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Après un mois de combats, les Kurdes résistent toujours à Kobané


Jeudi 16 octobre 2014 à 17h08

Mirsutpinar (Syrie), 16 oct 2014 (AFP) — Un mois après le début de l'offensive du groupe Etat islamique sur Kobané, les combattants kurdes résistent toujours, aidés par les frappes de la coalition, mais les Etats-Unis se montrent davantage préoccupés par les "avancées importantes" des jihadistes en Irak.

Le sort de Kobané, troisième ville kurde de Syrie frontalière de la Turquie devenue dans le monde entier le symbole de la lutte contre l'EI, reste totalement incertain après 30 jours de combats acharnés.

Les jihadistes sont allés jusqu'à occuper la moitié de la ville, mais les combattants kurdes semblent avoir repris cette semaine du terrain grâce à l'intensification des bombardements aériens.

Les YPG (Unités de protection du peuple), principale milice armée kurde de Syrie, ont ainsi "progressé dans l'est et dans le sud-est de la ville", a indiqué jeudi un responsable local, Idriss Nassen.

De telles affirmations sont toutefois impossibles à vérifier en l'absence d'observateurs indépendants et de journalistes à Kobané. L'EI ne communique pas sur l'évolution de ses opérations.

Jeudi, les jihadistes ont lancé une attaque aux environs du poste-frontière turc de Mursitpinar, espérant couper tout passage entre Kobané et la Turquie, selon un journaliste de l'AFP à la frontière. Deux obus de mortier sont tombés côté syrien, et un troisième en territoire turc, sans faire de blessés.

- Corps de jihadistes exhibés -

Les Etats-Unis ont annoncé avoir bombardé les positions de l'EI à quatorze reprises mercredi et jeudi, portant à plus de 100 le nombre de raids aériens sur des cibles autour de la ville depuis fin septembre.

Mais "Kobané pourrait encore tomber", a mis en garde le porte-parole du Pentagone.

En un mois, "la bataille de Kobané" a fait 662 morts, selon un décompte de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) n'incluant pas les victimes des frappes aériennes. L'EI y a perdu 374 combattants, les YPG 258 tandis que dix autres combattants Kurdes et vingt civils ont été tués au cours des combats.

La bataille a débuté le 16 septembre lorsque le groupe extrémiste sunnite EI, qui a proclamé un "califat" sur les vastes régions qu'il contrôle à cheval sur la Syrie et l'Irak, a lancé une offensive sur la ville et ses environs.

Depuis, plus de 300.000 personnes ont fui, dont plus de 200.000 en Turquie et des milliers en Irak.

Un peu plus à l'est, au moins 20 jihadistes de l'EI, en majorité des combattants étrangers, ont été tués dans une attaque des forces kurdes à 30 km à l'ouest de Ras al-Aïn, dans la province de Hassaka (nord-est), selon l'OSDH.

"Les Kurdes ont ramené leurs corps et les ont exhibés en voiture dans les rues de Ras al-Aïn", ville contrôlée par les Kurdes à la frontière turque, selon l'ONG.

- 'Urgence' en Irak -

S'ils multiplient les raids à Kobané, les Etats-Unis se montrent davantage inquiets par l'évolution de la situation en Irak, leur "principale préoccupation", selon le général Allen.

Il a reconnu que l'EI avait réalisé "des avancées importantes", notamment dans la province majoritairement sunnite d'Al-Anbar (ouest), dont les jihadistes ont fait un objectif majeur. Ils la contrôleraient à 85%, selon un haut responsable.

L'armée irakienne, épaulée par des tribus, a cependant réussi mercredi à repousser un assaut de l'EI contre Ramadi, chef-lieu d'Al-Anbar.

Même si les violences se concentrent sur la ligne de front, la capitale irakienne n'est pas épargnée. A Bagdad, au moins 16 personnes sont mortes jeudi dans trois attentats contre des quartiers chiites, selon des responsables médicaux et de sécurité.

Pour muscler son dispositif au sein de la coalition anti-jihadiste en Irak, Londres a décidé de redéployer des drones engagés jusque-là en Afghanistan pour muscler son dispositif.

La coopération internationale contre l'EI a cependant connu un revers avec l'annonce par la Russie qu'aucun accord de partage de renseignements sur les jihadistes avec les Etats-Unis n'avait été conclu, soulignant qu'elle "ne participera à aucune coalition formée sans l'aval du Conseil de sécurité de l'ONU".

Les pays de la coalition ont récemment appelé la Turquie à s'impliquer davantage, notamment en permettant l'utilisation de ses bases militaires, plus proches des lieux de frappes.

Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu a rejeté l'appel de la France à ouvrir plus largement le passage à la frontière syrienne, Ankara interdisant aux rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) de rejoindre Kobané.

A l'inverse, la Turquie souhaite renvoyer à Kobané 150 Syriens, qu'elle soupçonne d'être liés aux rebelles kurdes de Turquie, selon un député. Retenus par les autorités turques depuis qu'ils ont passé la frontière la semaine dernière, ces Kurdes refusent de rentrer à Kobané, et ont entamé une grève de la faim.

burs-jri/feb/cbo

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.