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b u l l e t i n
N° 271 | October 2007
  1. DIYARBAKIR : MORT DE L’ÉCRIVAIN KURDE MEHMED UZUN
  2. LE PARLEMENT TURC AUTORISE L’ARMÉE TURQUE Á INTERVENIR AU KURDISTAN IRAKIEN : « S’ILS ATTAQUENT NOTRE PEUPLE, NOTRE TERRITOIRE, NOUS NOUS DÉFENDRONS » DÉCLARE MASSOUD BARZANI
  3. LA TURQUIE ESSAIE D’OBTENIR L’AVAL DE TÉHÉRAN ET DE DAMAS POUR UNE INTERVENTION AU KURDISTAN IRAKIEN
  4. PARIS : JALAL TALABANI EN VISITE OFFICIELLE EN FRANCE REÇU Á L’ÉLYSÉE ET AU QUAI D’ORSAY
  5. WASHINGTON : LA COMMISSION DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DE LA CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS RECONNAIT LE GÉNOCIDE ARMÉNIEN
  6. 800 000 PERSONNES DÉPLACÉES AU KURDISTAN IRAKIEN SELON LE HAUT COMMISSARIAT AUX RÉFUGIÉS
  7. IRAK : AU TROISIÈME TRIMESTRE LA VIOLENCE DIMINUE DE 70 %
  8. AINSI QUE...

DIYARBAKIR : MORT DE L’ÉCRIVAIN KURDE MEHMED UZUN

L’écrivain kurde Mehmed Uzun est dĂ©cĂ©dĂ© le 11 octobre vers 08h00 Ă  Diyarbakir Ă  l’ñge de 54 ans des suites d’un cancer de l’estomac. Ses funĂ©railles ont rĂ©uni une foule nombreuse et marquĂ© un moment d’intense Ă©motion. ConformĂ©ment Ă  son testament, les priĂšres ont Ă©tĂ© rĂ©citĂ©es en langue kurde et l’hommage a Ă©tĂ© rendu “à tous les martyrs du Kurdistan”. Outre son ami et protecteur Yachar Kemal, trois personnalitĂ©s kurdes- l’ancien ministre Serafettin Elci, le prĂ©sident du parti pro-kurde DTP Ahmet Turk et le maire de Diyarbakir- reprĂ©sentatives des diverses sensibilitĂ©s de la sociĂ©tĂ© kurde ont pris la parole pour rendre hommage Ă  la personnalitĂ© et Ă  l’oeuvre de l’écrivain disparu et rĂ©aliser sur sa tombe une certaine unitĂ© nationale kurde qu’il n’avait eu cesse d’appeler de ses voeux

Les ambassades de SuĂšde et de l’Union europĂ©enne ainsi que l’Institut kurde de Paris, dont M. Uzun a Ă©tĂ© un collaborateur actif pendant prĂšs de 20 ans, Ă©taient reprĂ©sentĂ©es Ă  ces obsĂ©ques. Le prĂ©sident du Kurdistan Massoud Barzani a fait parvenir un message rendant hommage au parcours militant patriotique et Ă  l’oeuvre de Mehmed Uzun. Chose trĂšs rare dans les annales de la RĂ©publique turque, le prĂ©sident turc Abdullah Gul a tenu Ă  envoyer un message de condolĂ©ances Ă  la famille de cet Ă©crivain kurde qui de son vivant Ă  pourtant connu la prison et l’exil

L’exil commença dĂšs 1977. Jeune journaliste Ă  la revue politico littĂ©raire kurde Rizgari (LibĂ©ration), Mehmed Uzun fit l’objet de nombreuses poursuites judiciaires pour ses articles en langue kurde, langue interdite jusqu’en 1991 en Turquie. PourchassĂ©, harcelĂ©, il dut, aprĂšs plusieurs sĂ©jours en prison, se rĂ©soudre Ă  s’exiler en SuĂšde. Le gouvernement d’Olof Palme offrant Ă  l’époque un accueil gĂ©nĂ©reux aux intellectuels persĂ©cutĂ©s dans leur pays d’origine en leur accordant outre le statut de rĂ©fugiĂ© des bourses et des allocations diverses pour qu’ils puissent continuer Ă  Ă©crire, Ă  publier, Ă  crĂ©er. C’est dans ce contexte favorable que Mehmed Uzun se mit Ă  Ă©crire en kurde des romans et des essais qui furent d’abord publiĂ©s par des maisons d’édition kurdes subventionnĂ©es de SuĂšde

Mehmed Uzun fut parmi les tout premiers intellectuels et artistes kurdes qui ont, dĂšs sa crĂ©ation en 1983, rejoint l’Institut kurde de Paris. Il vint passer une annĂ©e Ă  Paris et ce sĂ©jour dans la capitale des arts et des lettres l’a fortement marquĂ©. RentrĂ© en SuĂšde pour des raisons familiales, il est restĂ© proche des activitĂ©s de l’Institut notamment en participant rĂ©guliĂšrement Ă  ses sĂ©minaires linguistiques semestriels pour la standardisation et la reconnaissance de la langue kurde

En 2005, aprĂšs 28 ans d’exil, il retourna vivre en Turquie. Proche du cĂ©lĂšbre Ă©crivain kurde Yachar Kemal, qui le considĂ©rait comme son fils adoptif, il multiplia ses interventions dans les media turcs en faveur d’un rĂšglement pacifique du problĂšme kurde en Turquie et a acquis une bonne notoriĂ©tĂ© dans les milieux dĂ©mocratiques et libĂ©raux turcs. Ses romans dĂ©jĂ  traduits dans une demi-douzaine de langues Ă©trangĂšres Ă©taient Ă©galement traduits en turc Ă  la fin des annĂ©es 1990. Evoquant des personnages et des Ă©pisodes mĂ©connus de l’histoire kurde ces romans n’ont pas manquĂ© de se heurter Ă  la censure turque et firent l’objet de poursuites judiciaires. JugĂ© en 2001 pour ses romans “Ask gibi aydinlik ölĂŒm gibi karanlik” (Clair comme l’amour et sombre comme la mort) “Nar Çiçekleri” (les fleurs des grenadiers), il a obtenu la mĂȘme annĂ©e le prix de la libre expression et de la libertĂ© d’opinion de l’Union des Ă©diteurs de Turquie et le prix scandinave de la plume libre Torgny Segerstedt. En 2002, il a Ă©galement Ă©tĂ© Ă©tĂ© laurĂ©at du prĂ©stigieux prix Stina-Erik Lundeberk de l’AcadĂ©mie suĂ©doise. En France, il a publiĂ© chez Phebus “La poursuite de l’ombre”. Yachar Kemal dans sa prĂ©face Ă©crivait: “Loin de sa terre, mais tout prĂšs d’elle par l’écriture, Mehmed Uzun s’est donnĂ© cette mission, plus malaisĂ©e qu’on imagine: devenir romanicier kurde; et mĂȘme Ă  sa façon le premier vrai romancier kurde, dans la mesure oĂč les fictions modernes publiĂ©es avant lui dans cette langue se fixaient des ambitions plutĂŽt modestes...”. Membre du conseil d’administration de l’Union des Ă©crivains suĂ©dois, du Pen Club suĂ©dois et du Pen Club international, il faisait Ă©galement partie de l’Union internationale des journalistes.

La mort prĂ©maturĂ©e de cet Ă©crivain, qui fut l’une des plumes les plus apprĂ©ciĂ©es de la littĂ©rature kurde moderne, est une grande perte pour les lettres et la cause kurdes.


LE PARLEMENT TURC AUTORISE L’ARMÉE TURQUE Á INTERVENIR AU KURDISTAN IRAKIEN : « S’ILS ATTAQUENT NOTRE PEUPLE, NOTRE TERRITOIRE, NOUS NOUS DÉFENDRONS » DÉCLARE MASSOUD BARZANI

