
Mercredi 29 octobre 2014 à 18h05
Sanliurfa (Turquie), 29 oct 2014 (AFP) — Des combattants kurdes irakiens lourdement armés étaient en route mercredi pour renforcer les rangs de leurs frères d'armes face aux jihadistes dans la ville de Kobané en Syrie où des renforts de rebelles syriens les ont précédés.
Nouvel exemple des atrocités commises par les jihadistes du groupe extrémiste sunnite Etat islamique (EI) dans les secteurs sous son contrôle en Syrie et en Irak: ils ont exécuté par balles 46 membres d'une tribu sunnite ayant pris les armes contre eux dans la province irakienne d'Al-Anbar (ouest), d'après un chef local. Selon des images non authentifiées, une partie des victimes avaient les yeux bandés et les mains attachées dans le dos.
Alors que les combattants kurdes syriens des YPG repoussent depuis un mois et demi les assauts de l'EI à Kobané, troisième ville kurde de Syrie frontalière de la Turquie, des combattants kurdes irakiens (peshmergas) ont atterri avant l'aube à l'aéroport de Sanliurfa (sud de la Turquie) et pris aussitôt la route à bord de bus escortés de blindés turcs, pour la frontière syrienne, distante d'une cinquantaine de km.
Un autre convoi d'une quarantaine de véhicules, chargés d'armes lourdes, est arrivé dans le même temps en Turquie, où ils ont été accueillis par des milliers d'habitants kurdes sur leur chemin en direction de la province de Sanliurfa.
"Longue vie aux peshmergas, longue vie aux YPG", la principale milice kurde des Unités de protection du peuple kurde défendant Kobané, scandaient les habitants en faisant le "V" de la victoire et en agitant des drapeaux de mouvements kurdes turc et irakien, a constaté un photographe de l'AFP.
Selon un responsable turc, les deux convois doivent se rencontrer à Suruç et "traverser ensemble" la frontière syrienne "en fonction de la situation".
A Suruç, environ 2.000 Kurdes, de Turquie ou des réfugiés de Kobané, attendaient en début de soirée l'arrivée des peshmergas, scandant notamment "Kobané sera un cimetière pour l'EI".
"L'envoi de peshmergas et d'armes lourdes à Kobané garantira notre sécurité. Nous sommes très heureux", a déclaré à l'AFP Muhammed Yalcin, 28 ans.
- Combats et frappes à Kobané -
Ankara a donné la semaine passée, sous la pression américaine, son feu vert au passage de quelque 150 peshmergas.
En attendant l'arrivée de ces combattants équipés d'armes automatiques et de lance-roquettes, environ 150 membres de l'Armée syrienne libre (ASL), qui fut la principale force rebelle contre le régime de Bachar al-Assad, sont entrés en Syrie par le poste-frontière turc de Mursitpinar, a indiqué un responsable turc.
L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a confirmé l'arrivée de 50 membres de l'ASL à Kobané, devenue le symbole de la résistance face à l'EI qui cherche à élargir son emprise territoriale en Syrie et en Irak.
Selon un porte-parole kurde syrien, Newaf Khalil, le passage des combattants armés de l'ASL "s'est fait en coordination avec les YPG".
Entretemps, les combats se poursuivaient à Kobané, où l'un des objectifs des jihadistes est de prendre le contrôle des quartiers nord afin de bloquer la voie vers la Turquie et d'encercler complètement la cité.
Une prise totale de Kobané permettrait à l'EI le contrôle d'une longue bande de la frontière syro-turque.
Les combats faisaient rage dans l'après-midi dans le centre de la cité, tandis que la coalition a mené huit raids aériens près de Kobané ces dernières 24 heures, détruisant notamment un poste de contrôle de l'EI, selon le centre de commandement américain pour la région (Centcom).
- Champ pétrolier visé par l'EI -
Le groupe jihadiste, qui combat sur plusieurs fronts en Syrie, s'est en outre emparé d'une partie d'un champ pétrolier à Homs, plus au sud, après des combats avec les forces du régime syrien qui ont perdu 30 hommes, selon l'OSDH.
L'EI a mis la main sur plusieurs champs de pétrole et de gaz. L'extraction de brut, revendu au marché noir, lui a rapporté environ un million de dollars par jour depuis juin, selon Washington.
En Irak voisin, les appareils des Etats-Unis et de leurs alliés ont poursuivi leurs raids notamment dans les environs du barrage de Mossoul (nord), une zone stratégique que les jihadistes cherchent à reprendre.
Accusé de nettoyage ethnique et de crimes contre l'Humanité par l'ONU, l'EI a mis à profit la guerre civile en Syrie et l'instabilité politique et sécuritaire en Irak pour s'emparer de larges territoires.
Fort de dizaines de milliers d'hommes dont de nombreux Occidentaux, il a proclamé fin juin un "califat" où il fait régner la terreur, y commettant viols, rapts, exécutions et crucifixions.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.