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Triste Aïd pour les Irakiens réfugiés dans les camps au Kurdistan


Dimanche 5 octobre 2014 à 09h46

CAMP DE GARMAWA (Irak), 5 oct 2014 (AFP) — Imed serre contre lui la Mercedes métallisée. C'est le seul jouet qu'il a reçu cette année pour l'Aïd al-Adha, l'une des grandes fêtes musulmanes, que des milliers d'Irakiens n'ont guère le coeur à célébrer dans les camps de réfugiés.

"L'an dernier, pour l'Aïd, j'étais très heureux: j'ai eu de nouveaux vêtements, plein de cadeaux et on a passé la journée à rendre visite aux voisins et à jouer", se rappelle Imed.

"Cette année, c'est pas pareil", déplore le petit garçon de 11 ans, qui a fui la ville de Zoumar, près du barrage de Mossoul, devant l'avancée des jihadistes.

Imed et ses copains jouent dans la poussière entre les tentes estampillées "UNHCR" (l'agence de l'ONU pour les réfugiés) du camp de Garmawa, au sud-est de la ville de Dohuk. Ils étrennent leurs nouveaux jouets, reçus d'une ONG. Mais ballons, petites voitures et poupées ne suffisent pas à faire passer la pilule d'un Aïd au rabais.

La famille d'Imed fait partie des quelque 850.000 Irakiens ayant trouvé refuge dans la région autonome du Kurdistan après avoir été chassées de chez eux par l'offensive du groupe de l'Etat islamique (EI) qui s'est emparé depuis juin de vastes pans de l'Irak. Près d'un demi-million de ces déplacés ont été accueillis dans le gouvernorat de Dohuk.

Pour les 633 familles de Garmawa, le choc de l'exode est tel qu'elles avaient décidé de ne pas fêter l'Aïd "du tout", explique le responsable du camp, Ibrahim Mohammed.

"Mais une ONG est venue il y a quelques jours pour convaincre les gens de célébrer malgré tout l'Aïd", la fête du sacrifice.

- La pire crise humanitaire -

A cinq heures du matin, samedi, l'ONG "Physicians across continents", basée à Dubaï, a débarqué avec des cadeaux et huit vaches.

Les animaux sont égorgés un peu plus loin, sous des nuées de mouches. Ils sont ensuite dépecés et débités en portions égales -- balance à l'appui -- qui seront distribuées aux familles. Un garçonnet en T-shirt bleu, le front barré d'un gros pansement, reçoit la queue d'une vache dans un sac plastique. D'autres repartent avec de meilleurs morceaux.

De quoi améliorer l'ordinaire. Car les rations sont plutôt maigres à Garmawa, d'où de nombreuses ONG sont parties au mois d'août quand l'EI s'est dangereusement approché du secteur.

Alors que les acteurs humanitaires étaient nombreux au début dans ce camp ouvert mi-juin, il ne reste aujourd'hui que quelques grosses ONG, notamment Action contre la faim -- qui s'occupe de l'eau et de l'hygiène--, et Acted, qui fournit chaque mois de la nourriture -- "mais ça suffit seulement pour 20 jours", déplore Ibrahim.

Lui-même travaille dans l'humanitaire depuis 1991 et a vu de nombreux conflits. "Mais cette crise-là est la pire", estime-t-il.

Sous la tente trop petite d'Abbas et de ses huit enfants -- dont six sont handicapés -- c'est à peine si on pense à l'Aïd, tant les soucis sont nombreux.

De toute façon, pour cette famille, l'Aïd n'a jamais été prétexte à des fastes, car elle a toujours été pauvre. Mais, confie Abbas, qui a 35 ans et en paraît le double, "au moins, avant, on vivait en paix".

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.