La RĂ©publique turque a, le 29 octobre, fĂȘtĂ© son 84Ăšme anniversaire sur fond de menaces croissantes d'interventions militaires dans le Kurdistan irakien. Plus de 200.000 personnes, selon des chiffres officiels, ont affluĂ© au mausolĂ©e d’Ataturk, fondateur de la Turquie pour marquer leur unitĂ© face aux attaques du PKK. Et la participation des ankariotes a Ă©tĂ© massive Ă  la traditionnelle parade militaire tout comme Ă  Istanbul et Izmir (ouest), les principales mĂ©tropoles turques. « La Turquie est fiĂšre de vous », « chaque Turc est un soldat par naissance », ont criĂ© les gens brandissant l'emblĂšme national aux soldats qui dĂ©filaient. Outre les cĂ©rĂ©monies officielles, des manifestations anti-PKK ont Ă©tĂ© organisĂ©es Ă  travers le pays pour la huitiĂšme journĂ©e consĂ©cutive. Dans ce climat d’hystĂ©rie nationaliste, une sĂ©rie d'attaques ont pris pour cible des Kurdes et leurs biens. Depuis des semaines, les menaces d'une intervention militaire turque, sous prĂ©texte officiel de dĂ©loger des combattants du parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), se sont faites plus prĂ©cises. La perspective d'une attaque turque s'est prĂ©cisĂ©e quand le Parlement turc y a donnĂ© son accord de principe le 17 octobre. Le risque a accru avec l'attaque dans laquelle le PKK a, le 21 octobre, tuĂ© douze soldats turcs et fait prisonniers huit autres. L'armĂ©e turque a, le 30 octobre, affirmĂ© pour sa part avoir tuĂ© 65 combattants du PKK depuis cette attaque. L’état major turc a sensiblement renforcĂ© sa prĂ©sence tout au long de la frontiĂšre irakienne, massant 100.000 hommes dans cette zone. « Ceux qui nous font souffrir vont souffrir Ă  un degrĂ© qu'ils ne peuvent mĂȘme pas imaginer et nous sommes dĂ©terminĂ©s sur cette question », a dĂ©clarĂ© le chef d’état major turc, le gĂ©nĂ©ral Yasar BĂŒyĂŒkanit dans son message publiĂ© Ă  la veille de la fĂȘte nationale turque. Initialement rĂ©ticent au lancement d'une opĂ©ration hors frontiĂšres, le gouvernement est dĂ©sormais sous une pression trĂšs forte de l'opinion publique, des mĂ©dias et des militaires. Car Ă  dĂ©faut de victoire militaire dĂ©finitive, les autoritĂ©s turques entendent remporter, avec l'aide des mĂ©dias, une bataille psychologique.

Les Kurdes sont persuadĂ©s que la Turquie ne veut pas qu’une quelconque expĂ©rience d’Etat kurde rĂ©ussisse et que la prĂ©sence des combattants du PKK dans le massif du Qandil n'est qu'un prĂ©texte pour intervenir. DĂ©fiant les menaces turques, le prĂ©sident du Kurdistan irakien Massoud Barzani a dĂ©clarĂ© qu'il ne « prend pas ses ordres » Ă  Ankara, dans une interview Ă  la presse turque. AccusĂ© par les autoritĂ©s turques de tolĂ©rer les 3.500 combattants du PKK Ă©tablis sur son territoire, M. Barzani a toutefois exhortĂ© le PKK Ă  renoncer Ă  la violence et la Turquie Ă  apporter une solution politique au conflit. Dans cette entrevue publiĂ©e le 30 octobre dans le journal turc Milliyet, il a dĂ©clarĂ©: « ou le PKK renonce Ă  la violence ou il se retrouvera confrontĂ© non seulement Ă  la Turquie, mais aussi Ă  toute la nation kurde ». Il a Ă©galement demandĂ© Ă  Ankara de « coopĂ©rer pour trouver une solution pacifique et dĂ©mocratique Ă  la question kurde » suggĂ©rant une amnistie pour les combattants du PKK. « L'histoire a montrĂ© que ce problĂšme ne peut pas ĂȘtre rĂ©solu par des moyens militaires », a-t-il poursuivi, ajoutant qu'il Ă©tait prĂȘt Ă  tout faire « pour prĂ©parer le terrain » Ă  une solution pacifique. Trois incursions turques, en 1995 et 1997, mobilisant des dizaines de milliers de soldats, n'ont pas pu venir Ă  bout des maquisards. M. Barzani a aussi regrettĂ© le refus d'Ankara de parler directement avec les Kurdes d'Irak des mesures de lutte contre le PKK. « Vous ne voulez pas me parler, et ensuite vous me demandez d'agir contre le PKK. Comment cela est-il possible ? », a-t-il demandĂ©. « Je suis un ami de la Turquie mais je ne prends pas mes ordres auprĂšs d'Ankara ou de quiconque », a-t-il ajoutĂ©. Il a notamment confiĂ© son inquiĂ©tude de voir la question du PKK servir de prĂ©texte Ă  une remise en cause de l'autonomie du Kurdistan irakien. « Comment expliquer l'hostilitĂ© de la Turquie envers le Kurdistan irakien. Peut-ĂȘtre parce que nous sommes le vrai problĂšme pour Ankara et pas le PKK », s'est-il interrogĂ©. « Nous voulons que la Turquie nous assure que tous ces moyens militaires ne sont pas dirigĂ©s contre nous », a-t-il ajoutĂ©. « Nous n'acceptons pas la concentration de troupes turques Ă  nos frontiĂšres », avait Ă©galement dĂ©clarĂ© la veille le prĂ©sident du Kurdistan irakien Ă  Erbil. « S'ils attaquent notre peuple, notre territoire, nous nous dĂ©fendrons ». Par contre, « nous demandons au PKK de poursuivre dans la voie du cessez-le-feu, de relĂącher les prisonniers, de ne pas mener d'actions militaires et de trouver une solution pacifique », « sans solution du problĂšme kurde, il n'y aura pas de stabilitĂ© dans la rĂ©gion ». « Nous existons, nous avons le droit de vivre », a-t-il conclu.

Dans un entretien Ă  la BBC tĂ©lĂ©vision, le ministre irakien des affaires Ă©trangĂšres, Hoshyar Zebari a, le 28 octobre, regrettĂ© pour sa part que la Turquie ne se soit pas montrĂ©e plus « rĂ©ceptive » aux propositions de la dĂ©lĂ©gation irakienne venue le 26 octobre pour une rencontre avec les autoritĂ©s turques. Bagdad avait suggĂ©rĂ© Ă  cette occasion de faire surveiller les frontiĂšres du Kurdistan irakien par les forces de la coalition et de « renforcer » les postes-frontiĂšres du Kurdistan irakien avec des armes et de l'Ă©quipement. Ankara avait jugĂ© ces mesures insuffisantes et trop longues Ă  mettre en Ɠuvre. « Ils rĂ©clament que le gouvernement irakien leur remette les personnages centraux ou les dirigeants du PKK (
) Mais ils ne sont pas sous notre contrĂŽle en fait. Ils sont dans les montagnes, ils sont armĂ©s  », a expliquĂ© M. Zebari. Le dĂ©putĂ© kurde irakien Mahmud Othman, a dĂ©clarĂ© Ă  ce sujet : « Ils veulent une centaine de rebelles du PKK, mais Ă©galement 150 Kurdes irakiens. Et je suis l'un d'entre eux ! », soulignant l’inconvenance des demandes des autoritĂ©s turques. Le PKK a pour sa part annoncĂ© le 22 octobre qu'il Ă©tait disposĂ© Ă  respecter un cessez-le-feu si l'armĂ©e turque renonçait Ă  ses projets d'incursion et si l'Etat turc respecte les droits politiques et culturels du peuple kurde en Turquie.

Les Kurdes d'Irak accusent Ă©galement les militaires turcs d'avoir fait Ă©chouer par leur « intransigeance » ces nĂ©gociations sur la sĂ©curitĂ©. La rencontre d’Ankara faisant suite Ă  la visite le 23 octobre du ministre turc des affaires Ă©trangĂšres Ă  Bagdad, s’est en effet soldĂ©e sans progrĂšs. L'accueil rĂ©servĂ© Ă  Ankara aux 11 membres de la dĂ©lĂ©gation, comprenant de hauts responsables de la sĂ©curitĂ©, un militaire amĂ©ricain et des reprĂ©sentants du Kurdistan irakien, Ă©tait particuliĂšrement froid. Selon le quotidien Milliyet « la dĂ©lĂ©gation a Ă©tĂ© accueillie par un directeur adjoint de la police » et elle Ă©tait hĂ©bergĂ©e Ă  la Maison de la police au lieu du grand hĂŽtel initialement prĂ©vu. Kamel Chaker, numĂ©ro un du parti communiste kurde d'Irak, a, le 29 octobre, dĂ©clarĂ© que « l'Ă©chec de la rĂ©union d'Ankara est due Ă  l'attitude intransigeante des gĂ©nĂ©raux turcs qui estiment que s'ils rencontrent des reprĂ©sentants du Kurdistan, ils perdront la face ». Á Ankara, les militaires turcs ont refusĂ© de recevoir les deux membres kurdes de la dĂ©lĂ©gation irakienne, Safin Dezai, directeur des relations extĂ©rieures du Parti dĂ©mocratique Kurdistan (PDK) de Massoud Barzani, et Imad Ahmed, ministre du Travail et de la Reconstruction, et membre de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK) de Jalal Talabani. « Les militaires sont inflexibles dans leur Ă©tat d'esprit et dans leurs vues », a poursuivi Kamel Chaker. « Ils ne veulent pas rencontrer des reprĂ©sentants du Kurdistan, ni dialoguer avec le prĂ©sident (du Kurdistan irakien) Massoud Barzani, ils ne veulent pas entendre parler du Kurdistan ». L'autre pierre d'achoppement a Ă©tĂ©, selon lui, la question du dĂ©ploiement de peshmergas, les militaires du gouvernement rĂ©gional du Kurdistan (GRK), aux frontiĂšres entre l'Irak et la Turquie. Une dĂ©lĂ©gation du Kurdistan irakien devait se rendre en Turquie pour rencontrer les responsables du parti de la justice et du dĂ©veloppement (AKP), le parti au pouvoir en Turquie, mais cette visite a Ă©tĂ© annulĂ©e, a encore indiquĂ© Kamel Chaker. « Les dirigeants turcs doivent rĂ©soudre la question du PKK et s'interroger pour savoir pourquoi existe ce parti. Et mĂȘme s'ils arrivent Ă  Ă©liminer le PKK, il en renaĂźtra un autre », a-t-il conclu.

