Décès de Mehmet Emin BOZARSLAN

mis à jour le Lundi 9 février 2026 à 18h43

Nous avons la grande tristesse de faire part du décès de M. Emin Bozarslan, grande figure de la vie intellectuelle kurde, survenu le 23 janvier à Uppsala, en Suède, à l’âge de 91 ans.

Ses obsèques ont eu lieu ce lundi 9 février à Uppsala dans la stricte intimité familiale.

La famille recevra les condoléances de la communauté kurde de Suède le 11 février 2026 de 13h à 16h à Stabby Backe 1, Uppsala.

Un hommage lui sera rendu ultérieurement à Paris, à l’Institut kurde, et à Stockholm.

Né en 1935 à Lice, dans la province de Diyarbakir (Amed), Mehmed Emin Bozarslan a fait ses études dans l’une des medressas du système éducatif millénaire du Kurdistan, celle de Meylani à Hezro. Nommé mufti dans la ville de Kulp (Pasûr) de la province de Diyarbekir (Amed), il a été d’abord muté vers l’Anatolie, puis limogé de ses fonctions à la suite de la parution de ses deux ouvrages.

De la parution de deux ouvrages progressistes : « Doğu’nun Sorunları » (Les problèmes de l’Est [Kurdistan de Turquie]) et « İslamiyet Açısından Şeyhlik - Ağalık » (Le système des cheikhs et des aghas du point de vue de l’islam). Il s’est alors installé à Diyarbakir où il tenait une librairie fréquentée par les intellectuels kurdes et les jeunes. Lors du coup d’État militaire de mars 1971, il a été arrêté et incarcéré dans la sinistre prison de Diyarbakir jusqu’à l’amnistie de juillet 1974. À sa libération, il a rejoint le grand quotidien turc Cumhuriyet (République) où, en raison de sa maîtrise de l’arabe, il couvrait la rubrique « Proche et Moyen-Orient ».

Pionnier, avec Musa Anter, du renouveau culturel kurde en Turquie dans les années 1960-1970, il a notamment publié un abécédaire kurde (Alfabê), traduit du kurde en turc Mem û Zîn, chef-d’œuvre du père du nationalisme kurde Ehmedê Xanî (1650), et traduit en turc le Şerefname (Chéreff Nameh ou les Fastes de la nation kurde) du prince kurde Chereff Khan de Bîdlîs sur l’histoire des Kurdes et du Kurdistan achevée en 1596, dont les deux manuscrits sont conservés à la Bodelian Library d’Oxford et à la Bibliothèque nationale de Saint Pétersbourg.

On lui doit également sa traduction en turc d’une Histoire des Kurdes de Marwanides (Mervani Kürtleri Tarihi), premier état kurde de l’ère islamique, dont la capitale était Mayafarqîn, qui a régné sur un vaste territoire pendant plus d’un siècle, jusqu’aux invasions turques de la fin du XIe siècle. Cet ouvrage, composé par un historien kurde du XIIIe siècle, Ibn al-Azraq al-Fariqî, dont l’original est conservé à la British Library de Londres, étant jusque-là inaccessible aux lecteurs kurdes.

Ces publications lui ont valu de nouvelles poursuites judiciaires et des menaces.

Il a dû s’exiler dès 1978 en Suède. Ses amis qui sont restés en Turquie ont été tous persécutés et torturés dans les geôles turques pendant de longues années.

Dans son exil suédois, devenu membre de l’Union des écrivains de Suède, il a consacré tout son temps aux études kurdes. Il a notamment publié la transcription en alphabet kurde latin des revues kurdes de l’époque ottomane (Kurdistan et Jîn), un dictionnaire kurde (Ferhenga Kurdî), de livres pour enfants dont certains ont été traduits en suédois.

Homme affable, érudit, d’une extrême modestie, fuyant les honneurs et la gloire, M. Emin Bozarslan a consacré sa vie à la transmission de la culture kurde aux nouvelles générations. Sa disparition est une grande perte pour le peuple kurde et pour la vie culturelle et intellectuelle kurde.

Nous adressons nos condoléances émues à notre collègue Hamit Bozarslan, son fils, à toute la famille et à tous ses proches.

 

Alfabe Mem û Zîn Doğunun Sorunları Şerefname Kürt tarihi

 

Voir aussi :

Liste de ses publications sur la bibliothèque numérique kurde (BNK)