
Dimanche 19 octobre 2014 à 16h27
Karaca (Turquie), 19 oct 2014 (AFP) — C'est une petite maison de pierre posée à l'extrême lisière de la Turquie. Deux étroites pièces dans lesquelles s'entassent cinq familles de réfugiés kurdes de Syrie, et autant de destins emportés par la bataille acharnée qui se joue à leur porte.
Pas plus de 50 m séparent le petit village turc de Karaca de la frontière syrienne. Pour Sebah Temo, c'est la distance entre la paix et la guerre, celle que se livrent depuis un mois les combattants kurdes et les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) pour le contrôle de la ville kurde syrienne de Kobané, à une poignée de kilomètres à peine.
Mais c'est une paix fragile, à portée des obus de mortiers et des rafales d'armes automatiques qui claquent aux oreilles. Et dans des conditions matérielles d'une extrême précarité.
"Combien de temps allons-nous pouvoir survivre dans une situation pareille ?", s'interroge Mme Temo. "La nuit, nous sommes obligés de nous serrer comme des sardines dans cette petite pièce pour dormir par terre", poursuit la vieille femme, qui a quitté la Syrie avec ses sept enfants.
La petite maison de Karaca ne compte qu'un seul cabinet de toilettes devant lequel la trentaine de réfugiés qui en ont fait leur domicile piétinent à longueur de journée. Juste à côté, un trou de 2 m de profondeur y fait office d'égout.
La plupart de ses locataires y ont pourtant posé leurs sacs avec soulagement. Tous ont dû patienter avec angoisse pendant des jours, certains même des semaines, avant que l'armée turque ne leur donne l'autorisation de passer la frontière.
"J'ai attendu 17 à 18 jours", raconte Sevket Hesin, qui a quitté la Syrie il y a cinq jours avec sa femme et leur bébé de deux mois.
- "Même dans mes pires cauchemars" -
"Il pleuvait et mon bébé allait tomber malade. Alors j'ai pris le risque et j'ai décidé de passer illégalement les barbelés", explique-t-il, "j'aurais pu me faire arrêter mais, grâce à Dieu, je suis passé et on a pu rentrer en Turquie".
Pour ceux qui refusent d'attendre le feu vert officiel des autorités, le chemin qui mène en Turquie n'est pas de tout repos et les passeurs qui les aident pas toujours très fiables.
"C'est très dangereux", insiste Sevket Hesin, "un de mes voisins s'est trompé de route et a marché dans un champs de mines. Il a été blessé et a perdu ses jambes". "Mais ce risque n'est rien comparé à l'EI", s'empresse-t-il d'ajouter.
Au total, quelque 200.000 Kurdes ont quitté depuis un mois la région de Kobané, poussés par l'offensive des jihadistes et la peur des exactions et des tortures dont ils sont accusés.
Mais à peine en sécurité sur le territoire turc, la quasi-totalité n'ont plus qu'une seule idée en tête, faire demi-tour et rentrer chez eux.
"J'essaie tous les jours de me raisonner et de me préparer à continuer à vivre dans ses conditions terribles mais je n'y arrive pas", se lamente Sebah Temo en regardant les sacs d'aide humanitaire qui recouvrent son toit. "Même dans mes pires cauchemars, je n'avais jamais imaginé que nous allions vivre quelque chose comme ça".
Sa "voisine" Sabiha, 50 ans, qui s'est installée dans la petite maison de Karaca avec ses douze enfants, espère elle aussi en partir au plus vite et retrouver le confort de son domicile de Kobané.
"Nous avions une très belle maison. Elle était à nous, sur notre sol. Ici, nous n'avons plus rien", dit-elle. "Ca, ce n'est pas notre maison, nous ne sommes ici que de passage, on pourrait nous mettre dehors n'importe quand, comme ça. Alors mon seul espoir est de pouvoir rentrer. De quoi pourrais-je rêver d'autre ?"
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.