Dans le mĂȘme temps, le gouvernement du Kurdistan irakien a maintenu une attitude de conciliation et le Premier ministre, Nechirvan Barzani, a rappelĂ© le 29 octobre Ă  Erbil que le Kurdistan irakien ne soutenait pas le PKK. « Nous ne laisserons pas le territoire irakien servir de base pour lancer des attaques contre la Turquie ou aucun autre pays. Nous considĂ©rons les derniĂšres attaques contre la Turquie comme des agissements illĂ©gaux », a-t-il proclamĂ©. Depuis 1991, les trois provinces de la rĂ©gion autonome du Kurdistan d'Irak (Erbil, Dohouk et Suleimaniyeh) connaissent un fort dĂ©veloppement Ă©conomique et une situation en matiĂšre de sĂ©curitĂ© bien meilleure que les autres provinces d'Irak. Á 350 km au nord de Bagdad, Ă  Erbil, dans la capitale du Kurdistan irakien, les magasins et les restaurants restent ouverts tard dans la nuit, Ă  l'inverse des autres rĂ©gions irakiennes oĂč rĂšgnent la violence. Les nouveaux centres commerciaux --modernes et bien achalandĂ©s-- Dream City et New City, accueillent jusqu’à tard dans la nuit les clients. Le Kurdistan abrite plus de quatre millions d'habitants dotĂ©s d'un Parlement et d'un gouvernement autonome qui garde ses distances avec le pouvoir central de Bagdad.

Toutefois, les menaces turques et de rĂ©cents bombardements turcs rappellent des souvenirs douloureux aux villageois Ă©tablis tout prĂšs de la frontiĂšre turque. Une quinzaine de familles kurdes de Nezouri, petite bourgade Ă  60 km au nord-est de Zakho ont ainsi fuit leur village et trouvĂ© refuge Ă  Begova, une localitĂ© voisine qui abrite paradoxalement une base militaire turque, en vertu d'un accord passĂ© en 1997. Le maire de Nezouri, Khalil Mirmeh, affirme d’ailleurs que les maisons de son village ont Ă©tĂ© dĂ©truites par les bombardements turcs. « Le pont du village a Ă©tĂ© dĂ©truit, ce qui isole totalement trois autres villages voisins oĂč il est impossible de se rendre mĂȘme Ă  pied », a-t-il assurĂ©. Quant au reprĂ©sentant du maire de Begova, Abdel Fayçal, il confirme que sur les 15 villages frontaliers de cette zone, cinq ont Ă©tĂ© bombardĂ©s par l'artillerie turque et trois de ces hameaux ont Ă©tĂ© Ă©vacuĂ©s de leurs habitants, qui viennent se rĂ©fugier dans sa bourgade. De mĂȘme, des responsables kurdes locaux ont affirmĂ© que l'armĂ©e de l'air turque avait attaquĂ© un village situĂ© dans la localitĂ© des environs de Chiranich Islam, Ă  25 km au nord-est de la ville de Dahouk. Des sources proches des services de sĂ©curitĂ© turcs avaient rapportĂ© que l'aviation turque avait effectuĂ© une sĂ©rie de sorties Ă  20 km Ă  l'intĂ©rieur de l'espace aĂ©rien du Kurdistan irakien entre le 21 et le 23 octobre. Le vice-Premier ministre turc Cemil Cicek a d’ailleurs affirmĂ© que l'aviation turque a pilonnĂ© des positions du PKK situĂ©es jusqu'Ă  50 km en territoire kurde irakien aprĂšs l'attaque, selon la presse turque du 24 octobre.

Les frappes militaires turques sont Ă©prouvantes psychologiquement pour la population, mais quel que soit le coĂ»t, les Kurdes de la rĂ©gion sont prĂȘts Ă  se dĂ©fendre. Au Kurdistan irakien, des dizaines de milliers de personnes ont manifestĂ© dans les rues agitant le drapeau kurde et accusant la Turquie d'essayer de fomenter des troubles dans la rĂ©gion. « Nous annonçons Ă  tous les protagonistes que s'ils attaquent la rĂ©gion, sous un prĂ©texte quelconque, nous sommes totalement dĂ©terminĂ©s Ă  dĂ©fendre notre expĂ©rience dĂ©mocratique, la dignitĂ© de notre peuple et l'intĂ©gritĂ© de notre territoire », avait affirmĂ© le 19 octobre le bureau du prĂ©sident de la rĂ©gion autonome du Kurdistan irakien, Massoud Barzani.

Si la Turquie a demandĂ© Ă  Bagdad et Ă  Washington d'intervenir dans le Kurdistan l'Irak, elle n'a pas hĂ©sitĂ© Ă  poursuivre ses opĂ©rations au Kurdistan de Turquie. L'armĂ©e turque a ainsi poursuivi le 30 octobre ses opĂ©rations de ratissage contre le PKK. Deux hĂ©licoptĂšres Cobra ont tirĂ© des missiles sur les monts Cudi, dans la province de Sirnak, frontaliĂšre avec l'Irak. Au moins un hĂ©licoptĂšre de transport de troupes Sikorsky a Ă©tĂ© vu en train de larguer des soldats sur la zone aprĂšs les bombardements tandis que trois autres hĂ©licoptĂšres de transport survolaient la rĂ©gion bombardĂ©e. Des hĂ©licoptĂšres avaient dĂ©jĂ  pilonnĂ© le 29 octobre des positions dans les monts Cudi et Kato qui sĂ©parent la Turquie et le Kurdistan d’Irak. Le mĂȘme jour, dans la province voisine de Hakkari, une centaine de militants du PKK avaient Ă©tĂ© encerclĂ©s par l'armĂ©e, qui a coupĂ© leurs routes aprĂšs une vaste opĂ©ration Ă  Tunceli, Ă  600 km de la frontiĂšre. Le Premier ministre turc a, le 30 octobre, dĂ©clarĂ© lors d'une rĂ©union parlementaire de son parti qu'il Ă©tait « inĂ©vitable » d'intensifier les opĂ©rations militaires. Il a toutefois sous-entendu qu'une offensive transfrontaliĂšre n'Ă©tait pas imminente. « Les responsabilitĂ©s ne permettent pas l'Ă©troitesse d'esprit, la prĂ©cipitation ou l'hĂ©roĂŻsme », a dĂ©clarĂ© le chef du gouvernement avant d'exhorter les Etats-Unis Ă  prendre « des mesures urgentes et concrĂštes contre les foyers terroristes ». Les responsables kurdes irakiens ont soulignĂ© Ă  plusieurs reprises que le PKK n'avait pas de structures civiles susceptibles d'ĂȘtre visĂ©es. D’ailleurs l'Irak a, le 23 octobre, interdit les activitĂ©s sur son sol du PKK et le massif du Qandil, situĂ©e de 120 Ă  150 km au nord-est d'Erbil, est une redoutable forteresse naturelle, alternant les cimes et les vallĂ©es profondes, couverte de forĂȘts et propice aux opĂ©rations de guĂ©rilla. Cette montagne part de la pointe extrĂȘme du Kurdistan de Turquie puis court le long de la frontiĂšre avec l'Iran.

