
Mercredi 27 novembre 2013 à 21h10
ANKARA, 27 nov 2013 (AFP) — Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a reçu mercredi à Ankara son homologue du Kurdistan irakien pour finaliser un ambitieux contrat énergétique, critiqué à Bagdad, qui pourrait voir les premiers barils de brut exportés en Turquie avant la fin 2013.
M. Erdogan et son ministre de l'Energie Taner Yildiz se sont entretenus pendant trois heures avec Nechirvan Barzani, le Premier ministre de la région autonome du Kurdistan irakien (nord) riche en hydrocarbures.
Aucune déclaration n'a été faite après la rencontre mais, dès son arrivée mardi soir dans la capitale turque, M. Barzani a confié à la presse que les premières livraisons de pétrole kurde pourraient avoir lieu "avant Noël".
Le projet de contrat entre Ankara et le Kurdistan irakien prévoit notamment la construction d'un nouvel oléoduc d'une capacité de 300.000 barils par jour, soit une petite portion des quelque 2,25 millions de barils/jour exportés par l'Irak le mois dernier.
Afin de diversifier son approvisionnement en énergie, largement dépendant de la Russie et de l'Iran, la Turquie a engagé depuis plusieurs mois des négociations avec le Kurdistan irakien.
"Nous avons dit aux Kurdes d'Irak que s'ils étaient en mesure d'acheminer leur pétrole jusqu'à la frontière, nous le leur achèterions", a indiqué à l'AFP une source gouvernementale turque.
Ces discussions ont suscité la grogne du pouvoir central à Bagdad, en conflit avec Erbil notamment au sujet du partage des revenus de l'exploitation des hydrocarbures.
Dans une déclaration à l'AFP à Bagdad, le porte-parole du Premier ministre Nouri al-Maliki a affirmé que le gouvernement irakien avait "informé l'ambassadeur turc à Bagdad de sa forte opposition à la signature d'un accord avec le Kurdistan sur un oléoduc".
Une telle signature, si elle a lieu, "nuirait fortement aux relations entre Bagdad et Ankara", a averti Ali Moussawi.
Auparavant, le vice-Premier ministre irakien en charge de l'Energie Hussein Chahristani avait insisté auprès de l'ambassadeur turc sur la nécessité de "régler les problèmes concernant la livraison illégale via la frontière turque, à l'insu du gouvernement fédéral (de Bagdad) et de son ministère du Pétrole", selon ses services.
Selon l'ex-directeur du groupe énergétique turc Botas, Mete Goknel, le projet d'accord entre la Turquie et le Kurdistan irakien prévoit la construction d'un oléoduc de 220 km entre le champ pétrolier de Khurmala, au sud d'Erbil, et Habut, à la frontière turque.
Cet oléoduc doit être relié à celui qui relie déjà Kirkouk (Irak) au port de Ceyhan (Turquie), a précisé M. Goknel à l'AFP.
Outre ses liens économiques, le gouvernement turc a renforcé sa coopération politique avec le Kurdistan irakien alors que les pourparlers de paix engagés il y a un an entre Ankara et les rebelles Kurdes du parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) sont au point mort.
Dans le même temps, Ankara a engagé un rapprochement avec Bagdad, en proposant ses bons offices à l'Irak pour tenter de régler son différend avec la province du Kurdistan concernant l'exploitation et la vente de son pétrole.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.