
Vendredi 10 octobre 2014 à 18h36
Ankara, 10 oct 2014 (AFP) — Les violentes manifestations prokurdes contre la politique syrienne d'Ankara ont fait plus de 30 morts depuis quatre jours dans toute la Turquie, selon le gouvernement, qui a promis malgré tout de poursuivre le processus de paix avec les rebelles du PKK.
Au terme de quatre jours d'émeutes, le ministre de l'Intérieur Efkan Ala a présenté un premier bilan officiel très lourd qui fait état de 31 morts et 360 blessés, dont 139 policiers, plus d'un millier d'interpellations et des dégâts matériels impressionnants, principalement dans le sud-est à majorité kurde du pays.
"Cet enchaînement de violence doit s'arrêter immédiatement", a tonné le ministre devant la presse, "tout le monde doit jouer son rôle pour mettre un terme à ces incidents".
Cette brusque flambée de violence a débuté lundi soir, après un appel lancé par le principal parti kurde du pays à manifester. Dans sa ligne de mire, le refus du gouvernement islamo-conservateur d'Ankara d'intervenir militairement pour sauver la ville kurde de Syrie Kobané assiégée par les jihadistes.
La plupart des victimes ont été tuées dans le sud-est à majorité kurde du pays, lors d'affrontements entre militants proches des rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et des partisans de mouvements islamistes ou nationalistes.
Mesure inédite depuis vingt-deux ans, un couvre-feu militaire a été imposé mardi dans six provinces du sud-est, mais levé au bout de vingt-quatre heures, sauf la nuit à Diyarbakir, la "capitale" kurde de la Turquie.
Des manifestations violentes ont encore eu lieu dans la nuit de jeudi à vendredi dans de nombreuses villes du pays, notamment à Gaziantep (sud) où quatre personnes ont été tuées lors de heurts entre factions rivales.
Les médias turcs ont fait état vendredi du décès d'autres victimes hospitalisées, non confirmés toutefois de source officielle.
- 'Jusqu'à mon dernier souffle' -
En outre, deux policiers ont été tués jeudi soir à Bingöl (sud-est) et un autre, le chef de la police de la province, grièvement blessé par des tirs alors qu'ils inspectaient les lieux d'une manifestation, a également indiqué M. Ala.
Cinq personnes soupçonnées d'être les auteurs de ces tirs ont ensuite été tuées par les forces de l'ordre, a ajouté le ministre de l'Intérieur.
Pour sa première prise de parole publique depuis le début des troubles, le président Recep Tayyip Erdogan a dénoncé un "complot" pour faire dérailler le processus de paix engagé il y a deux ans avec le PKK pour mettre un terme à la rébellion kurde, qui a fait quelque 40.000 tués depuis ses débuts en 1984.
Mais il a promis de tout faire pour le relancer, même si les militants proches de la rébellion kurde ont été à la pointe de l'agitation depuis lundi. "J'ai mis en jeu ma propre peau dans le processus de paix", a-t-il dit lors d'un discours à Trabzon (nord-est), "et je continuerai à me battre pour lui jusqu'à mon dernier souffle".
"La Turquie n'est pas un pays qui dévie de son chemin par crainte des manifestations de rues", a insisté le chef de l'Etat.
Le chef emprisonné du PKK Abdullah Öcalan, qui a ordonné un cessez-le-feu unilatéral globalement respecté depuis mars 2013, a averti récemment que la chute de Kobané signifierait la fin du processus de paix.
Le Parlement turc a accordé il y a une semaine son feu vert formel à une intervention militaire contre les jihadistes en Irak et en Syrie. Mais le gouvernement s'y est jusque-là refusé, redoutant que celle-ci ne renforce le régime de Damas.
Dans un souci manifeste d'apaisement, la branche armée du PKK, la Force de défense populaire (HPG), a précisé vendredi qu'elle était étrangère à la mort des deux policiers de Bingöl. "Notre commandement politique ne nous a donné aucun ordre d'attaquer les autorités de l'Etat", a-t-elle assuré dans un communiqué.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.