Les Kurdes de Turquie craignent Ă©galement de pĂątir d'Ă©ventuelles sanctions turques contre le Kurdistan irakien, avec la fermeture potentielle de la frontiĂšre. Le Conseil national de sĂ©curitĂ© turc (MGK), dont les recommandations sont gĂ©nĂ©ralement suivies Ă  la lettre par le gouvernement, s'est prononcĂ© le 24 octobre pour des sanctions Ă©conomiques contre les Kurdes d'Irak. Une opĂ©ration militaire aurait de lourdes consĂ©quences Ă©conomiques, avec la fermeture du poste-frontiĂšre d'Habur, une grande partie de la population vivant du commerce transfrontalier. Aujourd'hui, l'Ă©conomie rĂ©gionale repose essentiellement sur la circulation des camions qui transportent des biens de consommation en Irak et reviennent chargĂ©s de carburant bon marchĂ©. Un tel blocus aurait un coĂ»t de 400 millions de dollars (280 millions d'euros) par an pour le Kurdistan irakien, assure le 25 octobre le quotidien Ă  grand tirage HĂŒrriyet. La Turquie fournit de l'Ă©lectricitĂ© au Kurdistan irakien et le volume du commerce frontalier s'Ă©lĂšve Ă  plusieurs centaines de millions de dollars par an. De nombreux entrepreneurs turcs font en outre des affaires avec le Kurdistan l'Irak. MalgrĂ© les difficultĂ©s, l'Irak reste un marchĂ© juteux pour la Turquie et c'est l'un des rares pays avec lesquels Ankara enregistre un excĂ©dent commercial. Les exportations turques vers l'Irak se sont Ă©levĂ©es Ă  1,18 milliard d'euros pour les huit premiers mois de l'annĂ©e, aprĂšs 1,73 milliards en 2006, selon les chiffres officiels. Les importations irakiennes en Turquie ont en revanche pĂ©niblement atteint 106 millions d'euros pour les huit premiers mois de l'annĂ©e aprĂšs 259 millions pour l'ensemble de 2006. Alors que la grande majoritĂ© des exportations turques passent actuellement par le poste de Habur, Ankara envisagerait en cas de sanctions contre le Kurdistan irakien de faire passer son commerce vers l'Irak par les postes frontaliers syriens, selon la presse turque. Dans ce cas, se plaignent les chauffeurs routiers, le voyage serait encore plus long et surtout plus dangereux Ă  l'intĂ©rieur du territoire irakien alors que le Kurdistan est l'une des rares zones pacifiĂ©es du pays. 15 Ă  18 millions de Kurdes vivent en Turquie selon la Commission europĂ©enne. Afin de favoriser son rapprochement avec l'Union europĂ©enne, la Turquie a rĂ©cemment aboli l'Ă©tat d'urgence en vigueur 15 ans durant dans la rĂ©gion et assoupli certaines restrictions affectant la langue et la vie culturelle kurdes mais les Kurdes jugent ces mesures « cosmĂ©tiques ».

La question kurde sera abordĂ©e lors d'une rencontre des pays voisins de l'Irak Ă  Istanbul dĂ©but novembre. La secrĂ©taire d'Etat amĂ©ricaine, Condoleezza Rice doit s'entretenir avec le prĂ©sident turc Abdullah GĂŒl et M. Erdogan Ă  Ankara. Elle doit ensuite assister Ă  Istanbul Ă  cette rĂ©union internationale des voisins de l'Irak, les 2 et 3 novembre, Ă  laquelle devrait participer le chef de la diplomatie irakienne Hoshyar Zebari. Les Etats-Unis redoutent qu'une intervention turque au Kurdistan irakien ne dĂ©sĂ©quilibre une des rares rĂ©gions du pays relativement Ă©pargnĂ©e par l'instabilitĂ©. L'administration amĂ©ricaine a dĂ©ployĂ© une activitĂ© diplomatique intense pour rĂ©frĂ©ner le gouvernement d'Ankara mais les relations turco-amĂ©ricaines traversent une zone de turbulences. La Turquie lancera une opĂ©ration « quand ce sera nĂ©cessaire », a, le 27 septembre, averti le Premier ministre turc, qui s'est montrĂ© excĂ©dĂ© par les appels Ă  la retenue des Etats-Unis. Les relations entre les deux alliĂ©s au sein de l'Otan ont notamment Ă©tĂ© crispĂ©es en octobre par un projet de rĂ©solution du CongrĂšs amĂ©ricain. Le texte, adoptĂ© en commission, reconnaĂźt comme un gĂ©nocide les massacres d'ArmĂ©niens qui ont fait plus de 1,5 million de morts aprĂšs 1915 sous l'Empire ottoman. Les parlementaires amĂ©ricains semblent cependant avoir ravalĂ© leurs intentions de se prononcer sur le texte en sĂ©ance plĂ©niĂšre, devant la menace d'un retrait par la Turquie de son important soutien logistique aux opĂ©rations amĂ©ricaines en Irak et devant l'aggravation des tensions Ă  la frontiĂšre irakienne mais certains n’hĂ©sitent pas Ă  parler de concessions faites Ă  la Turquie sur la question kurde aprĂšs le vote de cette rĂ©solution. Pour Joost Hiltermann de l’International Crisis Group, « une incursion militaire par la Turquie semble hautement improbable (
) Leurs bruits de bottes sont destinĂ©s Ă  Washington pour qu'il fasse pression sur Bagdad pour prendre des mesures pour rĂ©gler ce problĂšme ». De plus, l’armĂ©e turque monte la pression d’un cran Ă  cause du dĂ©sir des Kurdes d’Irak d’intĂ©grer officiellement et par rĂ©fĂ©rendum la ville pĂ©troliĂšre de Kirkouk au Kurdistan irakien. L’article 140 de la Constitution irakienne dispose que le statut de la ville sera tranchĂ©e par rĂ©fĂ©rendum aprĂšs recensement de la population et avant la fin de l’annĂ©e 2007. Le Premier ministre turc attache une grande importance Ă  sa rencontre avec le prĂ©sident amĂ©ricain George W. Bush Ă  la Maison Blanche, prĂ©vue le 5 novembre. L'accĂšs Ă  l'espace aĂ©rien turc est crucial pour les Etats-Unis: 70% du fret aĂ©rien amĂ©ricain, 30% du carburant et 95% des nouveaux vĂ©hicules blindĂ©s destinĂ©s Ă  l'Irak transitent en effet par la base aĂ©rienne d'Incirlik (sud de la Turquie).

Le parlement kurde irakien, rĂ©uni en session extraordinaire, a, le 24 octobre, lancĂ© un appel aux Nations unies, aux Etats-Unis et Ă  la Grande-Bretagne pour qu'ils empĂȘchent la Turquie d'envahir son territoire. Il a parallĂšlement exhortĂ© le PKK Ă  respecter la souverainetĂ© irakienne. La Commission europĂ©enne et le Portugal, qui prĂ©side actuellement l'Union europĂ©enne, ont mis en garde Ankara contre toute incursion militaire en Irak et l'ont exhortĂ© Ă  dialoguer avec Bagdad pour mettre fin aux attaques. Le diplomate en chef de l'UE Javier Solana a appelĂ© la Turquie Ă  la retenue, en soulignant que l'intĂ©gritĂ© territoriale de l'Irak Ă©tait « fondamentale ». Paris « continue d'appeler les autoritĂ©s turques et irakiennes Ă  trouver une solution pour mettre un terme Ă  cette situation », a, le 25 octobre, dĂ©clarĂ© Ă  la presse la porte-parole du ministĂšre des Affaires Ă©trangĂšres, Pascale AndrĂ©ani. « La France rappelle son attachement Ă  l'unitĂ©, Ă  la souverainetĂ© et Ă  l'intĂ©gritĂ© territoriale de l'Irak », a-t-elle ajoutĂ©. « Elle rĂ©itĂšre sa condamnation des violences du PKK et salue la dĂ©cision des autoritĂ©s irakiennes d'interdire Ă  cette organisation terroriste d'utiliser le territoire de l'Irak pour ses activitĂ©s contre la Turquie », a poursuivi Mme AndrĂ©ani. Le commissaire europĂ©en Ă  l'Elargissement Olli Rehn a appelĂ© la Turquie et l'Irak Ă  rĂ©gler « par la coopĂ©ration » le problĂšme. A Bagdad, le Parlement irakien a, le 20 octobre, votĂ© une motion condamnant la menace militaire turque, tout en exigeant le dĂ©part du PKK de l'Irak et en appelant le gouvernement Ă  prendre « les mesures appropriĂ©es ».

Les autoritĂ©s allemandes craignent Ă©galement des affrontements entre les communautĂ©s kurdes et turques. Á Berlin, de violents affrontements nocturnes Ă  coups de pierre et de bouteilles blessant entre autres 18 policiers ont, le 28 octobre, lieu entre Kurdes et nationalistes turcs. Quatorze personnes ont Ă©tĂ© interpellĂ©es aprĂšs ces bagarres en marge d'une manifestation de soutien au gouvernement d'Ankara, Ă  l'appel d'une organisation nationaliste turque, qui avait rassemblĂ© plusieurs centaines de personnes. La manifestation a dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© lorsque des manifestants se sont dirigĂ©s vers un centre culturel kurde. Selon le syndicat des policiers DPOIG, les manifestants les plus violents se sont livrĂ©s Ă  une vĂ©ritable « chasse aux Kurdes », contraignant ces derniers Ă  se rĂ©fugier dans des cafĂ©s ou des entrĂ©es d'immeubles pour Ă©chapper aux violences. Quelque 400 policiers sont intervenus pour sĂ©parer les belligĂ©rants, notamment avec des matraques et des aĂ©rosols de gaz lacrymogĂšne, rapportent les journaux allemands. « Le conflit Ă  la frontiĂšre turco-irakienne s'est dĂ©jĂ  Ă©tendu Ă  Berlin », a commentĂ© la responsable des services de renseignement intĂ©rieur de la ville-Etat de Berlin, Claudia Schmid. « On peut s'attendre Ă  de nouveaux affrontements entre Kurdes et Turcs », a-t-elle ajoutĂ©, imputant la responsabilitĂ© des violences Ă  des groupes proches de l'organisation turque d'extrĂȘme droite des Loups gris. Quelque 3.500 personnes ont Ă©galement manifestĂ© le 28 octobre Ă  Salzbourg, en Autriche, contre le PKK. Quelque 200.000 ressortissants turcs vivent en Autriche sur un total d’environ 800.000 Ă©trangers.


