
Mardi 28 octobre 2014 à 16h29
Yumurtalik (Turquie), 28 oct 2014 (AFP) — Mohammed a disparu aux premiers coups de feu de l'offensive jihadiste. Cinq mois après, son épouse Neriman n'a toujours pas la moindre nouvelle de ce combattant kurde, mais elle est convaincue qu'il est toujours vivant, prisonnier du groupe Etat islamique (EI).
La jeune femme n'a que 24 ans, mais déjà des rides qui lui en donnent nettement plus. Il y a un mois, contrainte à fuir son village situé à proximité de la ville syrienne kurde de Kobané, par crainte des hommes au drapeau noir, elle a rejoint le flot de l'exode et passé la frontière avec ses cinq enfants. Sans son mari.
"Nous ne savons plus rien de lui depuis maintenant cinq mois", dit-elle. "Nous avons entendu dire qu'il était entre les mains de Daech (l'acronyme arabe de l'EI). Mais je ne sais pas s'il est mort ou vivant".
Selon ces informations, Mohammed serait détenu dans une prison contrôlée par les jihadistes dans la province syrienne d'Alep, dans le nord du pays.
"Je veux juste savoir s'il est encore en vie", poursuit la jeune femme en serrant dans ses bras son dernier enfant, "j'ai toujours foi en Dieu, mon coeur me dit qu'il va revenir".
Agé de 38 ans, Mohammed est membre des Unités de protection du peuple (YPG), la principale milice armée kurde de Syrie. Lorsque l'EI a commencé à faire mouvement vers Kobané, il s'est retrouvé en première ligne dans le village de Zirava, à 30 km à l'ouest de la ville devenue aujourd'hui un symbole de la résistance kurde.
"Un jour, quand il était là-bas, il a entendu des bruits dans une maison, il est alors allé voir ce qui se passait avec six de ses compagnons d'armes", explique Neriman, la tête recouverte d'un foulard, "il n'en est jamais revenu".
"Ils sont tombés sur un groupe de 60 combattants de l'EI. J'étais alors à la maison, pas très loin du front, et j'ai entendu le bruit d'une violente fusillade", raconte-t-elle.
- "La première à rentrer" -
"Le lendemain matin, entre 7h00 et 8h00, ses camarades sont revenus, mais sans lui", ajoute la jeune femme, "le frère de mon mari s'est alors rendu sur les lieux de la fusillade, mais il n'y a retrouvé que ses chaussures, c'est tout".
Depuis qu'elle a quitté son pays, Neriman vit avec ses enfants dans une école en ruines du petit village turc de Yumurtalik, à quelques centaines de mètres de la frontière.
Le bâtiment qui surplombe la désormais célèbre colline de Till Seir, théâtre la semaine dernière d'une frappe aérienne spectaculaire de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis, est coupé en deux par un mur. Douze réfugiés syriens y vivent d'un côté, 20 de l'autre, dont Neriman et sa famille, dans la précarité la plus extrême.
La cour de l'école est encerclée par un mur derrière lequel ses locataires s'agenouillent dès que les balles perdues sifflent à leurs oreilles à la nuit tombée.
Malgré les combats qui se déroulent parfois à quelques centaines de mètres à peine de son refuge, Neriman a refusé de s'installer dans un camp de réfugiés pour pouvoir garder un oeil sur la bataille et, surtout, la voiture qu'elle a dû laisser côté syrien.
Un peu à l'écart de sa fille qu'il ne veut pas effrayer, le père de Neriman confie qu'il a peu d'espoir de revoir un jour son gendre.
"Des témoins nous ont dit qu'il était détenu dans une prison de l'EI dans la ville de Manbij, dans la province d'Alep", confie Abdullatif Ibrahim, "je ne crois pas qu'il puisse s'échapper vivant des griffes des jihadistes".
Malgré les sombres pronostics de son père, Neriman, pour sa part, continue d'y croire. De même qu'à la victoire des combattants kurdes sur les jihadistes. "Je serai la première à rentrer à Kobané dès la fin de la guerre", proclame-t-elle.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.