Conferences : World Congress of KURDISH STUDIES : Salih AKIN
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World Congress of
KURDISH STUDIES

Irbil, 6-9 September 2006

Organized by the Kurdish Institute of Paris in partnership with
Salahadin University (Irbil) and with the support of the
Kurdistan Regional Government and of the
French Ministry for Foreign Affairs



Les recherches linguistiques
sur le kurde en France :
bilan et perspectives de recherches

Par Salih AKIN (*)

Remerciements (en kurde)

Madame BLAU vient de décrire le développement des études kurdes en France.

Je voudrais dans mon intervention donner un aperçu des recherches linguistiques sur le kurde dans ce pays. Dans un premier temps, je présenterai un bilan non exhaustif des recherches menées jusqu’à ce jour. Dans un second temps, je tracerai quelques pistes de recherches qui me semblent importantes.

De tous les temps, la linguistique a occupé une place importante dans les études kurdes

D’ailleurs, si l’on rejette un coup d’oeil sur l’histoire de la kurdologie, on se rend compte que les études linguistiques ont constitué le point de départ de cette discipline. (Maurizio Garzoni, Grammatica e Vocabulario della lingua kurde - 1787)

Il est vrai que la langue kurde constitue un terrain de recherche très important pour les sciences du langage.

Sa situation actuelle se caractérise par une complexité liée à des facteurs d’ordre linguistique, historique, géopolitique, culturel.

En l’absence d’institutions nationales de standardisation, son développement s’est fait sur une structure polydialectale comprenant plusieurs dialectes, dont chacun se subdivise en une variété de parlers locaux.

Le seul statut officiel du kurde a été acquis en Irak, où il est la deuxième langue officielle avec l’arabe. Mais dans les autres parties du Kurdistan, le kurde n’a pas une reconnaissance officielle et menacé de disparition sous l’effet des politiques d’assimilation et d’étouffement.

Dans ce contexte mouvant et incertain, la langue connaît des transformations tant sur le plan interne que sur le plan externe.

L’étude de ces transformations présente un intérêt scientifique majeur pour la linguistique, car la situation du kurde présente les conditions d’un véritable « laboratoire de langue », pour reprendre une expression de C. Hagège.

Malgré cet intérêt scientifique, une première remarque qui s’impose : très peu de chercheurs spécialisés dans la langue kurde.

Désintérêt politique, langue inconnue, absence de débouchés, les raisons en sont multiples.

Mis à part la chaire des études kurdes à l’INALCO, occupée actuellement par Christine Allison (après J. Blau), aucun recrutement de chercheur ou d’enseignant dans les universités et centres de recherches français au titre de la langue kurde.

Toutefois il existe des linguistes français qui dirigent des recherches dans le cadre des thèses (J. Blau, A. Culioli, P. Lecoq).

Les thèsards sont souvent kurdes, mais on compte aussi des Français.

Les universités concernées sont les universités de Paris 3 et 7 ainsi que l’Université de Rouen où j’enseigne.

On peut répartir les recherches dans les différentes disciplines linguistiques :

1- Description de l’origine de la langue (linguistique historique, linguistique comparée)

Pierre Lecoq, 1997, « La grammaire historique du kurde », The Journal of Kurdish Studies, vol.2

2- Description du système de la langue (linguistique formelle)

Joyce Blau, 1972, : Le kurde de Amadiya et de Djabal Sindjar, thèse de doctorat du 3ème cycle, Université de ­Nouvelle (Paris 3), 351 p.

Travaux sur l’alphabet kurde adapté aux caractères latins, le lexique

Mohammed Mokri, 2003, Grammaire et lexique comparés des dialectes kurdes.
Karthala , Collection Langues , 912 p.

Travaux également sur la morphologie du verbe kurde Ismail Kamandar FATTAH, 2000, Les dialectes kurdes méridionaux. Etude linguistique et dialectologique  2000, 919 p. Editions Peeters, Louvain

L’ouvrage d’Ismaïl Kamandâr FATTAH fournit pour la première fois des matériaux pour une réflexion d’ensemble sur les grands problèmes de la dialectologie kurde et réunit, pour la première fois, dans une analyse linguistique globale l’immense richesse dialectale des villes, villages et campagnes du sud du Kurdistan.

3 - Thèses de doctorat

Vossoughi Afzal, 1977, Description du dialecte kurde de Saghèze (Iran), phonologie, morphologie, syntaxe (Thèse 3e cycle).

Hasan, Ahmed , 1981, Le système verbal dans la langue kurde : dialecte kurmanci (sous la dir. d’Antoine Culioli, Paris 7)

Sergio Bassols, 1995, La phrase relative en kurde central : étude syntaxique (sous la dir.Pierre LECOQ , Paris 3)

Ibrahim Aydogan et Sandrine TRAIDA présenteront les recherches qu’ils mènent dans le cadre de leur thèse de doctorat et qu’ils vont soutenir bientôt.

