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Un tribunal suisse accorde l'asile à un Kurde, les droits de l'Homme en Turquie "problématiques"


Vendredi 7 juin 2013 à 23h12

GENEVE, 07 juin 2013 (AFP) — Un tribunal suisse a annulé vendredi la décision de l'Office fédéral des migrations (BFM) de rejeter la demande d'asile d'un jeune militant kurde, estimant qu'il y avait encore pour lui un vrai risque de tortures et de mauvais traitements en Turquie, sous le feu des critiques après la violente répression de manifestations.

Le Tribunal fédéral administratif suisse a fait valoir que bien que des progrès concernant les droits de l'Homme aient sans aucun doute été faits en Turquie depuis 2001, la situation y restait "problématique", d'après l'agence de presse ATS.

Cette décision intervient à un moment où la Turquie fait face à des critiques internationales concernant les violations des droits de l'Homme pendant les manifestations qui la secouent depuis fin mai et qui ont fait trois morts et des milliers de blessés.

L'Office fédéral des migrations de la Suisse avait rejeté en 2011 la demande d'asile de ce militant kurde, dont le nom n'a pas été révélé, considérant qu'il ne serait pas en danger s'il rentrait en Turquie, selon ATS.

Membre du Parti de la société démocratique (DTP) aujourd'hui interdit par la justice turque car soupçonné de liens avec les rebelles kurdes du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), le jeune homme avait dit s'être fait plusieurs fois menacer et battre par la police. Il avait aussi dit avoir été détenu par les services de renseignement, qui lui avaient ensuite administré pendant deux jours des électrochocs et des coups sur la plante des pieds.

Le BFM avait néanmoins conclu que la Turquie avait fait de considérables progrès en matière de respect des droits de l'Homme, en vue de son intégration à l'Union européenne, et que les actes mentionnés par ce militant n'étaient pas crédibles. Pour l'Office fédéral des migrations, le fait qu'il n'ait pas porté plainte ou tenté de rendre publiques ces exactions, ainsi que l'absence d'un certificat médical donnant le détail de ses blessures, étaient le signe qu'il n'avait pas été maltraité, a expliqué ATS.

Le jeune Kurde avait alors fait appel de la décision auprès du Tribunal administratif fédéral suisse.

Pour le tribunal, il ne pouvait pas être exclu que le demandeur d'asile avait subi des mauvais traitements, ni qu'il avait été torturé, ni qu'il risquait de passer des années en prison pour son militantisme politique s'il retournait en Turquie. Il a en conséquence ordonné au BFM de lui accorder le droit d'asile.

Avec des lois floues sur l'antiterrorisme, les autorités turques peuvent poursuivre leurs citoyens exerçant leur liberté d'expression ou prenant part à des activités politiques légales, a ajouté le tribunal suisse.

Sa décision survient deux jours seulement avant un référendum concernant l'approbation ou non d'un durcissement d'urgence de la législation sur le droit d'asile en Suisse, pays prospère qui fait face à une arrivée en masse de réfugiés.

Avec un réfugié pour 332 habitants, la Suisse est au quatrième rang des pays d'accueil les plus populaires d'Europe, uniquement dépassée par Malte, la Suède et le Luxembourg.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.