
Vendredi 10 octobre 2014 à 14h29
Genève, 10 oct 2014 (AFP) — L'émissaire spécial des Nations Unies pour la Syrie Staffan De Mistura a appelé vendredi la Turquie à laisser les volontaires kurdes syriens retraverser leur frontière pour porter secours à la ville de Kobané, attaquée par les jihadistes du groupe Etat Islamique.
"Nous appelons les autorités turques à autoriser le flot de volontaires à entrer dans la ville pour soutenir son action d'autodéfense", a dit l'envoyé spécial dans une conférence de presse à Genève, alors que la Turquie interdit pour l'instant aux réfugiés ayant traversé la frontière en venant de Syrie de la retraverser dans l'autre sens.
Il a déclaré craindre un "massacre". "Vous vous souvenez de Srebrenica" dans l'ex-Yougoslavie, a-t-il ajouté.
M. De Mistura, photo satellite à l'appui, a expliqué que "10.000 à 13.000 habitants se trouvent dans la zone frontière -entre la Turquie et la Syrie- et beaucoup sont encore à l'intérieur de la ville". "Si elle tombe, les civils seront très probablement massacrés", a affirmé le diplomate.
"Puisque Kobane va probablement tomber si elle n'est pas aidée, permettez à ceux qui veulent y aller de se joindre à l'autodéfense, avec un équipement suffisant, l'équipement peut faire beaucoup de choses", a précisé M. De Mistura à l'intention de la Turquie.
"Ce n'est pas par des résolutions de l'ONU que l'EI s'arrêtera", a-t-il poursuivi. "Notre appel à la Turquie vise à ce qu'elle prenne des mesures supplémentaires pour stopper l'avance de l'EI, sinon nous tous, y compris la Turquie, le regretterons", a-t-il lancé.
"La Turquie est un grand pays qui se trouve sous une énorme pression du fait de la crise syrienne, ils ont été très généreux et très actifs", a-t-il poursuivi.
Les jihadistes de l'Etat islamique (EI) ont réussi à avancer dans Kobané, devenue le symbole de la résistance à ce groupe ultraradical responsable d'atrocités en Syrie comme en Irak, malgré les frappes de la coalition internationale.
Plus de trois semaines après avoir lancé l'offensive pour prendre cette ville kurde stratégique du nord syrien, assiégée des côtés sud, est et ouest, les jihadistes en ont pris le tiers depuis lundi et tentent de se frayer un chemin vers la limite nord de Kobané, à près d'un km de la frontière turque.
"Notre appel est basé sur le principe selon lequel l'ONU, après Srebrenica, ne renoncera jamais sur le front des droits de l'Homme", a souligné l'émissaire spécial, en avertissant que si la ville tombait, près de 400 km des 900 km de frontière entre la Turquie et la Syrie passeraient sous le contrôle du groupe EI. "Que se passera -t-il, d'autres villages et même Alep" pourront se retrouver sous les attaques de l'EI, a-t-il prévenu.
Dans la ville de Kobané qui comptait 400.000 habitants avant l'offensive il y a encore 500 à 700 civils, pour la plupart des personnes âgées, a précisé Staffan De Mistura.
Evoquant sa mission, qui est de faciliter un réglement politique au conflit syrien qui dure depuis plus de trois ans et demi, il a dit ne pas chercher à ce stade à organiser une grande réunion de paix mais plutôt à saisir "toute opportunité pour réduire la souffrance du peuple et faciliter l'accès aux aides humanitaires pour les Syriens".
Il se dit prêt pour cela à parler avec tout le monde. "Je ne peux pas vous dire combien de personnes ma mère ne serait pas fière de savoir que je leur ai serré la main", a affirmé l'émissaire de l'ONU .
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.