
Vendredi 11 juillet 2014 à 15h47
Ramadi (Irak), 11 juil 2014 (AFP) — Des combats meurtriers opposaient vendredi les forces irakiennes à des insurgés à Ramadi, alors que le gouvernement accusait les Kurdes de s'être emparés de champs pétroliers, éloignant encore un peu plus la perspective d'un gouvernement d'union.
A deux jours d'une réunion cruciale du Parlement, le Premier ministre Nouri al-Maliki, qui s'appuie sur sa victoire aux législatives d'avril pour briguer un troisième mandat, est confronté à la fois à l'offensive des insurgés sunnites et aux tensions grandissantes avec le Kurdistan irakien.
Des insurgés sunnites ont lancé jeudi après-midi une offensive près de Ramadi, chef-lieu de la province d'Al-Anbar (ouest). Ils ont pris plusieurs secteurs à l'ouest de la ville et tué 11 policiers, selon un officier et un médecin.
Une éventuelle chute de Ramadi, où ils sont présents depuis janvier, représenterait une avancée majeure pour les insurgés, qui contrôlent depuis un mois de vastes pans de territoires dans cinq provinces de l'ouest, du nord et de l'est du pays.
- Tensions grandissantes avec Erbil -
Tandis que l'armée se bat à Ramadi, le gouvernement de Nouri al-Maliki doit également faire face à la détérioration croissante des relations avec le Kurdistan irakien autonome.
Le ministère irakien du Pétrole a accusé vendredi les forces kurdes, les Peshmergas, de s'être emparées de deux champs pétroliers près de la ville disputée de Kirkouk (nord), dont elles ont pris le contrôle en juin à la faveur de la crise.
"Les forces Peshmergas ne se sont approchées d'aucun champ pétrolier à Kirkouk", a cependant affirmé à l'AFP Halkourd Moulla Ali, porte-parole du ministre kurde chargé des Peshmergas.
Les avancées territoriales auxquelles le Kurdistan n'entend plus renoncer, et l'annonce par le président du Kurdistan Massoud Barzani d'un référendum d'indépendance n'ont fait qu'ajouter à la fureur de M. Maliki, qui a accusé mercredi Erbil d'être le quartier général des insurgés.
Les Kurdes, déjà en froid avec Bagdad sur bon nombre de sujets, ont répliqué jeudi en le traitant d'"hystérique" et en lui demandant de quitter le pouvoir.
Ces tensions compromettent les tentatives de formation d'un gouvernement d'unité nationale qui permettrait à la classe politique de présenter un front uni face à l'offensive fulgurante lancée le 9 juin par des insurgés sunnites menés par les jihadistes ultra-radicaux de l'Etat islamique (EI).
- Vains appels à l'unité -
Le Parlement doit se réunir dimanche pour tenter d'ouvrir la voie à la formation d'un gouvernement suite aux législatives du 30 avril, après une première session désastreuse le 1er juillet et le report d'une séance prévue mardi.
Le grand ayatollah Ali Al-Sistani, plus haute autorité religieuse chiite du pays, a de nouveau appelé vendredi les politiques irakiens à cesser de se quereller et se hâter de choisir un nouveau gouvernement.
Mais les appels à l'unité, lancés également par des puissances occidentales, semblent pour l'instant bien vains.
En dépit des critiques, qui portent sur son autoritarisme et sur son choix de marginaliser la minorité sunnite, M. Maliki a affirmé qu'il ne se retirerait jamais.
Et pour certains, il pourrait bien saborder volontairement la session parlementaire de dimanche pour gagner du temps.
"Il essaie de faire durer le jeu car c'est sa seule chance", a déclaré à l'AFP un diplomate occidental.
Pourtant, les reproches contre M. Maliki portent aussi sur l'incapacité des forces armées à enrayer l'avancée des jihadistes et à reprendre le contrôle des zones perdues.
Après la débandade militaire des premiers jours, et malgré l'aide des Etats-Unis, de la Russie et de milices chiites, l'armée irakienne n'a toujours pas enregistré de réels succès.
Les opérations lancées fin juin pour tenter de reprendre Tikrit, fief de l'ancien dictateur Saddam Hussein, sont au point mort et les forces irakiennes n'ont même pas envisagé de contre-offensive sur Mossoul, la deuxième ville du pays, tombée dès le 10 juin aux mains des insurgés.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.