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Syrie : les Kurdes ont remis à la Belgique six orphelins de familles de jihadistes


Jeudi 13 juin 2019 à 20h13

Beyrouth, 13 juin 2019 (AFP) — Les autorités locales kurdes de Syrie ont annoncé avoir remis jeudi six orphelins belges de familles de jihadistes du groupe Etat islamique (EI) à une délégation du ministère belge des Affaires étrangères, une première pour la Belgique.

La remise de cinq enfants et adolescents a eu lieu à Aïn Issa, dans le nord de la Syrie, "à la demande du gouvernement belge", a affirmé sur son compte Twitter Abdulkarim Omar, un haut responsable des Affaires étrangères de l'administration kurde.

Contacté par l'AFP, Kamal Akef, un autre responsable de cette administration, a par la suite précisé que le nombre des orphelins belges était en fait de six.

"Ce sont bien six orphelins belges qui ont été remis à la délégation (...) belge à Aïn Issa. Les enfants et cette délégation qui les accompagne sont arrivés dans leur pays", a-t-il assuré.

Il s'agit de quatre garçons et de deux filles, âgés de six à 18 ans, a fait savoir la chaîne francophone RTBF.

Dans la matinée, le ministre belge des Finances et de la Coopération au développement, Alexander De Croo, avait déclaré que son pays allait rapatrier à partir des camps sous contrôle kurde en Syrie ces six enfants et adolescents belges.

La décision de faire revenir ces orphelins "sans aucun soutien" sur place a été prise mercredi au cours d'un conseil des ministres restreint à Bruxelles, avait ajouté M. De Croo sur la radio publique flamande.

Après cette réunion, le chef de la diplomatie belge Didier Reynders avait annoncé la signature d'un accord de principe avec les autorités du Kurdistan irakien, portant sur la possibilité de faire transiter ces enfants par la frontière avec l'Irak et la ville d'Erbil.

"Ce sont des enfants qui sont nés dans notre pays et qui aujourd'hui n'ont plus de parents", avait dit M. De Croo, soulignant que la France, les Pays-Bas ou la Norvège avaient récemment pris des décisions semblables.

Ils sont seuls dans ces camps, (...) n'ont plus aucun soutien. Il n'est pas question de reprendre les parents qui ont choisi de faire partie de groupes terroristes. Mais ces enfants n'ont pas fait de choix", avait expliqué le ministre.

- "Un grand soulagement" -

Ces retours s'appuient sur les efforts d'une mission humanitaire belge -conduite sur place notamment par l'association Child Focus et le Délégué général aux droits de l'enfant - pour identifier les enfants les plus en danger.

"C'est un grand soulagement (...) je suis ravi", a réagi jeudi le Délégué général aux droits de l'enfant Bernard De Vos, interrogé en Syrie par la RTBF.

"Maintenant, on a encore beaucoup d'enfants qui sont là avec leurs mères (...) C'est important que les mères puissent rentrer avec les enfants", a-t-il ajouté, parlant des conséquences "catastrophiques" qu'aurait la rupture du lien mère-enfant.

Depuis 2017, le gouvernement assurait être prêt à "faciliter" le retour des enfants de moins de dix ans dont la filiation belge était prouvée.

Mais fin 2018 il avait contesté une décision de justice lui ordonnant de tout mettre en oeuvre pour faire revenir six enfants (tous âgés de moins de six ans) avec leurs deux mères.

Et jusque-là, les retours d'enfants, au compte-gouttes, ne se faisaient que grâce à des initiatives isolées des familles.

Quasiment trois mois après la chute du dernier bastion de l'EI en Syrie, il y aurait encore entre 50 et 60 mineurs belges dans les trois camps kurdes de Syrie (Al-Hol, Roj et Aïn Issa), où les conditions de vie sont très précaires, selon des sources concordantes.

La Belgique est un des pays européens ayant fourni les plus gros contingents de combattants étrangers dans les rangs jihadistes ces dernières années.

Les autorités ont recensé plus de 400 départs d'adultes belges depuis 2012, dont environ 150 étaient considérés comme étant encore "actifs sur place" fin 2018.

Lundi, 12 enfants de jihadistes français, dont dix orphelins, qui étaient eux aussi retenus dans des camps de déplacés du nord-est de la Syrie, ont été rapatriés par les autorités françaises.

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Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.