PARIS : JALAL TALABANI EN VISITE OFFICIELLE EN FRANCE REÇU Á L’ÉLYSÉE ET AU QUAI D’ORSAY

Le prĂ©sident irakien Jalal Talabani est, le 16 octobre, arrivĂ© Ă  Paris pour une visite officielle. Á l'issue d'un entretien avec le prĂ©sident français Nicolas Sarkozy, Ă  l'ElysĂ©e, le PrĂ©sident irakien a, le 17 octobre, dĂ©claré : « Nous espĂ©rons que la sagesse de notre ami le Premier ministre Erdogan fera qu'il n'y aura pas d'intervention militaire ». « Nous n'avons pas l'impression qu'il y ait des tensions entre les gouvernements turc et irakien », a-t-il poursuivi Ă  quelques heures du vote du parlement turc sur une Ă©ventuelle intervention au Kurdistan irakien. « Le ministre irakien de l'IntĂ©rieur Ă©tait en Turquie derniĂšrement et il a signĂ© un accord de sĂ©curitĂ©. Nous avons de bonnes relations avec la Turquie ». « Le vice-prĂ©sident de la RĂ©publique, M. (Tarek) al-HachĂ©mi se trouve actuellement Ă  Ankara. Il a eu des entretiens trĂšs fructueux avec les autoritĂ©s turques », a-t-il ajoutĂ©. Le gouvernement central irakien et le gouvernement autonome du Kurdistan irakien sont prĂȘts Ă  coopĂ©rer et Ă  dialoguer avec les autoritĂ©s turques pour parvenir « de façon amicale et pacifique » Ă  un accord, a encore dĂ©clarĂ© Jalal Talabani. « Nous souhaitons l'activation du comitĂ© formĂ© par les AmĂ©ricains, la Turquie et l'Irak pour rĂ©gler ce problĂšme », a prĂ©cisĂ© le prĂ©sident irakien. « Nous considĂ©rons que les activitĂ©s du PKK sont d'abord contre les intĂ©rĂȘts du peuple kurde, ainsi que contre les intĂ©rĂȘts de la Turquie, contre le nouveau cours de la dĂ©mocratie en Turquie », a ajoutĂ© le PrĂ©sident irakien. « Nous avons demandĂ© au PKK d'arrĂȘter ses activitĂ©s militaires. Sinon nous lui demanderons de quitter notre pays parce que le gouvernement rĂ©gional et le peuple kurde ne tolĂšreront pas de telles activitĂ©s ». Il a souhaitĂ© que la France contribue Ă  dissuader les « voisins » de l'Irak d'intervenir dans ses affaires intĂ©rieures.

Á l’ÉlysĂ©e, le prĂ©sident irakien a saluĂ© les relations entre Bagdad et Paris, « un entretien rĂ©ussi » avec Nicolas Sarkozy. « Nous avons reçu des assurances sur l'amitiĂ© renforcĂ©e de la France et Ă©galement sur l'aide que la France est prĂȘte Ă  nous fournir dans tous les domaines », a dĂ©clarĂ© M. Talabani en soulignant aussi le rĂŽle « extrĂȘmement positif » de Paris au sein de l'Union europĂ©enne et de la communautĂ© internationale. Nicolas Sarkozy « a confirmĂ© que la France aiderait l'Irak », a confirmĂ© son porte-parole David Martinon. Un consulat français ouvrira ainsi « en 2008 » Ă  Erbil, dans la capitale du Kurdistan irakien. Le prĂ©sident français a encouragĂ© les entreprises françaises Ă  investir en Irak et a promis une « aide Ă  la formation des forces de sĂ©curité » ainsi qu' « en matiĂšre de santé ». M. Talabani a indiquĂ© que le groupe Total avait eu des « discussions directes » avec le ministĂšre irakien du PĂ©trole. « Il y a une forte dĂ©termination du prĂ©sident de la RĂ©publique Ă  aider l'Irak », a affirmĂ© M. Martinon qui a ajoutĂ© « nous voulons un Irak fort, uni, dĂ©mocratique, rĂ©concilié ». Selon lui, l'aide en matiĂšre de santĂ© sera prodiguĂ©e Ă  partir d'Erbil et la formation des forces de sĂ©curitĂ© irakiennes, notamment de la police, dĂ©jĂ  engagĂ©e, se dĂ©roule en France et non en Irak.

AprĂšs un entretien au Quai d'Orsay avec le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner, qu'il avait reçu en aoĂ»t Ă  Bagdad, Jalal Talabani a averti que la Turquie ne devait pas s'attendre Ă  recevoir beaucoup d'aide de la part des forces de sĂ©curitĂ© irakiennes, dans sa lutte contre le PKK. « Le gouvernement irakien ne peut pas se battre contre le PKK avec ses forces armĂ©es, parce que nous sommes actuellement occupĂ©s Ă  maintenir et Ă  Ă©tablir la sĂ©curitĂ© et la paix (
) Nous avons besoin de nos forces de sĂ©curitĂ© pour la paix dans les rues de Bagdad, pas dans les montagnes kurdes  » a-t-il soulignĂ©.


LA TURQUIE ESSAIE D’OBTENIR L’AVAL DE TÉHÉRAN ET DE DAMAS POUR UNE INTERVENTION AU KURDISTAN IRAKIEN

Le prĂ©sident syrien Bachar al-Assad est arrivĂ© le 16 octobre Ă  Ankara Ă  l’invitation de son homologue turc. Le 6 octobre, au cours d'une visite Ă  Damas, le chef de la diplomatie turc Ali Babacan avait remis une invitation du prĂ©sident turc Abdullah GĂŒl Ă  son homologue syrien Ă  se rendre en Turquie. Lors d'un point de presse conjoint le 17 octobre avec son homologue turc Abdullah GĂŒl, Bachar al-Assad a affirmĂ© soutenir une Ă©ventuelle intervention de l'armĂ©e turque au Kurdistan irakien, jugeant qu'une telle opĂ©ration dĂ©coulerait d'un « droit lĂ©gitime » de la Turquie. « Nous appuyons les dĂ©cisions qui sont Ă  l'ordre du jour du gouvernement turc en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme et les activitĂ©s terroristes », a-t-il dĂ©clarĂ©. Bachar al-Assad a prĂ©venu qu'une Ă©ventuelle partition de l'Irak mettrait le Proche Orient Ă  feu et Ă  sang, a rapportĂ© le journal Radikal, le 19 octobre. « Nous sommes en accord total avec la Turquie sur le fait que l'intĂ©gritĂ© territoriale de l'Irak doit ĂȘtre prĂ©servĂ©e », a-t-il ajoutĂ©. Il a cependant affinĂ© son propos, prĂ©cisant que « le problĂšme ne peut pas ĂȘtre rĂ©solu en Ă©tant considĂ©rĂ© seulement sous l'angle militaire et sĂ©curitaire ». « Il ne peut y avoir de rĂ©sultat sans le soutien d'efforts politiques », a-t-il poursuivi, soulignant qu'il fallait « donner une chance » au gouvernement du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki.

Le prĂ©sident syrien est le premier dirigeant arabe Ă  se prononcer en faveur des plans turcs d'intervenir militairement dans le Kurdistan irakien. Ankara et Damas sont opposĂ©s Ă  toute autonomie du Kurdistan irakien, estimant qu'un tel dĂ©veloppement pourrait alimenter le sĂ©paratisme au sein de leurs propres populations kurdes. Ironie du sort, en 1998, le Turquie avait menacĂ© la Syrie d'intervention militaire si elle continuait de soutenir le PKK, obtenant de Damas l'expulsion du chef de l’organisation, Abdullah Öcalan, capturĂ© l'annĂ©e suivante au Kenya. Le dĂ©placement de M. Assad en Turquie est le deuxiĂšme depuis sa visite historique de 2004, la premiĂšre d'un prĂ©sident syrien depuis l'indĂ©pendance de la Syrie en 1946. Damas prĂ©voit d’autre part de participer Ă  une rĂ©union des pays voisins de l'Irak prĂ©vue en novembre Ă  Istanbul. La Turquie joue d'autre part le rĂŽle de mĂ©diateur entre la Syrie et IsraĂ«l en vue d'une reprise des nĂ©gociations de paix israĂ©lo-syriennes.

