Après douze ans de présence en Irak, la coalition internationale antidjihadiste achève son retrait complet du territoire

mis à jour le Mercredi 30 septembre 2026 à 15h58

Lemonde.fr

La fin de cette coalition, qui a permis de débarrasser le pays des combattants de l’organisation Etat islamique, le laisse néanmoins en proie à des tensions internes, notamment en raison du désarmement inachevé des factions pro-iraniennes.  

Présente depuis douze ans en Irak, la coalition antidjihadiste menée par les Etats-Unis achève sa mission mercredi 30 septembre, avec le départ prévu des dernières troupes du territoire.

Ces forces avaient été déployées en Irak et en Syrie en 2014 pour lutter contre l’organisation Etat islamique (EI), qui s’était emparée de vastes pans de territoire dans les deux pays et y avait commis des atrocités. Après la victoire sur l’EI en 2017 en Irak – et en 2019 en Syrie –, les forces internationales sont restées sur place pour combattre les derniers éléments du groupe, mais Bagdad et Washington ont décidé, en 2024, de mettre fin à cette mission.

La coalition, qui a quitté la Syrie plus tôt cette année, avait commencé son retrait d’Irak en 2025, limitant sa présence à l’aéroport d’Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan, dans le nord du pays.

« Journée de la souveraineté »

Le premier ministre irakien, Ali Al-Zaidi, a appelé à célébrer le 1er octobre, lendemain du départ de la coalition, comme la « Journée de la souveraineté ». Il s’agit d’un « événement national qui marque l’aboutissement du parcours de l’Irak vers la souveraineté et consolide la présence de l’Etat et de ses institutions », ont affirmé, lundi, les chefs des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire du pays. Ils ont également souligné à ce sujet la nécessité de s’occuper de la question des « armes échappant à l’autorité de l’Etat ».

Arrivé au pouvoir au printemps, Ali Al-Zaïdi s’est engagé, sous la pression de Washington, à obtenir le désarmement des factions pro-iraniennes qui s’en prennent depuis des années aux forces américaines dans le pays. Son gouvernement avait initialement fixé au 30 septembre, jour de la fin de la mission de la coalition, la date limite pour le désarmement de ces groupes, estimant que le retrait de la coalition les priverait de tout prétexte pour conserver leurs armes. Mais cette date a été repoussée, les négociations pour « réglementer » les armes étant toujours en cours.

Si des factions ont annoncé l’intégration de leurs brigades armées dans les institutions de l’Etat, plusieurs groupes influents ont refusé de rendre leurs armes. Ces derniers avaient posé comme condition à leur désarmement le départ des troupes internationales, mais aussi la fin de toute influence américaine, politique comme économique.

Inquiétude des Kurdes

Le puissant groupe chiite des Kataeb Hezbollah (« brigades du Hezbollah ») a affirmé, lundi, que le retrait des « forces d’occupation (…) était un premier pas vers l’obtention de la pleine souveraineté ». Mais il a mis en garde le gouvernement de M. Al-Zaïdi, soutenu par Washington : « Un gouvernement qui n’œuvre pas pour le bien de son peuple sera renversé par tous les moyens possibles. »

Pendant des années, les forces de la coalition et les factions soutenues par Téhéran combattaient un même ennemi : l’EI. Mais, après la défaite du groupe djihadiste, la présence des troupes de la coalition est devenue une énorme source de tension entre les autorités irakiennes et les groupes armés pro-iraniens. Ces derniers ont demandé leur retrait, avant de les prendre pour cible, provoquant des frappes de représailles américaines, qui ont tué plusieurs de leurs chefs au fil des années.

Pendant la guerre au Moyen-Orient, déclenchée en février par une offensive israélo-américaine en Iran, les factions ont intensifié leurs attaques, ciblant principalement les troupes de la coalition basées au Kurdistan.

A Erbil, des Kurdes ont fait part de leur inquiétude, se demandant qui les protégera désormais contre les drones qui ont pris pour cible à plusieurs reprises leur région autonome.

Le Monde avec AFP