
Vendredi 4 juillet 2014 à 10h17
Camp d'Al-Khazar (Irak), 4 juil 2014 (AFP) — Sans électricité pour faire tourner les ventilateurs sous des chaleurs accablantes, et sans eau fraîche pour se désaltérer à la rupture du jeûne, les Irakiens réfugiés dans des camps à la lisière du Kurdistan peinent à respecter le ramadan.
Au moment de fuir l'offensive des insurgés sunnites et le chaos dans lequel elle a plongé l'Irak, le respect du mois sacré de jeûne était le cadet des soucis d'Iyad Nafia Shiet. Mais quelques jours plus tard, arrivé dans le camp d'Al-Khazar, ce père de 5 enfants s'inquiète.
"La plupart des gens ici ne peuvent pas jeûner --il n'y a pas d'eau fraîche ou de quoi préparer le Sohour (le repas pris avant l'aube, ndlr)", explique-t-il, anxieux. "Nous ne savons pas quoi faire".
Comme lui, la majorité des habitants du camp d'Al-Khazar vient de Mossoul, la deuxième ville d'Irak tombée aux mains des insurgés.
Ils font partie des centaines de milliers d'Irakiens qui ont quitté leurs foyers, chassés par l'avancée des insurgés sunnites menés par les jihadistes de l'Etat islamique. Un grand nombre d'entre eux ont tenté de se réfugier dans la province autonome du Kurdistan, relativement épargnée par les violences.
Mais impossible pour les Arabes ou les Turcomans d'y pénétrer sans un "parrain" kurde. Alors ils se retrouvent entassés dans des camps de tentes à la frontière, parfois à quelques encablures à peine de l'entrée d'Erbil, la capitale de la région.
Le Kurdistan a monté ces camps, des organisation humanitaires et des pays étrangers ont apporté leur aide, mais l'afflux de réfugiés a été tel que cela ne suffit pas.
Alors, en l'absence d'électricité, aucun moyen de rafraîchir les tentes. Et les deux repas que recevaient par jour les réfugiés avant le début du ramadan, se sont transformés en un seul, l'iftar, le repas de rupture du jeûne.
- Situation encore pénible -
Aussi difficile qu'ait été la situation avant le ramadan, le début du mois sacré a rendu la situation encore plus pénible. Impossible de se désaltérer d'eau fraîche après une journée entière de jeûne dans la chaleur.
"Comment peut-on jeûner ?" demande rhétoriquement Iyad Nafia Shiet, qui passe sa journée à écouter des sourates du coran sur son téléphone portable.
"Les organisations ont apporté de l'aide, mais la situation pour le gouvernement régional (kurde) est difficile, et les conseils provinciaux n'ont pas assez d'argent pour aider les déplacés", explique Dindar Zebari, directeur adjoint du service des relations étrangères kurdes.
Les autorités kurdes ont demandé au gouvernement central de Bagdad de s'assurer que les fonctionnaires vivant dans les camps puissent toucher leurs salaires, et de transférer leurs allocation dans un programme de coupons qui permet aux familles irakiennes de collecter de la nourriture, ajoute M. Zebari.
Le gouvernement donne 300.000 dinars irakiens (183 euros) à chaque famille déplacée, précise-t-il, mais celles-ci ne peuvent les percevoir que si elles sont enregistrées, ce que toutes n'ont pas encore fait.
Quelques habitants du camp tiennent bon malgré tout, et essayent d'observer le ramadan.
Assis avec sa femme et ses six enfants, une serviette humide nouée autour de la tête, Mohammed Hamed Jumaa, 41 ans, qui travaillait dans un restaurant de Mossoul avant de fuir, souligne à quel point il est difficile de jeûner dans des conditions pareilles.
"Un jour ressemble à une année", explique-t-il, "parce qu'on ne peut pas dormir entre 06H00 et 18H00 à cause de la chaleur".
Et d'ajouter, "il fait très chaud dans le camp, et nous n'avons rien pour rafraîchir la tente. L'air est poussiéreux, et jeûner est difficile. Mais nous le faisons quand même".
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.