Par ailleurs, le prĂ©sident iranien dont le pays est le principal alliĂ© de la Syrie dans la rĂ©gion n’a pas apportĂ© son soutien Ă  une Ă©ventuelle intervention militaire turque. Le ministre turc des Affaires Ă©trangĂšres, Ali Babacan, qui s’est rendu le 28 octobre en Iran et dĂ©clarĂ© que l'option militaire restait ouverte, n'a pas obtenu le soutien de TĂ©hĂ©ran. « Il y a diffĂ©rentes mĂ©thodes (
) Nous espĂ©rons que notre coopĂ©ration nous permettra de rĂ©soudre ce problĂšme le plus rapidement possible », a indiquĂ© M. Mottaki. Le prĂ©sident iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a aussi privilĂ©giĂ© une solution politique lors d'une conversation tĂ©lĂ©phonique avec le Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki. Les deux responsables ont soulignĂ© le 27 octobre « que l'option militaire n'Ă©tait pas la seule pour trouver une solution Ă  la crise qui doit ĂȘtre rĂ©solue de façon pacifique », selon un communiquĂ© du bureau du Premier ministre irakien publiĂ© le lendemain Ă  Bagdad. TĂ©hĂ©ran estime qu'une intervention turque affaiblira le gouvernement irakien, formĂ© par des groupes chiites et kurdes alliĂ©s de l'Iran. M. Ahmadinejad, qui s'est Ă©galement entretenu au tĂ©lĂ©phone avec son homologue irakien, Jalal Talabani, a en effet dĂ©clarĂ© que « le prĂ©sident et le Premier ministre irakiens sont hostiles aux actions terroristes et feront tout pour rĂ©primer les terroristes ».

Le ministre iranien des Affaires Ă©trangĂšres s’est ensuite rendu Ă  Damas pour s’entretenir avec le prĂ©sident syrien Bachar al-Assad. Lors d'une confĂ©rence de presse avec son homologue iranien, le ministre syrien des affaires Ă©trangĂšres, M. Mouallem, a dĂ©clarĂ© que « les Iraniens dĂ©ploient des efforts qui complĂštent ceux faits par la Syrie, car nous voulons donner une chance Ă  une solution politique » au problĂšme.


WASHINGTON : LA COMMISSION DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DE LA CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS RECONNAIT LE GÉNOCIDE ARMÉNIEN

Contre l'avis de George W. Bush, la commission des Affaires Ă©trangĂšres de la Chambre des reprĂ©sentants a, le 10 octobre, approuvĂ© une rĂ©solution qualifiant de gĂ©nocide la mort de centaines de milliers d'ArmĂ©niens en Turquie en 1915. Les membres de la commission ont approuvĂ© par 27 voix pour et 21 contre le texte, qui doit maintenant ĂȘtre examinĂ© par la Chambre des reprĂ©sentants. Ankara rejette catĂ©goriquement le terme de gĂ©nocide pour qualifier les massacres de centaines de milliers d'ArmĂ©niens aprĂšs 1915 sous l'Empire ottoman --auquel la Turquie Ă  succĂ©dĂ© en 1923-- et parle de reprĂ©sailles contre un peuple alliĂ© avec l'ennemi russe pendant la PremiĂšre Guerre mondiale. Le gĂ©nocide armĂ©nien a fait plus de 1,5 million de morts en 1915. Plusieurs gouvernements, Parlements, organisations et de nombreux Etats amĂ©ricains reconnaissent officiellement un gĂ©nocide.

Le prĂ©sident turc Abdullah Gul a qualifiĂ© d' « inacceptable » le texte, adoptĂ© en dĂ©pit des avertissements d'Ankara et de ceux du prĂ©sident George W. Bush qui avait mobilisĂ© tout son gouvernement contre l'emploi du terme de gĂ©nocide armĂ©nien. Dans un communiquĂ©, le gouvernement turc a affirmĂ© que promouvoir le texte controversĂ© « mettra en pĂ©ril dans une pĂ©riode trĂšs sensible un partenariat stratĂ©gique » entre Washington et Ankara. InterrogĂ© par des journalistes, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a assurĂ© que son cabinet ferait tout son possible pour empĂȘcher l'adoption du texte par la Chambre des reprĂ©sentants en plĂ©niĂšre et Ă©tudiait sa riposte si ses efforts se rĂ©vĂ©laient insuffisants. « Nous allons continuer notre action avant qu'il (le texte) arrive en plĂ©niĂšre », a dĂ©clarĂ© M. Erdogan. « AprĂšs cela, il y des mesures que nous pouvons prendre, mais le temps n'est pas venu d'en parler », a-t-il ajoutĂ©. Le chef d'Ă©tat-major de l'armĂ©e turque, le gĂ©nĂ©ral Yasar Buyukanit, a, le 14 octobre, averti que les relations entre la Turquie et Washington ne seront plus les mĂȘmes si le CongrĂšs amĂ©ricain vote ce projet de loi. « Si la rĂ©solution qui a Ă©tĂ© votĂ©e en commission est adoptĂ©e par la Chambre des reprĂ©sentants, nos relations dans le domaine militaire avec les Etats-Unis ne seront plus jamais les mĂȘmes », a-t-il dĂ©clarĂ© au journal Milliyet. La Turquie a Ă©galement rappelĂ© son ambassadeur Ă  Washington, Nabi Sensoy, pour protester contre le vote. La presse turque ne mĂąche pas ses mots Ă  l'Ă©gard des Ă©lus amĂ©ricains qui ont votĂ© le texte: « 27 imbĂ©ciles amĂ©ricains », Ă©crit le 11 octobre le journal Vatan.

La Maison Blanche s'est pour sa part dĂ©clarĂ©e « déçue » et a assurĂ© que le prĂ©sident George W. Bush allait « rĂ©itĂ©rer son opposition » Ă  ce texte. Le secrĂ©taire amĂ©ricain Ă  la DĂ©fense Robert Gates et la secrĂ©taire d'Etat Condoleezza Rice ont proposĂ© de donner des instructions secrĂštes aux membres de la Chambre des reprĂ©sentants, au sujet des « intĂ©rĂȘts de sĂ©curitĂ© nationale » qui sont en jeu. De hauts responsables militaires amĂ©ricains, dont l'amiral Michael Mullen, chef d'Ă©tat-major interarmĂ©es, ont Ă©galement dĂ©crit les rĂ©percussions potentielles que cette rĂ©solution pourrait avoir si elle Ă©tait votĂ©e par la Chambre des reprĂ©sentants. Dans une lettre adressĂ©e Ă  la prĂ©sidente de la Chambre des reprĂ©sentants Nancy Pelosi, Robert Gates et Condoleeza Rice ont rappelĂ© que la condamnation de la nĂ©gation du gĂ©nocide armĂ©nien par l'AssemblĂ©e nationale en France l'an dernier avait poussĂ© la Turquie Ă  annuler des accords militaires avec ce pays. « Une rĂ©action similaire du gouvernement turc Ă  une rĂ©solution de la Chambre des reprĂ©sentants pourrait nuire aux troupes amĂ©ricaines sur le terrain, entraver notre capacitĂ© Ă  approvisionner nos troupes en Irak et en Afghanistan, et causer des dommages significatifs Ă  nos efforts en faveur de la rĂ©conciliation entre l'ArmĂ©nie et la Turquie, Ă  un moment clef de leurs relations », ont dĂ©clarĂ© Robert Gates et Condoleeza Rice dans leur lettre. M. Gates a soulignĂ© la « forte dĂ©pendance » amĂ©ricaine de la Turquie: 70% du ravitaillement aĂ©rien destinĂ© Ă  l'Irak, un tiers du carburant et 95% des engins blindĂ©s contre les explosifs, vitaux pour les soldats amĂ©ricains, transitent par la Turquie. Ils ont pressĂ© Nancy Pelosi d'empĂȘcher que le texte soit mis Ă  l'ordre du jour, de peur qu'il soit acceptĂ©. Huit anciens secrĂ©taires d'Etat avaient Ă©galement Ă©crit Ă  Nancy Pelosi pour s'opposer au texte en brandissant un risque de mise en danger de la sĂ©curitĂ© nationale amĂ©ricaine. La prĂ©sidente dĂ©mocrate de la Chambre des reprĂ©sentants a indiquĂ© qu'elle avait bien l'intention de soumettre le texte au vote de l'assemblĂ©e plĂ©niĂšre.

Dans le camp arménien, le vote au CongrÚs américain a été accueilli avec satisfaction. « Nous saluons cette décision » de la commission américaine, a déclaré lors d'un point presse à Bruxelles le président arménien Robert Kotcharian qui espÚre une « reconnaissance complÚte par les Etats-Unis des effets du génocide ». « Le fait que la Turquie refuse de reconnaßtre (le génocide) ne lui permet pas d'obliger d'autres pays à renier eux aussi la vérité historique », a-t-il ajouté. Le vice-président du parti de la justice et du développement (AKP-au pouvoir), Egemen Bagis, a, le 16 octobre, déclaré que la Turquie devrait prendre des sanctions contre l'Arménie. Pour sa part, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a condamné le 11 octobre les « massacres » d'Arméniens par l'Empire ottoman tout en refusant de se prononcer sur l'emploi du mot génocide.

