
Lundi 7 septembre 2015 à 15h56
ANKARA, 7 sept 2015 (AFP) — Le pouvoir turc était sommé lundi de rendre des comptes sur l'opération sans doute la plus meurtrière lancée depuis des années par les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) contre les forces armées, à moins de deux mois d'élections législatives anticipées.
Vingt-quatre heures après l'attaque, ni l'état-major ni le gouvernement n'avaient encore publié le moindre bilan de l'embuscade qui a visé un convoi militaire dans la province d'Hakkari, à la frontière irakienne, alimentant toutes les rumeurs.
Exaspéré, le chef de file des nationalistes au Parlement à exhorté les autorités à annoncer "immédiatement" les pertes subies par l'armée.
"Le peuple turc veut connaître toute la réalité qui est cachée et dissimulée à Daglica. Le gouvernement se doit de donner un bilan de nos martyrs", a lancé le président du Parti de l'action nationaliste (MHP, droite) Devlet Bahçeli.
Après avoir dans un premier temps parlé de 15 morts, le PKK a revu lundi à la hausse le bilan de son opération. "Trente-et-un soldats turcs ont été tués et six autres blessés", a indiqué à l'AFP un porte-parole du mouvement rebelle, Bakhtiar Dogan, citant parmi les victimes la présence d'un général.
Le quotidien Hürriyet a pour sa part affirmé qu'au moins 19 soldats avaient perdu la vie, dont un lieutenant-colonel.
Si le bilan publié par le PKK était confirmé, il ferait de cette attaque l'une des plus meurtrière jamais menée contre les forces de sécurité depuis le début de la rébellion lancée par le mouvement kurde en 1984, qui a fait plus de 40.000 victimes.
Selon le communiqué publié par le commandement militaire turc, deux véhicules blindés qui circulaient dans la région montagneuse de Daglica ont été "gravement endommagés" par l'explosion de mines à leur passage. D'intense combats ont ensuite opposé les rebelles et les militaires autour du convoi.
Le Premier ministre islamo-conservateur, Ahmet Davutoglu, a annulé son programme officiel lundi après avoir convoqué dans la nuit une réunion de sécurité d'urgence.
Dès dimanche soir, des chasseurs F-16 et F-4 turcs ont riposté en bombardant des positions des rebelles kurdes qui ont, selon l'agence de presse progouvernementale Anatolie, tué de "nombreux terroristes".
- 'Attaque atroce' -
Dans une nouvelle déclaration lundi, le président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan a fermement condamné une "attaque atroce". Mais il n'en a pas, lui non plus, donné de bilan.
Dans plusieurs villes du pays, des manifestants sont descendus dans les rues pour condamner l'opération du PKK. D'autres rassemblements étaient prévus lundi soir.
Depuis plus d'un mois, le sud-est à majorité kurde du pays est à nouveau le théâtre de violents affrontements entre les forces de sécurité turques et le PKK qui ont fait voler en éclat une trêve de près de trois ans.
Fin juillet, le gouvernement turc a ordonné une série de frappes aériennes contre les bases des rebelles kurdes dans le nord de l'Irak. Elle suivait une série d'attaques rebelles en représailles à l'attentat, attribuée au groupe Etat islamique (EI), qui a tué 33 jeunes militants kurdes dans la ville de Suruç, près de la Syrie.
Selon la presse progouvernementale, les affrontements ont tué plus de 70 soldats ou policiers ainsi qu'un millier de rebelles.
Cette nouvelle escalade intervient alors que M. Erdogan a convoqué des élections législatives anticipées pour le 1er novembre.
Lors du scrutin du 7 juin, son Parti de la justice et du développement (AKP) a perdu la majorité absolue qu'il détenait depuis 12 ans au Parlement. Le chef de l'Etat espère que son parti la retrouvera en novembre pour instaurer un régime présidentiel fort.
"Si un parti au Parlement avait obtenu 400 députés (sur 550) pour changer la Constitution, cela ne se serait pas produit", a lancé dimanche à la télévision M. Erdogan.
Le chef de file de l'opposition social-démocrate, Kemal Kiliçdaroglu a violemment riposté lundi en l'accusant de souffler sur les braises du conflit pour satisfaire ses ambitions présidentielles. "Tu as plongé le pays dans un bain de sang pour tes 400 députés", lui a-t-il lancé sur son compte Twitter.
"Nous ne céderons pas aux politiques guerrières", a pour sa part assuré le leader prokurde Selahattin Demirtas, qui a écourté une visite en Allemagne, en appelant à "la paix et la fraternité" pour éviter un "désastre".
Plombée par ce climat, la livre turque est tombée lundi à un nouveau plus bas historique face au dollar et à l'euro.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.