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Kurdes assassinées à Paris: il faut poursuivre la traque des commanditaires (famille)


Lundi 16 juin 2014 à 22h13

Paris, 16 juin 2014 (AFP) — L'enquête sur l'assassinat de trois militantes kurdes en janvier 2013 à Paris doit creuser la piste d'une éventuelle responsabilité des services turcs dans ce crime, a déclaré lundi à l'AFP le frère d'une victime à l'issue d'une rencontre avec la juge d'instruction.

La magistrate antiterroriste Jeanne Duye a reçu pendant plusieurs heures au palais de justice de Paris les familles de Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez pour un point sur ses investigations sur un crime qui a bouleversé la communauté kurde.

Exécutant présumé de ce triple assassinat, le Turc Ömer Güney est mis en examen et toujours écroué. Les interrogations sur son éventuelle relation avec le service de renseignement turc (MIT) ont été relancées ces derniers mois, notamment par la diffusion d'un enregistrement sur internet susceptible de le mettre en cause.

Denis Dogan, le frère de Fidan Dogan, a dit à l'AFP que les parties civiles avaient remis à la juge le texte d'un discours préélectoral prononcé en mars à Urfa, dans le sud-est de la Turquie, par le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.

"Il y affirme que le mouvement de Gülen, organisation infiltrée dans l'appareil étatique turc, est responsable du triple assassinat", a-t-il expliqué en référence à la confrérie de l'imam Fethullah Gülen. "Nous attendons maintenant que la juge fasse des investigations dans ce sens."

M. Gülen, 72 ans, vit depuis 1999 en Pennsylvanie, d'où il dirige un puissant mouvement socio-religieux qui compterait plusieurs millions de membres, très influent dans la police et la magistrature turques.

Le chef du gouvernement accuse le mouvement "güleniste", longtemps son allié, d'être à l'origine du vaste scandale de corruption qui menace son régime depuis mi-décembre. M. Erdogan le soupçonne d'avoir constitué un "Etat parallèle" pour provoquer sa chute.

"Nous attendons également que la juge interroge les services de renseignement français afin de savoir s'ils détiennent des informations sur Ömer Güney", a poursuivi M. Dogan. La juge avait refusé cette demande en septembre.

M. Dogan s'est dit "globalement satisfait" de l'enquête: "Beaucoup d'éléments montrent que Güney a commis le meurtre et qu'il était un pion du MIT", a-t-il accusé.

En début d'année, le MIT avait de nouveau démenti toute implication.

Sakine Cansiz était une figure du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), considérée comme proche de son chef historique Abdullah Öcalan. Fidan Dogan était une militante kurde très connue au sein de la classe politique européenne.

Elles ont été exécutées de plusieurs balles dans la tête le 9 janvier 2013 au Centre d'information kurde (CIK) à Paris.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.