Les autoritĂ©s turques essaient de rĂ©parer les pots cassĂ©s en empĂȘchant par une panoplie de mesures diplomatiques -annulation de manƓuvres militaires et de visites - que le texte ne soit adoptĂ© en sĂ©ance plĂ©niĂšre. Les dirigeants civils et militaires turcs se sont concertĂ©s aprĂšs le vote pour envisager des mesures de rĂ©torsion contre les Etats-Unis. Une visite aux Etats-Unis du ministre turc du Commerce a Ă©tĂ© annulĂ©e ainsi qu'une rĂ©union du Conseil du commerce amĂ©ricano-turc. La Turquie pourrait en outre restreindre l'accĂšs des forces amĂ©ricaines Ă  la base aĂ©rienne d'Incirlik et prendre d'autres mesures de reprĂ©sailles dans le domaine de la coopĂ©ration militaire entre les deux alliĂ©s de l'Otan. Le Pentagone planche d’ailleurs sur des alternatives pour approvisionner les troupes amĂ©ricaines en Irak. Si la Turquie bloquait l'accĂšs Ă  son territoire, « cela aurait un impact significatif sur les opĂ©rations amĂ©ricaines en Irak mais aussi sur le commerce irakien », a fait valoir le gĂ©nĂ©ral amĂ©ricain Carter Ham, en confirmant que des solutions de rechange Ă©taient Ă  l'Ă©tude. « Cela impliquerait probablement des coĂ»ts plus Ă©levĂ©s, entre autres choses. Nous prĂ©fĂ©rerions Ă©videmment conserver l'accĂšs que nous avons aujourd'hui » en Turquie, a-t-il conclu. Selon le Pentagone, l'arrĂȘt de la coopĂ©ration turque pourrait Ă©galement « augmenter les dĂ©lais de livraisons et les risques d'attaques des convois par les insurgĂ©s ».

Ce dĂ©veloppement intervient alors que le Premier ministre turc s'apprĂȘte Ă  demander au Parlement, d'autoriser une intervention militaire au Kurdistan irakien. « Malheureusement, il y a un lien qui est Ă©tabli entre la rĂ©solution et une incursion turque dans le nord de l'Irak car l'opinion publique turque est trĂšs remontĂ©e contre les Etats-Unis », a dĂ©clarĂ© le 12 octobre Faruk Logoglu, un ancien ambassadeur de Turquie Ă  Washington.


800 000 PERSONNES DÉPLACÉES AU KURDISTAN IRAKIEN SELON LE HAUT COMMISSARIAT AUX RÉFUGIÉS

Les violences et l'absence de revenus ont conduit prĂšs de 4,5 millions d'Irakiens Ă  abandonner leur foyer ou fuir Ă  l'Ă©tranger, selon le Haut commissariat aux rĂ©fugiĂ©s de l'ONU. Selon le HCR, prĂšs de 2,3 millions de personnes ont Ă©tĂ© dĂ©placĂ©es en Irak. Le nombre d'Irakiens ayant fui dans des pays voisins a atteint plus de 2,2 millions. Plus d'un million des personnes dĂ©placĂ©es en Irak mĂȘme avaient fui leur foyer avant le dĂ©but de l'intervention amĂ©ricaine en 2003. Les dĂ©placements sont continuels en Irak, « au rythme de 1.000 Ă  2.000 par jour », toujours selon le HCR.

Le HCR est particuliĂšrement attentif Ă  la situation du Kurdistan irakien qui abrite dĂ©jĂ  plus de 800.000 personnes dĂ©placĂ©es. Mais toute incursion militaire turque dans le Kurdistan irakien pourrait accroĂźtre le nombre d'habitants qui dĂ©sertent leurs foyers et fermer l'une des rares issues offertes aux rĂ©fugiĂ©s cherchant Ă  quitter l'Irak, indiquent des reprĂ©sentants de l'aide humanitaire. Selon des travailleurs humanitaires, plusieurs centaines de personnes ont dĂ©jĂ  fui des villages frontaliers Ă  la suite de bombardements intervenus. Astrid van Genderen Stort, porte-parole du Haut Commissariat de l'Onu pour les rĂ©fugiĂ©s (HCR) a, le 23 octobre, dĂ©clarĂ© que « si une opĂ©ration militaire a vraiment lieu, l'un des rares refuges ouverts aux Irakiens cessera peut-ĂȘtre d'exister ». Le Kurdistan irakien a Ă©chappĂ© aux violences intercommunautaires qui font rage ailleurs dans le pays c’est pourquoi quelque 160.000 Irakiens de confessions chiite et sunnite vivent dans la rĂ©gion parmi les Kurdes. Dana Graber Ladek, de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a pour sa part dĂ©clarĂ© que « des attaques turques pourraient entraĂźner de nouveaux dĂ©placements (
) Nous prĂ©voyons de crĂ©er des centres d'accueil pour le cas oĂč il y aurait de nouveaux dĂ©placements. A notre connaissance, les autoritĂ©s kurdes ne comptent pas mettre en place des camps, mais elles ont placĂ© des hĂŽpitaux en Ă©tat d'alerte ». Selon des organismes humanitaires, environ 4,2 millions d'Irakiens se sont enfuis de chez eux depuis 2003, et ce problĂšme de rĂ©fugiĂ©s continue de s'amplifier. La moitiĂ© d'entre eux environ sont toujours en Irak, l'autre moitiĂ© ayant gagnĂ© l'Ă©tranger, principalement la Syrie et la Jordanie. Ces deux pays imposent Ă  prĂ©sent des restrictions sur les octrois de visas aux Irakiens.

Par ailleurs, au terme d'un accord nĂ©gociĂ© entre l'Iran et le Kurdistan irakien, les cinq postes-frontiĂšres dissĂ©minĂ©s le long des 120 km sĂ©parant le Kurdistan irakien de l'Iran ont, le 8 octobre, Ă©tĂ© rouverts. Ces postes Ă©taient fermĂ©s depuis le 24 septembre en reprĂ©sailles Ă  la capture d'un Iranien par les forces amĂ©ricaines. Selon les autoritĂ©s kurdes, la dĂ©cision iranienne a coutĂ© un million de dollars de pertes par jour pour la rĂ©gion. L’accord entre le gouvernement rĂ©gional du Kurdistan et l'Iran prĂ©voit l'ouverture de deux consulats iraniens Ă  Souleimaniyeh et Ă  Erbil, ainsi que la mise en activitĂ© de deux consulats irakiens Ă  Kermanshah et Urmia, deux villes kurdes du Kurdistan iranien. Les deux parties « se sont engagĂ©es Ă  ce que leur territoire ne soit pas utilisĂ© par des groupes armĂ©s ou pour des activitĂ©s armĂ©es hostiles », selon l'accord citĂ©. Enfin, « le Kurdistan irakien fera tous les efforts pour obtenir la libĂ©ration de l'Iranien interpellĂ© le 20 septembre par les troupes amĂ©ricaines », selon les autoritĂ©s kurdes.


IRAK : AU TROISIÈME TRIMESTRE LA VIOLENCE DIMINUE DE 70 %

Le gĂ©nĂ©ral Abdoul-Karim Khalaf, porte-parole du ministre de l'IntĂ©rieur, a, le 22 octobre, annoncĂ© que la violence a diminuĂ© de 70% au troisiĂšme trimestre en Irak par rapport aux trois mois qui ont prĂ©cĂ©dĂ©. Á Bagdad, les explosions de voitures piĂ©gĂ©es ont diminuĂ© de 67% tandis que le nombre de cadavres retrouvĂ©s dans les rues a baissĂ© de prĂšs d'un tiers. Dans la province de l'Anbar, oĂč ont aussi portĂ© les efforts des forces irakiennes et de l'armĂ©e amĂ©ricaine, les morts violentes ont chutĂ© de 82%. Selon le gĂ©nĂ©ral Khalaf, « ces chiffres traduisent une amĂ©lioration progressive du contrĂŽle de la situation en matiĂšre de sĂ©curité » depuis l'arrivĂ©e au premier semestre de 30.000 militaires amĂ©ricains supplĂ©mentaires. NĂ©anmoins, les attentats Ă  la voiture piĂ©gĂ©e ont augmentĂ© de 129% et le nombre de morts de 114% dans la province de Ninive, oĂč les divers activistes sunnites, dont ceux d'Al QaĂŻda, se sont regroupĂ©s aprĂšs leurs revers Ă  Bagdad et dans l'Anbar. Selon des chiffres officiels irakiens publiĂ©s le 28 octobre le nombre des civils tuĂ©s a atteint en octobre son niveau le plus bas depuis 20 mois. Pour les quatre premiĂšres semaines d'octobre, 285 civils et membres des forces de sĂ©curitĂ© irakiennes ont Ă©tĂ© tuĂ©s dans des violences, selon des chiffres fournis par trois ministĂšres: IntĂ©rieur, DĂ©fense, et SantĂ©. Octobre 2007 a Ă©galement Ă©tĂ© marquĂ© par une rĂ©duction du nombre des morts amĂ©ricains avec 35 tuĂ©s, soit la moitiĂ© du mois prĂ©cĂ©dent qui s'Ă©tait conclu sur un chiffre de 71 soldats tuĂ©s.