Mémoires de recherche (DEA, MAITRISE, MASTER)

Yakup Karademir, 2004, Pratiques de créations lexicales dans la presse écrite kurde (maîtrise), Université de Rouen

Yakup Karademir, 2005,  La néologie dans la presse kurde : aspects linguistiques et sociolinguistiques , Université de Rouen, (Master).

Evin Yalçin, 2000,  Etude comparative de six grammaires récentes sur le système verbal en kurde  (DREA, Paris 3)

Evin Yalçin, 2001, La morpho-syntaxe du verbe kurde (DEA, Paris 3)

3. Linguistique du corpus

Gérard GAUTIER, 1998, Preliminary reflexions for the constitution of a national corpus of Kurdish language

Gautier, Gerard, Direji Kurdi, 1996, A lexicographic environment for Kurdish language using 4th Dimension , Proceedings of ICEMCO, Cambridge, UK

Maintenant, je voudrais vous présenter les recherches que j’ai pu mener à l’Université de Rouen. Enseignant-chercheur dans cette université depuis 1998, je suis aussi membre du Laboratoire Dynamiques Sociolangagières, (unité du CNRS), qui a pour thématique générale les pratiques langagières dans leurs usages quotidiens, dans la dynamique de ces usages et dans leurs effets linguistiques et discursifs.

Les membres du Laboratoire examinent, à travers les manifestations linguistiques et langagières, les rapports entre situations sociales en mutation, interprétation et compréhension de ces situations et modification des identités personnelles et collectives.

Ces liens entre le langage, les réalités sociales et les personnes autorisent à qualifier les travaux du laboratoire de sociolinguistiques.

Parallèlement à mes activités d’enseignement (dont un cours d’initiation au kurde, diffusé également par télé-enseignement), je peux regrouper mes recherches dans 3 domaines :

1. Analyse du discours, nom propre, nomination

La première catégorie concerne les recherches que j’ai menées dans le domaine de l’Analyse du discours. Dans ce domaine, j’ai notamment analysé la difficile nomination de la réalité kurde en Turquie. Jusqu’à un passé récent, les termes Kurdes et Kurdistan étaient interdits en Turquie. Mais la réalité kurde existant, il fallait parler de cette réalité. Alors comment évoquer cette réalité sans utiliser son nom.

J’ai ainsi analysé les différents moyens linguistiques utilisés dans le discours scientifique, juridique et politique turc pour faire référence au peuple, au territoire et à la langue kurdes. Ma thèse de doctorat a porté sur cette problématique :

- 1995 : Thèse de doctorat Nouveau régime en Sciences du Langage ; Titre de la thèse : Désignation du peuple, du territoire et de la langue kurdes dans le discours scientifique et politique turc, 500 p.

Après la soutenance de ma thèse, j’ai élargi cette problématique à d’autres langues, telles que le français, l’arabe, le persan.

- (sous presse), « La renomination du territoire kurde : analyse contrastive en arabe, persan et turc », éditions Bruylant, Bruxelles

- 2004, « Comment ne pas nommer une langue ? Le cas du kurde dans le discours juridique turc. », Babylonia, n°1, pp.23-25,

- 2004, « La dénomination des personnes et la construction identitaire : le cas des prénoms kurdes en Turquie », Bulletin suisse de linguistique appliquée, n°80, pp.27-38

- 2000, « Ne dites pas ‘kurde’, dites ‘citoyen turc’ », Mots, 64, pp.130-135

2000 : « Les Kurdes et le Kurdistan dans le discours scientifique turc », The Journal of Kurdish Studies, Volume III, éd. Peeters, Louvain, pp.51-60

- 2000, « La guerre des mots pour nommer les Kurdes et leur territoire au Conseil de l’Europe », Etudes kurdes, n°1, L’Harmattan, pp.33-44

- (éd.), 1999, Noms et re-noms : la dénomination des personnes, des populations, des langues et des territoires, Collection DYALANG-PUR, Université de Rouen, 287 p.

- 1998, «Stratégies langagières de la dénégation de l’autre», l'Autre en Discours, Coll. DYALANG & PRAXILING, Montpellier, pp.85-103

- 1998, « Dénégation ethnique et implications discursives : analyse du cas kurde en Turquie », in Identité Collective et Altérité sous la dir. M.A. Hily et M.L. Lefebvre, l’Harmattan, pp.161-173

- 1997 : «Désignation d'une langue innommable dans un texte de loi : le cas du kurde dans les textes législatifs turcs», in Le nom des langues. Les enjeux de la nomination des langues, sous la direction d'Andrée Tabouret-Keller, éd. Peeters, Louvain-La-Neuve, pp.69-79

- 1996, «Le radical KURD dans trois écrits turcs : de sa dénégation à la reproduction de son origine», Travaux de Linguistique, n°7, Publications de l'Université d'Angers, pp.75-83

- 1996, «Représentations idéologiques et réalités langagières : le cas du kurde», Actes du Colloque International Badumes-Standards-Normes, Publications du GRELP, Brest, pp.143-151.

