
Jeudi 2 octobre 2014 à 09h44
Mursitpinar (Turquie), 2 oct 2014 (AFP) — Les jihadistes de l'Etat islamique (EI) ont avancé jeudi vers la ville kurde syrienne de Kobané malgré les raids de la coalition, alors que le Parlement turc s'apprête à autoriser une intervention militaire contre ce groupe ultraradical en Syrie comme en Irak.
Les combattants kurdes qui défendent cette ville clé (nord) à la frontière turque sont prêts à des "batailles de rue" en cas d'entrée des jihadistes à Kobané (nom kurde de la cité d'Aïn al-Arab), a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
L'ONG a en outre dit craindre des représailles de l'EI contre les milliers de civils restés à Kobané si ce groupe connu pour ses atrocités parvient à briser les lignes de front défendues par les Unités de protection du peuple (YPG, principale milice kurde) autour de la ville.
"L'EI a avancé vers Kobané à partir des fronts sud-est et ouest d'où les combattants des YPG se sont retirés" pour pouvoir défendre la ville même, a indiqué à l'AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH qui s'appuie sur un large réseau d'informateurs et de militants.
Les jihadistes ne sont qu'à environ 2 km de la ville assiégée, selon l'ONG. "Il y a de véritables craintes que l'EI puisse parvenir très bientôt à Kobané et des doutes sur la capacité des combattants kurdes à résister".
"Les combats acharnés aux portes de Kobané se poursuivent depuis 36 heures sans arrêt" entre des centaines de combattants kurdes mal équipés et des milliers de jihadistes lourdement armés, a dit M. Abdel Rahmane, faisant état de nouvelles frappes de la coalition dans la nuit sur l'EI aux environs de la troisième ville kurde de Syrie.
- Intervention militaire de la Turquie -
De précédentes frappes mercredi n'avaient pas non plus réussi à empêcher l'EI d'avancer vers Kobané dont la prise permettrait à ce groupe de contrôler sans discontinuité une longue bande de territoire le long de la frontière turque.
L'EI, qui contrôle déjà de vastes régions dans le nord et l'est de la Syrie ravagée par plus de trois ans de guerre civile, a lancé le 16 septembre son assaut pour prendre Kobané, s'emparant de près de 70 villages et entraînant la fuite d'au moins 160.000 personnes en Turquie.
Ailleurs en Syrie, où la montée en puissance de l'EI a éclipsé la rébellion contre le régime de Bachar al-Assad, 48 personnes dont sept enfants ont péri mercredi dans un attentat contre leur école à Homs (centre), selon l'OSDH. L'attentat n'a pas été revendiqué mais son modus operandi rappelle ceux des jihadistes.
Face à la menace grandissante de l'EI à sa frontière, le Parlement turc entame le débat sur une motion déposée par le gouvernement autorisant la participation de l'armée à la coalition antijihadistes dirigée par les Etats-Unis et à laquelle prennent part à différents degrés une cinquantaine de pays.
Le texte, qui devrait être largement approuvé, prévoit la possibilité de conduire des opérations en Irak et en Syrie, ainsi que le stationnement ou le passage en Turquie de soldats étrangers qui y prendraient part.
Néanmoins le président Recep Tayyip Erdogan a estimé que les frappes aériennes ne suffiraient pas pour venir à bout du groupe jihadiste.
- 'Cela prendra des années' -
Après le début le 23 septembre des raids en Syrie, menés en collaboration avec cinq pays arabes, les Etats-Unis ont prévenu qu'il ne serait "ni facile, ni rapide" d'en finir avec l'EI, un groupe extrémiste sunnite qui a proclamé un "califat" sur les vastes régions qu'il contrôle en Syrie et en Irak.
Le général américain à la retraite John Allen, qui coordonne la coalition internationale, a confirmé que l'entraînement des rebelles syriens modérés était déjà en cours tout en soulignant que cela "prendra du temps, en fait peut-être des années".
En Irak voisin, les forces kurdes, appuyées par les raids américains et britanniques, continuent de combattre les jihadistes sur plusieurs fronts, au nord et à l'ouest de Bagdad après avoir pris la localité de Rabia à la frontière syrienne.
Selon des responsables kurdes, des militaires iraniens ont pris part aussi au combat contre l'EI en Irak.
Accusé de crimes contre l'Humanité, l'EI qui compte des dizaines de milliers de combattants dont de nombreux étrangers y compris occidentaux, est responsable de multiples exactions -viols, rapts, exécutions, crucifixions.
Les pays occidentaux craignent de voir ces jihadistes revenir sur leur territoire organiser des attentats, alors que l'EI et Al-Qaïda ont menacé les pays de la coalition de représailles.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.