Á Ramadi, Ă  110 km Ă  l'ouest de Bagdad, l'heure est aujourd’hui Ă  la reconstruction et au retour Ă  la paix. Dans ce bastion des terroristes, les GI sont dĂ©sormais conviĂ©s Ă  dĂ©jeuner chez les notables. Les soldats amĂ©ricains ont endossĂ© le rĂŽle d'urbanistes, de gestionnaires des relations entre communautĂ©s et d'acteurs politiques. Les officiers amĂ©ricains et leurs hommes conduisent un recensement, enregistrent les armes, rĂ©parent les Ă©gouts, veillent Ă  ce que les prix du combustible pour la cuisine et le chauffage restent raisonnables, approuvent des contrats pour la construction d'Ă©coles ou de parkings, et, peut-ĂȘtre le plus important, entretiennent des relations avec les policiers et citoyens irakiens. La violence dans la province troublĂ©e d'Anbar, oĂč se trouve Ramadi, est loin d'ĂȘtre terminĂ©e, mais elle reflue. Depuis le dĂ©but de l'annĂ©e 135 soldats de la coalition amĂ©ricaine y ont Ă©tĂ© tuĂ©s, soit 16% des pertes militaires en Irak, selon des statistiques compilĂ©es le 29 octobre par l'Associated Press. Entre 2004 et 2006, ce chiffre s'Ă©levait en moyenne Ă  345 par an (41% des pertes). L'an dernier pourtant, les responsables du renseignement des Marines considĂ©raient la province d'Anbar comme perdue. Les terroristes sunnites Ă©taient si bien implantĂ©s dans la rĂ©gion que l'Etat islamique d'Irak, une organisation liĂ©e Ă  Al-QaĂŻda, avait revendiquĂ© Ramadi comme sa capitale. Un tournant important a Ă©tĂ© pris avec la crĂ©ation l'an dernier du Conseil de l'Ă©veil de l'Anbar par le cheikh Abdul Sattar Abou Risha, une personnalitĂ© charismatique qui a uni des dizaines de tribus sunnites contre Al-QaĂŻda. ExcĂ©dĂ© par la violence et dĂ©sireux de se venger d'Al-QaĂŻda, qui a tuĂ© dix membres de sa famille, Abou Risha a persuadĂ© de nombreux habitants de rejoindre la force de police. Al-QaĂŻda a rĂ©pliquĂ© en tuant Abou Risha dans un attentat le mois dernier mais sa mort n'a pas affaibli le processus de normalisation en cours.

Tandis que les chiffres amĂ©ricains confirment les progrĂšs dans la lutte contre Al QaĂŻda dans le Nord, une instabilitĂ© croissante s'installe dans le Sud, oĂč les affrontements entre factions chiites rivales se multiplient. Toutefois, l'imam chiite radical Moqtada al-Sadr et Abdul-Aziz al-Hakim, chef du Conseil suprĂȘme islamique en Irak (CSII, ex-CSRII, le principal parti chiite irakien), sont parvenus le 6 octobre Ă  un accord destinĂ© Ă  mettre fin Ă  la rivalitĂ© qui les opposait et provoquait depuis des mois des affrontements armĂ©s dans Bagdad ainsi que dans le sud de l'Irak riche en pĂ©trole. L'accord prĂ©voit notamment la crĂ©ation de comitĂ©s locaux destinĂ©s Ă  maintenir l'ordre. Les rivalitĂ©s inter-chiites n'ont fait que croĂźtre ces derniers mois, notamment dans le sud chiite, les factions se disputant le contrĂŽle d'une rĂ©gion dont les forces britanniques se retirent peu Ă  peu. Toujours dans le sud, la province de Kerbala, une rĂ©gion sous contrĂŽle des forces amĂ©ricaines, a Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©e par la Force multinationale aux autoritĂ©s irakiennes. C’est la huitiĂšme province irakienne sur les 18 que compte l'Irak Ă  ĂȘtre transfĂ©rĂ©e depuis le dĂ©but du processus de restauration de la souverainetĂ© irakienne en 2006.

Á Washington, dĂ©mocrates et rĂ©publicains ont parlĂ© d'une seule voix sur l'Irak, en adoptant le 2 octobre Ă  la Chambre des reprĂ©sentants un texte demandant au Pentagone de fournir des plans de retrait des troupes d'Irak. La proposition de loi a recueilli l'adhĂ©sion de presque autant de rĂ©publicains que de dĂ©mocrates et a Ă©tĂ© adoptĂ©e par 377 voix pour et 46 contre. Elle pourrait obliger le Pentagone Ă  soumettre rĂ©guliĂšrement aux Commissions de dĂ©fense du CongrĂšs des rapports sur l'organisation du retrait des troupes. La Chambre des reprĂ©sentants a adoptĂ© plusieurs textes cette annĂ©e visant Ă  obtenir un retrait d'Irak mais le SĂ©nat, oĂč la majoritĂ© des dĂ©mocrates est plus rĂ©duite, est divisĂ© sur la question.


AINSI QUE...

STRASBOURG : LA COUR EUROPÉENNE DES DROITS DE L’HOMME CONDAMNE LA TURQUIE POUR LES COURS D’ISLAM SUNNITE OBLIGATOIRES Á L’ÉCOLE PUBLIQUE

Un pÚre de famille alévi, une tendance minoritaire et libérale de l'Islam, a, le 9 octobre, obtenu devant la Cour européenne des droits de l'homme la condamnation de la Turquie en raison de l'impossibilité pour sa fille de recevoir à l'école un enseignement religieux conforme à ses convictions. Le requérant, Hasan Zengin, dénonçait l'obligation pour sa fille Eylem, scolarisée dans une école publique d'Istanbul, de suivre des cours d'éducation religieuse et de connaissance morale centrés sur la foi et les pratiques de l'Islam sunnite. Les alévis, qui sont environ 15 millions en Turquie constituent une branche de l'Islam chiite influencée par des croyances préislamiques et par la mystique soufie.

Les juges de Strasbourg estiment, dans un arrĂȘt rendu Ă  l'unanimitĂ©, que les autoritĂ©s d'Ankara doivent mettre en conformitĂ© le systĂšme Ă©ducatif turc avec la Convention europĂ©enne des droits de l'homme qui garantit un « droit Ă  l'instruction » respectueux des « convictions religieuses et philosophiques » des parents. Dans son arrĂȘt, la juridiction du Conseil de l'Europe estime que les cours de culture religieuse en Turquie ne rĂ©pondent pas « aux critĂšres d'objectivitĂ© et de pluralisme devant caractĂ©riser l'Ă©ducation dispensĂ©e dans une sociĂ©tĂ© dĂ©mocratique et visant Ă  ce que les Ă©lĂšves dĂ©veloppent un esprit critique Ă  l'Ă©gard de la religion ».

LES AUTORITÉS IRAKIENNES REPOUSSENT L’EXÉCUTION D’ALI LE CHIMIQUE

Les autoritĂ©s irakiennes ont, le 4 octobre, repoussĂ© l'exĂ©cution d’Ali Hassan al-Majid, condamnĂ© Ă  mort pour les massacres de milliers de Kurdes alors qu'un nouveau tĂ©moignage Ă©tait venu l'accabler dans un procĂšs pour la rĂ©pression sanglante d'une rĂ©bellion chiite qui a fait prĂšs de 100.000 morts en mars 1991, Ă©poque oĂč il occupait la fonction de ministre de l'IntĂ©rieur.

Ali Hassan al-Majid, dit « Ali le Chimique », avait Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  mort en juin dernier avec deux autres accusĂ©s pour son rĂŽle dans les massacres de 180.000 Kurdes dans les annĂ©es 1980. Son appel avait Ă©tĂ© rejetĂ© le 4 septembre et, selon la loi irakienne, il devait ĂȘtre pendu sous 30 jours. Le gouvernement ne souhaite pas appliquer la sentence pendant le mois de jeĂ»ne du ramadan musulman (qui a pris fin le 13 octobre). Cousin et bras droit de l'ex-prĂ©sident Saddam Hussein exĂ©cutĂ© par pendaison fin 2006, Ali Hassan al-Majid Ă©tait une personnalitĂ© clĂ© du rĂ©gime saddamiste. Originaire, comme l'ancien dictateur, de la rĂ©gion sunnite de Tikrit au nord de Bagdad, Ali Hassan al-Majid a pris part Ă  toutes les grandes campagnes de rĂ©pression menĂ©es par le rĂ©gime irakien. Selon l'organisation amĂ©ricaine de dĂ©fense des droits de l'homme Human Rights Watch, il est responsable de la disparition de plus de 180.000 non-combattants dans les rĂ©gions kurdes. Son surnom lui vient de l'usage d'armes chimiques pendant la rĂ©pression.


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