
Vendredi 5 juillet 2013 à 09h42
ANKARA, 05 juil 2013 (AFP) — Même fragilisé par la vague de contestation sans précédent qui a agité le pays, le gouvernement turc reste déterminé à mener à bon port le processus de paix "historique" engagé l'hiver dernier avec la rébellion kurde, qui rencontre ses premiers accrocs.
Depuis ses débuts le 31 mai, la fronde contre le Premier ministre a fait passer au second plan le conflit kurde. Cette semaine, Recep Tayyip Erdogan s'est lui-même chargé de rappeler sa volonté à mettre un terme à un conflit qui a causé plus de 40.000 morts depuis 1984.
"Rien ne pourra nous détourner de notre chemin (...) le processus de paix va continuer", a-t-il assuré mardi lors de sa harangue hebdomadaire devant les députés de son parti.
Un rappel qui n'a rien d'anodin, alors que les premières embûches sont apparues sur le chemin de la paix depuis le cessez-le-feu unilatéral décrété le 21 mars par chef emprisonné du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) Abdullah Öcalan.
Le 21 juin, un hélicoptère de l'armée a été visé par des coups de feu au-dessus du sud-est du pays, aussitôt attribués par les autorités au PKK. Puis le chef du gouvernement s'est plaint à mots couverts du retard pris par le retrait des combattants kurdes, engagé en mai, vers leurs bases arrières du nord de l'Irak.
Mais c'est surtout la mort, il y a une semaine, d'un jeune kurde, tué par l'armée alors qu'il manifestait contre la construction d'une nouvelle gendarmerie à Lice (sud-est), près de Diyarbakir, qui a fait monter la tension.
L'incident a été suivi dans les zones à majorité kurde de manifestations dont les slogans antigouvernementaux ont rappelé ceux entendus ces dernières semaines à Istanbul ou Ankara au plus fort de la contestation.
Dans la foulée, les élus kurdes ont mis la pression sur le pouvoir pour qu'il engage sans plus tarder la seconde phase du processus de paix, c'est-à-dire les réformes attendues pour élargir les droits de la minorité kurde.
Impatiences
Jusque-là sans résultat. "Les conditions requises pour entamer la deuxième phase ne sont pas encore réunies", a jugé le ministre de l'Intérieur, Muammer Güler, expliquant que tous les combattants rebelles n'avaient pas encore quitté la Turquie.
M. Erdogan a lui prôné la "patience" pour venir à bout d'un conflit qui date de près de trente ans. Mais côté kurde, l'impatience monte.
"Le temps presse, le PKK a tenu sa promesse (de se retirer de Turquie), maintenant il appartient au gouvernement de résoudre sur le fond la question kurde", a lancé le coprésident du Parti kurde pour la paix et la démocratie (BDP), Selahattin Demirtas.
Le gouvernement islamo-conservateur est resté jusque-là très discret sur ses intentions. Et s'il évoque un renforcement des "libertés individuelles", il se garde bien de répondre précisément aux revendications kurdes sur une reconnaissance explicite de leur identité dans la Constitution ou l'enseignement du kurde à l'école publique.
Sur le sort de M. Öcalan, qui purge une peine de prison à vie, son refus est par contre explicite. Pas question de libération ou d'une assignation à résidence de celui que nombre de Turcs considèrent toujours comme un "terroriste" ou un "tueur d'enfants".
Alors, certains commencent à redouter que ce nouvel effort de paix ne se solde par un échec, comme les précédents.
"La capacité du gouvernement (turc) à poursuivre le processus de paix avec les Kurdes a été mis à l'épreuve par la contestation", explique le politologue Cengiz Aktar, de l'université Bahçesehir d'Istanbul.
Pour lui, le Premier ministre qui a réprimé les récentes manifestations "a moins de chances de parvenir à une solution négociée". "Quelqu'un qui ne peut pas supporter des manifestations pacifiques ne pourra pas proposer de solution démocratique" au conflit kurde, tranche M. Aktar.
D'autant plus que la réforme constitutionnelle qui doit permettre les réformes attendues par la minorité kurde semble vouée à l'échec.
"Nous (les partis politiques) n'avons pu nous entendre que sur un tiers de ses articles", reconnaît le président de la commission ad hoc, Mustafa Sentop, "ça n'avance pas".
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.