
Mardi 19 mai 2015 à 19h13
Paris, 19 mai 2015 (AFP) — Les juges d'instruction ont signifié mardi la fin de leurs investigations sur l'assassinat en janvier 2013 à Paris de trois militantes kurdes, crimes pour lesquels un Turc, Omer Güney, est mis en examen, a appris l'AFP de sources proches du dossier et judiciaire.
Omer Güney nie son implication dans le triple homicide de Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez au Centre d'information kurde (CIK), à Paris, le 9 janvier 2013. Il est mis en examen pour "assassinats en relation avec une entreprise terroriste".
Agé de 30 ans au moment des faits, il s'était rapproché fin 2011 du milieu associatif kurde et avait accompagné Sakine Cansiz sur le lieu du crime, dans le Xe arrondissement de Paris. Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) avait toutefois démenti qu'Omer Güney fût l'un de ses membres, expliquant qu'il avait fait de l'entrisme dans la mouvance kurde francilienne à partir de la fin 2011, gagnant la confiance de ses membres.
Plusieurs hypothèses ont été évoquées pour expliquer les assassinats des trois militantes. Un règlement de comptes interne à la mouvance kurde ou un acte du mouvement turc d'extrême droite des "Loups Gris" avaient été envisagés au départ de l'enquête.
Mais les familles des victimes sont convaincues d'une implication des services turcs (MIT), ou d'une de ses branches, dans le triple homicide. Le MIT avait officiellement démenti toute implication en janvier 2014 après que plusieurs médias turcs eurent publié l'enregistrement sonore d'une conversation entre un homme présenté comme Omer Güney et deux agents du MIT, dans laquelle sont évoquées des cibles potentielles de la guérilla kurde.
Les autorités turques ont engagé à l'automne 2012, via le MIT, des pourparlers de paix avec le chef emprisonné du PKK, Abdullah Öcalan, pour mettre fin à la rébellion kurde. Le conflit a fait 40.000 morts depuis 1984.
Après l'avis de fin d'information, les parties ont un mois pour demander des actes d'enquête supplémentaires. Contacté par l'AFP, l'avocat de familles de victimes, Me Antoine Comte, n'a pas fait de commentaires.
Pour Me Xavier Nogueras, l'un des avocats d'Omer Güney, "les investigations n'ont pas permis de retrouver la trace de commanditaires, probablement à cause des carences de la coopération internationale avec les autorités turques".
"Dans ces conditions, Omer Güney, qui fait figure de bouc émissaire, comparaîtra très certainement devant la cour d'assises dans un dossier incomplet et pour le moins bancal", a-t-il ajouté. En l'absence de commanditaire, les avocats contestent toute qualification terroriste aux faits.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.