- 1996, «Objectifs, présupposés et difficultés d'un questionnement», Actes du Colloque international Questionnement Social, Cahiers de Linguistique Sociale, n°28/29, Université de Rouen, pp.231-240

2. Description linguistique du kurde

Le deuxième domaine de mes recherches concerne la description linguistique du kurde. Il s’agit d’étudier l’évolution du système de la langue au contact des langues et des cultures. C’est dans ce sens que j’ai étudié la disparition du genre dans certains parlers du kurde, l’émergence de nouvelles catégories, telles que le médiatif, et les formes nouvelles du discours rapporté.

- (sous presse), « Intégration graphique des emprunts en langue kurde », Actes du colloque « Ecriture en contacts », Université de Paris- Sorbonne 3, mai 2006

- (sous presse), « L’alphabet kurde adapte aux caractères latins », Collection DYALANG (sous la dir. Renée Honvault)

- 2005, « Têkçuna zayendê di zaravayê kurmancî de » (La disparition du genre dans le dialecte kurmanji), Actes de la conference sur le kurde, publications de l’institut kurde d’istanbul

- 2002, « Discours rapporté et hétérogénéité discursive en kurde », Faits de langue, n°19, pp.71-84

 2002, « Motivations phonologiques de la neutralisation d’une catégorie grammaticale dans un parler du kurde », LINX n°45, pp.147-155

- 1998, « Pratiques langagières et questions identitaires d’une communauté exilée : le cas des Kurdes en Normandie », Etudes Normandes, n°1, pp.84-96, Université de Rouen

3. La situation sociolinguistique du kurde

Le troisième domaine de mes recherches concerne la situation sociolinguistique du kurde en Turquie et en France. J’ai notamment étudié la politique linguistique turque à l’égard du kurde.

Cette politique que l’on peut qualifier de linguisticide, tente d’éradiquer par des moyens législatifs et répressifs l’usage, l’apprentissage et la transmission de la langue kurde.

Dernièrement, j’ai analysé la « récente ouverture linguistique » en Turquie, obtenue grâce au processus d’adhésion de ce pays à l’Union européenne. Les cours privés, mais payants du kurde sont désormais possibles en Turquie.

Dans une communication présentée au Xe International Conference on Minority Languages en juillet 2005, j’ai analysé la fâcheuse expérience de 7 centres d’enseignement privé du kurde, qui ont tous fermé leur porte en août 2005 et montré que la langue d’une population de 15 millions ne peut être enseignée que dans un système éducatif public, avec l’aide et le soutien de l’Etat.

- (sous presse), « Private teaching of Kurdish in Turkey : problems and prospects », Proceedings of Xe International Conference on Minority Languages, Trieste – 30 juin – 1er juillet 2005

- (sous presse), «  La Charte européenne des langues, les « langues des migrants » et les « langues  dépourvues de territoire », LENGAS

- 2003, « Les lois du 3 août 2002 du Parlement turc sur l’autorisation de l’enseignement privé du kurde et des émissions audiovisuelles en kurde », Etudes kurdes, n°5, L’Harmattan, pp.57-62

- 2003, « La langue kurde dans les lois linguistiques turques », in Cahiers de Confluences « Les Cahiers de La Méditerranée  », L’Harmattan, pp.233-237

- 1999, « Le kurde devant les tribunaux : France et Turquie », Actes du Colloque Internationale Langues et Droits, Langues du droit, droit des langues Université de Paris-10, octobre 1998, éditions Bruylant, Bruxelles, pp.87-95

-1997- «Le kurde : formes de survivance d'une langue interdite», Actes du XVIème Congrès International des Linguistes, Elsevier, Oxford


QUELQUES PERSPECTIVES DE RECHERCHE

Comme nous l’avons dit, le kurde est un chantier de recherches qui restent à entreprendre.
Quelques pistes de recherche qui me paraissent importantes sont les suivantes

1- Les transformations internes et externes
- L’évolution de la construction ergative
- L’usage des deux groupes pronominaux en kurmanji
- Etudes comparatives des dialectes et parlers kurdes
- Le médiatif

2- Les pratiques de néologismes
(le Kurdistan irakien est une fabrique de mots nouveaux, qui peuvent être repris dans les autres dialectes..)
- Administration
- Presse écrite et audiovisuelle

3- Les politiques linguistiques
- Politique linguistique kurde
- Politique linguistique des Etats qui dominent les kurdes
- Prestige, économie et marché des langues
- Les contextes de bilinguisme, plurilinguisme

4- Didactique 
- Enseignement du kurde dans les lycées, universités
(*) FRE 2787 DYALANG, Université de Rouen CNRS

Salih.Akin@univ-rouen.fr