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Aïd paisible pour les réfugiés syriens dans le Kurdistan irakien


Lundi 14 octobre 2013 à 14h12

KAWERGOSK (Irak), 14 oct 2013 (AFP) — Dans un camp de réfugiés du Kurdistan irakien, Chaqlawa se souvient avec nostalgie des célébrations de l'Aïd, mais cette adolescente syrienne est contente de pouvoir passer les fêtes cette année hors de son pays, car elles seront paisibles.

"C'est notre premier Aïd hors de Syrie", affirme cette jeune fille de 16 ans assise devant la tente blanche de sa famille sur un tapis poussiéreux et usé.

A l'occasion de l'Aïd al-Adha, la fête du Sacrifice célébrée à partir de mardi par les musulmans, "nous avions l'habitude de préparer des douceurs et de rendre visite aux proches. J'achetais de nouveaux vêtements et je sortais avec mes copines", se souvient-elle.

Mais aujourd'hui tout cela a changé en raison de la guerre qui a fait selon une ONG plus de 115.000 morts en deux ans et demi.

Le dernier Aïd, "nous l'avons passé à Damas, mais nous ne sommes pas sortis de la maison", raconte Chaqlawa Mohamed Rachid qui habitait avec sa famille le quartier de Mazzé. Elle explique que la famille a décidé de partir "à cause de la situation (...) On ne pouvait plus aller à l'école ou sortir de la maison de peur de se faire tuer ou enlever", raconte-t-elle. Son frère Cherkou, 13 ans, écoute à l'intérieur de la tente.

"Notre situation ici est provisoire", dit-elle en souriant, les yeux bleus écarquillés et la tête tournée vers sa mère, Berchane, qui tente à l'aide d'un mouchoir de se protéger le visage du soleil et de la poussière.

La famille de Chaqlawa s'est installée dans le camp de Kawergosk qui accueille près de 14.000 réfugiés kurdes de Syrie, près de la ville de Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan irakien (nord) qui bénéficie d'un climat sécuritaire considérablement meilleur que le reste de l'Irak.

"La situation ici est (...) meilleure car on se sent en sécurité", affirme la jeune fille.

Situé à 30 km à l'ouest d'Erbil et entouré d'une clôture métallique, le camp de Kawergosk a été établi en août pour accueillir plusieurs dizaines de milliers de réfugiés, pour la plupart des Kurdes syriens, qui avaient fui vers le nord de l'Irak, surtout après de violents combats entre jihadistes et combattants kurdes.

Plus de 185.000 réfugiés syriens sont actuellement installés dans les trois provinces du Kurdistan irakien, selon l'ONU.

Près de la tente de Chaqlawa, Naras Qassem, également âgée de 16 ans, s'affaire à laver la lessive dans une grande bassine en métal: "Nous sommes venus de Hassaka, car il y avait des explosions".

Sa famille a dû prendre le chemin de l'exode depuis cette ville du nord-est de la Syrie pour se réfugier dans le camp, mais "malgré tout nous sommes contents car nous nous sentons en sécurité", explique la jeune Naras. "En Syrie, on manquait de nourriture (...) Ici nous avons tout ce qu'il faut".

"De toute façon à Hassaka il n'y a pas de fête, le dernier Aïd n'était pas comme les précédents", souligne-t-elle. "Ce Aïd est meilleur en raison de la sécurité".

Mais, ajoute-t-elle, "ma petite soeur voudrait avoir de nouveaux vêtements pour la fête. Nous n'avons rien acheté de neuf, car nous n'avons pas d'argent".

Près de la clôture qu'aucun réfugié n'a de droit de passer sans autorisation ou permis de résidence, Hassan Youssef, 44 ans, discute avec les membres de son groupe pour décider quelles chansons et pièces de théâtre ils présenteront dans le camp pour les fêtes.

"Nous ne sentons pas ici que nous sommes loin de notre pays. Nous sentons que nous sommes au coeur de notre pays, car ici c'est vraiment notre pays", affirme ce Kurde syrien de Qamichli, où selon lui les "gens sont lassés de la mort".

"Nous avons créé une groupe de musique et de théâtre pour divertir les enfants, les jeunes et les familles", explique-t-il, "pour alléger leurs peines".

Youssef s'assoit sur une chaise en plastique bleue et commence à jouer du saz, un instrument à cordes typique, et à chanter en kurde se lamentant sur le sort de Qamishli.

"La sécurité est meilleure ici, le Kurdistan est notre patrie", chante-t-il d'une voix mélancolique sur un rythme languissant.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.