Kurdistan irakien, même si la France semble pour l'heure vouloir éviter d'être entraînée dans l'engrenage du conflit.

Dans l'immédiat, aucune mesure de représailles n'a été annoncée, signe de la prudence des autorités devant une situation potentiellement explosive. Paris s'est d'ailleurs gardé d'accuser directement l'Iran ou l'un de ses alliés dans la région.

Les différentes options sont en cours d'examen.

"Sur le dossier iranien, ce n'est pas de nature à ce stade à faire évoluer la position politique française sur le conflit et à faire changer notre posture défensive et de soutien aux alliés", dit à l'AFP Elie Tenenbaum, directeur du Centre des études de sécurité de l'Institut français des relations internationales. Il prédit une évolution circonscrite aux "milices irakiennes les plus radicales" alliées de l'Iran, et au renforcement de la "sécurité de nos emprises et de nos intérêts à l'étranger".

Mais selon David Khalfa, cofondateur du centre de recherches Atlantic Middle East Forum, cette frappe pose "un vrai dilemme" à la France.

"Ne pas riposter serait afficher une grande faiblesse", mais "riposter, même de façon calibrée, comporte le danger d'être considéré comme partie prenante à la guerre malgré nous" et que "la dynamique nous échappe", explique-t-il à l'AFP, tout en jugeant inéluctables des représailles à terme.

"C'est révélateur des limites d'une posture défensive dans un conflit qui s'internationalise et s'élargit chaque jour un peu plus", insiste le chercheur.

Le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé dans la nuit la mort de l'adjudant-chef Arnaud Frion du 7e bataillon de chasseurs alpins de Varces "lors d'une attaque dans la région d'Erbil en Irak". Six autres militaires français ont été blessés.

Il a dénoncé une attaque "inacceptable" visant les forces françaises engagées depuis 2015 dans la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique au sein d'une coalition internationale. "Leur présence en Irak s'inscrit dans le strict cadre de la lutte contre le terrorisme. La guerre en Iran ne saurait justifier de telles attaques", a-t-il insisté.

L'armée française a attribué l'attaque à un "drone Shahed" de conception iranienne, mais n'en a précisé ni l'origine ni les auteurs.

Sans revendiquer directement la frappe, un groupe armé pro-iranien, Ashab al-Kahf, a annoncé vendredi sa décision de prendre dorénavant "pour cible" tous "les intérêts français en Irak et dans la région", invoquant le déploiement du porte-avions français Charles de Gaulle, qui est arrivé en Méditerranée orientale, "et son engagement dans les opérations".

- Interceptions -

Le navire amiral de la flotte française a été dépêché près de Chypre par M. Macron, accompagné d'un déploiement inédit de capacités aéronavales dans la région, peu après le début de la guerre déclenchée le 28 février par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran.

Mais le chef de l'Etat l'a martelé à plusieurs reprises: la posture est uniquement "défensive", pour protéger les ressortissants français mais aussi les pays du Golfe et du Moyen-Orient touchés par la riposte iranienne, dont certains sont liés à la France par des accords de défense. L'armée française a d'ailleurs intercepté des drones et des missiles visant ces pays depuis le début du conflit.

"La France ne fait pas partie de cette guerre", a assuré Emmanuel Macron avant l'attaque d'Erbil.

Au tout début du conflit, un hangar d'une base française des Emirats arabes unis avait été touché par un drone, sans faire de victime. Paris n'avait pas précisé s'il s'agissait à ses yeux d'un dommage collatéral ou d'une cible délibérée.

S'il a émis des réserves sur le bien-fondé de frappes américano-israéliennes menées en dehors du droit international, le chef de l'Etat français est sur une ligne de crête, s'abstenant de dénoncer ouvertement la guerre déclenchée par le président américain, Donald Trump, et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, tout en refusant d'y participer activement.

Mais en petit comité, les responsables français critiquent plus fermement la stratégie américaine et israélienne.

Reste que dépêcher une importante armada, même défensive, à proximité de la zone de guerre, un acte souligné par le déplacement médiatisé de M. Macron sur le porte-avions lundi, est en soi une prise de risques. Assumée à Paris, où l'on reconnaît que cela pouvait de facto faire des intérêts français dans la région une cible.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.