
Mercredi 8 avril 2015 à 15h20
Diyarbakir (Turquie), 8 avr 2015 (AFP) — Un procureur turc a requis mercredi l'acquittement d'une journaliste néerlandaise qui était poursuivie pour "propagande terroriste" en faveur des rebelles kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), au premier jour de son procès à Diyarbakir (sud-est).
"Le procureur a jugé que les charges contre Fréderike Geerdink n'étaient pas constituées, que ce qui lui était reproché relevait du travail journalistique et pas de la propagande et donc demandé son acquittement", a rapporté à l'AFP le représentant de Reporters sans frontière (RSF) en Turquie, Erol Önderoglu, présent à l'audience.
Après une courte interruption de séance, le juge a annoncé qu'il rendrait son verdict le 13 avril. La journaliste risque une peine maximale de cinq ans de prison.
Le 6 janvier dernier, Fréderike Geerdink avait été interrogée et son domicile perquisitionné par la police antiterroriste turque pour avoir publié sur les réseaux sociaux des messages assimilés par les autorités à de la "propagande en faveur d'une organisation terroriste".
"Ce procès n'aurait jamais dû avoir lieu, je ne suis coupable de rien, je n'ai fait aucune propagande", a déclaré la journaliste à l'issue de l'audience. "C'est un procès politique (...) la liberté de la presse régresse en Turquie, c'est un fait", a-t-elle ajouté, se disant persuadée que le juge allait rendre "une bonne décision".
Considéré comme une organisation terroriste par Ankara, le PKK mène depuis 1984 une rébellion contre l'armée turque qui a fait plus de 40.000 tués. Le gouvernement islamo-conservateur turc a engagé à l'automne 2012 avec les rebelles des pourparlers de paix qui n'ont pour l'heure pas abouti.
Journaliste indépendante basée à Diyarbakir, la "capitale" kurde du sud-est de la Turquie, spécialiste de la minorité kurde, Fréderike Geerdink vit depuis 2006 en Turquie, d'où elle assure la correspondance de médias néerlandais et étrangers.
La Turquie est régulièrement épinglée par les ONG de défense des journalistes pour ses atteintes à la liberté de la presse. De nombreux journalistes turcs sont poursuivis ou détenus pour leurs liens avec la cause kurde.
"Il faut que la justice cesse de faire usage de la loi antiterroriste ou de procédures d'exception, qui n'ont pas leur place dans un pays démocratique", a ajouté le représentant de RSF, selon lequel "ce procès reflète le climat hostile, encouragé par le gouvernement, qui existe contre les représentants de la presse".
Le président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan s'est précisément livré mercredi à une nouvelle charge contre la presse, qu'il a accusée d'être "complice" de la mort d'un magistrat tué la semaine dernière après avoir été pris en otage plusieurs heures.
Plusieurs médias ont diffusé des photos du magistrat pendant sa séquestration.
"Les médias qui ont ouvert leur pages et leurs écrans à la propagande des terroristes, ont été complices du meurtre de notre procureur", a-t-il lancé.
Les deux preneurs d'otage, des militants d'un groupe d'extrême gauche radicale, ont été tués par la police après avoir, selon le procureur d'Istanbul, abattu le magistrat.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.