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A Bagdad, les Irakiens tentent de conjuguer normalité et salves de missiles


Samedi 14 mars 2026 à 19h53

Bagdad, 14 mars 2026 (AFP) — Quelques heures avant que des frappes ne touchent samedi à l'aube la capitale irakienne, des foules déambulaient dans le centre de Bagdad, où le quotidien oscille entre promenades nocturnes sur les bords du Tigre et suivi en continu des informations.

Sur l'emblématique rue al-Moutanabi accueillant les bouquinistes, la foule, en ce mois de Ramadan, flâne à travers le quartier historique fraîchement restauré. Des adolescents se filment sur Tik-Tok, des familles se pressent dans les salons de thé et cafés culturels installés dans les bâtisses ocres aux façades richement décorées.

Pour autant, la guerre déclenchée le 28 février par Israël et les Etats-Unis contre l'Iran voisin est dans tous les esprits.

"C'est vrai qu'ici la vie semble normale, mais ce n'est pas vraiment le cas", reconnaît Karim al-Iqabi, 65 ans, venu se promener avec deux amis. "Au lieu d'écouter de la musique, on est sur les informations en continu."

A Bagdad, difficile d'ignorer le vrombissement des avions militaires qui se fait entendre jour et nuit. Ou dans certains quartiers les déflagrations des drones visant parfois l'ambassade américaine ou des bases qui hébergeaient autrefois des troupes étrangères.

Après quatre décennies de conflits, l'Irak jouit aujourd'hui d'un semblant de stabilité.

Mais pour une partie des Irakiens, la crainte n'est jamais loin de retomber dans les années noires de la guerre confessionnelle, déclenchée après l'invasion américaine de 2003 qui renversa Saddam Hussein.

Jamais loin non plus le cauchemar jihadiste et la montée en puissance du groupe Etat islamique qui a conquis près d'un tiers du pays avant d'être mis en déroute.

"Je ne pense pas que nous vivrons des évènements pires que ceux que nous avons déjà connus", estime M. Iqabi, se remémorant les huit années de guerre Iran-Irak dans les années 1980. "Et même à l'époque, nous n'avons pas abandonné notre pays."

- "On ne mérite pas ça" -

Maryam Ahmed, 22 ans, elle, ne quitte plus de la maison qu'accompagnée par son frère, et, avec ce qui se passe dans la région", ressent "beaucoup d'angoisse et de tristesse". "On ne mérite pas ça", déplore cette étudiante qui veut enseigner l'anglais, élégamment vêtue pour sa sortie.

Si en Irak le conflit n'atteint pas la même intensité qu'ailleurs dans la région, des factions armées pro-iraniennes sont accusées de cibler quotidiennement les infrastructures pétrolières, notamment au Kurdistan autonome dans le nord du pays. Et quotidiennement des frappes imputées aux Etats-Unis et à Israël visent ces groupes.

Samedi avant l'aube, trois combattants pro-Iran ont été tués dans un bombardement sur un quartier résidentiel huppé de Bagdad. Puis c'est l'ambassade américaine qui a été prise pour cible.

- "Mêlés à des conflits" -

"L'ambiance est cool et il n'y aura pas de crise en Irak", prédit toutefois Moqtada Ali, 23 ans, entre deux bouffées de chicha.

"La résistance frappe des cibles américaines vitales", défend cet employé du secteur privé, reprenant la rhétorique des alliés de Téhéran.

Son ami Mohamed Ali, ingénieur électrique de 22 ans, abonde. Lui-même estime contribuer à l'effort de guerre en affichant son soutien "via des publications sur les réseaux sociaux" en faveur de l'Iran.

Walid Khaled, photographe de 26 ans, habite près de l'aéroport, où un centre diplomatique américain et une base militaire sont pris pour cible.

"On entend des explosions tout le temps", déplore-t-il.

Il y a aussi les embouteillages monstres asphyxiant la capitale: car en plein coeur de la ville, les artères de l'ultra-sécurisée zone verte abritant ambassades, institutions internationales et instances gouvernementales, ont été bouclées.

L'inquiétude pousse des consommateurs à dévaliser les supermarchés, et le prix des bonbonnes de gaz à usage domestique a augmenté. La famille de Walid Khaled a fait le plein de provisions, "de quoi tenir un mois ou plus".

"On commençait à connaître une certaine détente en Irak", regrette-t-il. "Mais certains nous ont mêlés à des conflits régionaux qui ne nous concernent pas."

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.