Page Précédente

Syrie: un millier de rebelles envoyés en renfort à Kobané, selon Ankara


Vendredi 24 octobre 2014 à 17h12

Mursitpinar (Turquie), 24 oct 2014 (AFP) — Plus de mille rebelles syriens vont venir renforcer les forces kurdes à Kobané, selon une annonce d'Ankara accueillie avec méfiance par des dirigeants kurdes, qui préféreraient qu'ils ouvrent d'autres fronts en Syrie contre les jihadistes.

Alors que l'arrivée de ces renforts rebelles semble encore hypothétique, Kobané devrait en revanche recevoir la semaine prochaine l'aide de quelques dizaines de peshmergas, des combattants armés de la région autonome du Kurdistan irakien.

Ces peshmergas --au maximum 200 selon un porte-parole de cette région-- devraient passer par la Turquie, qui a autorisé la semaine dernière leur passage pour rallier Kobané, située à la frontière syro-turque et assiégée depuis plus d'un mois par les jihadistes du groupe Etat islamique (EI).

A Tallin, le président turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé que le PYD (Parti de l'union démocratique, principal parti kurde syrien), dont le bras armé (YPG) est en première ligne à Kobané, avait accepté le renfort de 1.300 hommes de l'Armée syrienne libre (ASL, opposition modérée).

Deux responsables kurdes syriens, interrogés par l'AFP, ont fait part de leur scepticisme. Selon le porte-parole du PYD en Europe, Nawaf Khalil, et le porte-parole des YPG, Bulat Jan, il serait plus utile que les rebelles ouvrent d'autres fronts contre l'EI dans le nord de la Syrie.

Le chef du PYD, Saleh Muslim, a lui démenti M. Erdogan, accusant Ankara de "vouloir créer la confusion", selon l'agence kurde Firatnews.

Jeudi, un commandant rebelle syrien, le colonel Abdel Jabbar al-Okaidi, ancien membre de la direction de l'ASL, disait pourtant que ses troupes "se rendraient à Aïn al-Arab (Kobané en arabe, ndlr) dans les prochaines 36 heures", en passant par la Turquie.

- Plus de 600 frappes -

Dans le nord de Kobané, l'EI tentait de nouveau vendredi de progresser vers le poste-frontière de Mursitpinar, menant de nombreux tirs de mortier. D'après une journaliste de l'AFP postée du côté turc de la frontière, l'un de ces obus a touché le territoire turc, explosant à 200 mètres de soldats turcs.

Les jihadistes visaient aussi les combattants kurdes ayant pris position sur une colline bombardée jeudi par la coalition, où ils ont remplacé le drapeau de l'EI qui y flottait par le drapeau vert, jaune et rouge des YPG.

Pour empêcher Kobané de tomber, la coalition menée par les Etats-Unis y procède depuis le 23 septembre à des raids quotidiens.

Entre la Syrie et l'Irak, où la coalition opère depuis le 8 août, plus de 600 frappes aériennes ont été menées et plus de 1.700 bombes larguées, a détaillé jeudi le Commandement militaire américain chargé de la région (Centcom).

Selon l'OSDH, plus de 500 jihadistes, principalement de l'EI, ont été tués dans les raids aériens menés en Syrie.

En Irak, un centre d'entraînement des jihadistes a été détruit près de Kirkouk (nord) par des avions de la coalition internationale, notamment des Rafale français, a indiqué le chef d'état-major des armées françaises, Pierre de Villiers. Il s'agit de la septième frappe de la France en Irak.

- L'EI avance à Anbar -

En dépit de l'appui aérien international, les jihadistes ont enregistré des avancées en Irak ces derniers jours.

Dans le nord, ils assiègent de nouveau le Mont Sinjar, où s'étaient réfugiés début août des milliers de civils de la minorité yazidie fuyant devant l'avancée du groupe extrémiste

Plus au sud, ils se sont emparés d'une nouvelle zone de la province d'Al-Anbar, à l'ouest de Bagdad, quasiment entièrement sous leur coupe.

Mais l'armée irakienne ne sera pas en mesure de lancer une grande offensive pour reprendre le territoire cédé à l'EI avant plusieurs mois, a indiqué jeudi un responsable de l'armée américaine sous couvert d'anonymat.

Les militaires, en pleine déroute lors de l'offensive fulgurante qui a vu les jihadistes s'emparer de pans entiers de territoire en juin, restent surtout en position défensive, selon le Centcom.

Plusieurs experts ont déjà souligné que les frappes de la coalition seraient plus efficaces si l'armée irakienne donnait le tempo sur le terrain en passant à l'offensive et en forçant les jihadistes à réagir.

Face à cette situation, des responsables et des chef de tribus sunnites ont appelé la coalition à envoyer des troupes au sol. Mais le Premier ministre Haïdar al-Abadi a répété qu'il était opposé à la présence de forces étrangères sur son territoire.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.