
Mercredi 8 octobre 2014 à 16h32
Mursitpinar (Turquie), 8 oct 2014 (AFP) — Des avions de la coalition internationale ont mené plusieurs frappes mercredi pour aider les forces kurdes à freiner l'avancée des jihadistes dans la ville syrienne de Kobané, une bataille qui a provoqué des émeutes meurtrières en Turquie voisine.
Le président américain Barack Obama, à l'initiative de la coalition anti-jihadistes, doit rencontrer plus tard dans la journée les commandants en chef des forces armées et faire le point sur les frappes en Syrie, jugées insuffisantes par les Kurdes, et en Irak.
Trois semaines après avoir lancé le 16 septembre une offensive pour prendre la ville kurde stratégique de Kobané, à la frontière turque, les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) combattaient mercredi rue par rue les forces kurdes des YPG (Unités de protection du peuple kurde), moins nombreuses et moins bien armées.
Six frappes ont été lancées contre les positions de l'EI au sud de Kobané (Aïn el-Arab en arabe) et dans le sud de la ville, selon l'armée américaine.
Grâce à ces raids, "les YPG ont repoussé les forces de l'EI" qui avaient réussi à pénétrer lundi dans la ville, selon Idriss Nahsen, un responsable local.
Mais ces bombardements n'ont pas empêché les jihadistes de lancer une nouvelle offensive dans l'est de la ville pour "reprendre les zones qu'il a perdues" ces dernières 24 heures et "de violents combats s'y déroulent ", a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
- Des rues 'pleines de cadavres' -
Du côté turc de la frontière, une épaisse fumée noire s'élevant après une frappe au-dessus d'une colline à l'est de la ville, était visible. Le son des obus tirés par l'EI et des tirs nourris était également audible.
Selon l'OSDH, au moins 412 personnes ont été tuées dans les combats depuis le 16 septembre, mais le bilan pourrait s'avérer bien plus lourd.
Mustafa Ebdi, militant et journaliste de Kobané, a affirmé sur son compte Facebook que "les rues du quartier de Maqtala", dans le sud-est de la ville, étaient "pleines des cadavres" de jihadistes.
Des centaines de civils sont encore dans la ville, a-t-il ajouté, faisant état d'une situation humanitaire "difficile", les gens manquant d'eau et de nourriture. Il est néanmoins très difficile d'évaluer le nombre de civils encore présents dans la ville.
S'ils réussissaient à conquérir entièrement Kobané, les jihadistes s'assureraient le contrôle sans discontinuité d'une longue bande de territoire à la frontière syro-turque. Les militants kurdes affirment en outre craindre des représailles des jihadistes qui sèment la terreur dans les vastes régions sous leur contrôle en Syrie et en Irak, où ils commettent viols, exécutions et persécutions.
Alors que l'offensive de l'EI a poussé à la fuite quelque 300.000 habitants, dont plus de 200.000 ont trouvé refuge en Turquie, le président français François Hollande a soutenu l'idée turque d'une création d'une "zone tampon entre la Syrie et la Turquie pour accueillir et protéger les personnes déplacées".
Dans le sud-est de la Turquie, frontalier de la Syrie, au moins 18 personnes sont mortes lors de heurts entre forces de l'ordre et manifestants kurdes dénonçant l'inaction d'Ankara face à l'EI.
- Dilemme turc -
Sans précédent ces dernières années, cette vague de protestation a contraint les autorités, pour la première fois depuis 1992, à imposer un couvre-feu dans six provinces du pays peuplées en majorité de Kurdes et menace de faire dérailler le fragile processus de paix engagé entre la rébellion kurde et Ankara.
Si les frappes américano-arabes en Syrie ont quelque peu aidé les combattants kurdes à reprendre des positions aux jihadistes, elles ne suffiront pas à sauver Kobané, ont prévenu des experts.
Une intervention de troupes au sol, arabes ou turques, Washington ayant exclu une présence autre qu'aérienne en Syrie, est seule à même de réellement inverser la tendance, selon eux.
Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a plaidé pour une opération militaire terrestre, mais le scepticisme demeure sur la possibilité de voir des troupes turques franchir la frontière.
"Vous croyez que c'est dans leur intérêt?" se demande ainsi une source gouvernementale française, soulignant le conflit non soldé d'Ankara avec sa propre minorité kurde.
Le conflit s'est également transporté en Allemagne, où des violences entre membres des communautés kurde et yazidie à des militants islamistes ont fait au moins 23 blessés.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.